‹ La photographie sous-marine et les progrès de la photographieChapitre 55 sur 62 · LIMITES QU’ON PEUT CHERCHER A ATTEINDRE · texte numérisé non relu

LIMITES QU’ON PEUT CHERCHER A ATTEINDRE

rents d’Europe, si on excepte quelques lacs de haute montagne, son maximum n’est encore que la moitié à peine de la transparence des eaux de la Méditerranée au large.

« À l’inverse de ce qui a été reconnu pour les eaux marines1, la visibilité du disque dans les lacs n’est pas inlluencée par la hauteur du soleil au-dessus de l’horizon, par l’état clair ou couvert du temps, par l’observation faite à l’ombre ou au soleil.

« C’est qu’ici la disparition de l’objet n’est pas causée seulement par l’absorption des rayons lumineux, comme dans une eau pure, mais aussi et surtout par l’écran formé par les matières en suspension , au moment où cet écran devient continu, par suite de la projection en plan horizontal des particules les unes sur les autres.

« C’est ce que prouve la disparition alors brusque et presque soudaine du disque, tandis qu'en eau pure, au contraire, son extinction est graduelle et insensible.

« La transparence est très variable suivant les saisons. Elle a dans le Léman son maximum en hiver (janvier et lévrier) et son minimum en été (juillet) à l’époque où l’abondance des alluvions du Rhône est la plus grande, par suite de la fonte des neiges (Forel).

« La couleur des eaux exerce aussi une certaine influence, et la transparence est en général d’autant plus grande que le lac est plus bleu. Les lacs jaunes du Jura comptent parmi les moins transparents (Delebecque).

« Mais le degré de transparence ne peut pas servir, dans l’état actuel de nos connaissances, à apprécier la profondeur à laquelle s’arrêtent les rayons lumineux

1 Secchi (in : A. Cialdi, Sul moto ondoso del inare, Rome, 1866) a déjà reconnu que, si le disque cessait d’être visible à 36"', 10 quand le soleil était à 59°52' au-dessus de l’horizon, cette limite s’abaissait à 33“,9 pour une hauteur du soleil de 45°24' et à 24'", 5 pour une hauteur de 25°43'.

dans l’eau. Il y a certainement une relation entre ces deux phénomènes, mais nous sommes encore hors d'état de l’évaluer numériquement.

« C’est cette donnée pourtant qui a la plus grande importance au point de vue bionomique, car c’est sur elle qu’est basée la séparation entre la région