PORTRAIT INSTANTANE D'UN SCAPHANDRIER
Librairie C.ReùxroaZcL
sanie de la série. Elle représente le mécanicien David revôtn du scaphandre et placé, par 3 mètres de fond, à 4 mètres de distance de l’objectif.
Cette photographie a été prise, en instantané , le 22 septembre, à 11 heures du matin, par un beau soleil La ligure 28 estdeslinéeà montrer la position relative du scaphandrier dont l’image est reproduite (PL X), de l'appareil et de l’opérateur chargé de manœuvrer l'obturateur.
Le scaphandrier, accroupi au milieu des herbes
Fin. 2!!. — Figure destinée à montrer comment a été prise la photographie représentant un scaphandrier.
marines, tient dans sa main une cuvette portant une inscription; on voi t l'air s’échapper par la soupape sur le côté du casque.
L’intérêt de cette photographie ne réside pas seulement dans la netteté de l’image obtenue, il consiste surtout dans ce fait que l’appareil, bien qu’il fût immergé à 3 mètres de profondeur, comme l’objet à photographier, a été manœuvré hors de l’eau.
Voici, en effet, ainsi que l’indique la figure théorique n° 28, comment j’ai opéré pour prendre ce cliché :
Après avoir muni la manette qui commande l’obturateur d’une longue corde, terminée par un liège de manière à en maintenir une extrémité hors de l’eau, l’appareil est descendu à la profondeur voulue, et le scaphandrier se place à la distance déterminée d’avance. Quand il est dans la position convenue, ce qu’il est facile de constater de l’extérieur de l’eau, parce que celle-ci est très transparente, une légère traction sur la licelle me suffit pour ouvrir l’obturateur, qui. ainsi qu’on le sait, se referme automatiquement, quand il s’agit d’instantané.
Cette petite manœuvre paraît bien peu de chose ; en réalité, elle constitue cependant un perfectionnement important. Elle prouve que la présence du scaphandrier n’est nullement nécessaire pour effectuer la seule manœuvre essentielle de l’appareil, et qu’on peut arriver, avec quelques précautions, à le faire fonctionner sans être obligé de pénétrer dans l’eau.
Lorsque j’ai eu à ma disposition les appareils électriques que je décris plus loin, la manœuvre hors de l’eau s’est trouvée singulièrement facilitée. Le procédé un peu rudimentaire de la ficelle a été remplacé par un autre plus en rapport avec les données scientifiques.
Nous avons, en effet, substitué à l’obturateur primitif un modèle actionné par l’électricité.
Lorsque l’appareil était descendu en place sur le
pied représenté (fig. 22) et que nous jugions le moment favorable, il suffisait d’établir le contact et de faire passer le courant par les fils qui réunissaient l’obturateur au bateau.
C’est ainsi qu’a été prise la photographie figure 29, page 209, et Je cliché reproduit Planche XII, page 232.
Les détails que je viens de donner suffiront, je l'espère, à ceux qui voudront opérer dans des conditions analogues.
Je ne dois pas omettre cependant de signaler deux faits importants, qui pourraient nuire à la réussite dê l’opération.
L’appareil, souvent échauffé par les rayons du soleil, est, dans l’air, à une température fort différente de celle qu’il va prendre dans l’eau; dans' ces conditions, si l’on néglige de tenir compte de l’état hygrométrique de l’air renfermé dans l’appareil, ii peut se produire de graves mécomptes.
L’appareil photographique est en effet transporté, de l’air oii le soleil l’échauffe, dans l’eau, ou il se trouve fortement refroidi. L’atmosphère confinée, toujours plus ou moins humide, qui est logée dans son intérieur, subit les mêmes variations de température. Chaude avant l’immersion, — le poids de vapeur d’eau qu’elle renferme est insuffisant pour la saturer, — elle se maintient parfaitement transparente. Refroidie à la suite de l’immersion dans la mer, ce même poids de vapeur pourra, dans bien des cas, la saturer, à raison de la température notablement plus basse qu’elle aura acquise.
11 se produira alors une condensation partielle de cette vapeur, dont le premier effet sensible sera le dépôt d'une buée sur la lame de verre, à faces planes, située devant l’objectif. Cette lame perdra de
LA PTIOTOOR APIIIE SOLS-MARINE
sa transparence; l’épreuve obtenue sera mauvaise.
Il est, heureusement, facile de parer à ce grave inconvénient, en ayant soin de maintenir dans l’intérieur de l’appareil, entre chaque descente, un bocal ouvert, renfermant de la chaux vive ou tout autre corps avide d’eau, de manière à dessécher à peu près complètement l’atmosphère limitée, qui va éprouver un abaissement de température pendant l’immersion.
Le second fait sur lequel je désire attirer l’attention est le suivant :
La nappe d’eau superficielle est rarement tout à fait tranquille ; il se produit à sa surface des clapotemenfs qui détruisent l’horizontalité parfaite du liquide et transforment cette surface en une série de petits miroirs' occupant des positions variées. 11 en résulte la production de rayons lumineux, réfléchis dans des directions très diverses et dont quelques-uns peuvent venir frapper l’objectif et donner naissance à un voile qui nuit ensuite à la netteté de l’image.
J’ai été longtemps avant de me rendre compte de l’effet que pouvaient produire les mouvements de la surface de l'eau et de la nécessite qui existe de protéger l’objectif contre ces rayons malfaisants.
Dès que j’eus soupçonné ce mauvais ell’et, il me devint facile de le corriger, en mettant en avant de mon objectif un abat-jour, une sorte de visière [fig. 15, AB) analogue à celle qu’on place sur le front des malades qui ont la vue affaiblie. J’ai constaté immédiatement une diminution importante dans la production du voile qui nuisait jusque-là à la netteté des clichés.
J’avais pensé tout d’abord à corriger directement ce défaut de la surface de l’eau et à rétablir l'horizonta-
La photographie sous-marine instantanée 209
Fig. 29. — Deux scaphandriers travaillant au tond de l'eau (Cliché instantané obtenu avec l'obturateur électrique et la lumière solaire par 4 mètres de profondeur).
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LA LltOÎOGRAPHIË SOÜS-foAÎUNË
lité du niveau en filant de l’huile; on sait, en effet, que quelques gouttes d’huile répandues à la surface de la mer empêchent les vagues de déferler. Ce procédé est même utilisé avec succès, à bord des navires, pendant les grosses tempêtes.
Maintes fois, quand l’eau clapotait, nous avons employé ce dérivatif, mais sans grand succès, je dois le dire.
Assurément, sous l’influence de l'huile, il se produisait une zone de calme; mais ce calme relatif n’était pas suffisant pour empêcher les ondulations de la surface, et l'inconvénient indiqué plus haut reste le même.
Je veux signaler aussi, pour mémoire, l'emploi que nous avons fait d’un grand miroir pour accroître la pénétration des rayons lumineux dans l’eau. On dirigeait par réilexion les rayons solaires vers un espace déterminé, de manière à obtenir une intensité d’éclairage plus considérable.
Il y avait manifestement une augmentation sensible d’intensité; mais l’installation du miroir nécessite un dispositif encombrant, et, comme je ne constatais pas de différence sensible dans la vigueur des clichés, je n’ai pas tardé à laisser de coté la lourde machine que j’avais fait établir à cet effet.
Elle ne m’a plus servi que pour faciliter la graduation de l’appareil et pour éclairer largement l’écran sur lequel s’effectue la mise au point ( fig . 30).
Ce qui précède montre nettement que je suis parvenu à un résultat qui marquait ma première étape dans l’étude de la photographie sous-marine. Résultat qu’on peut résumer en ces termes :
Arriver à prendre des instantanés à une certaine profondeur sous l'eau , sans intervention de lumière artificielle.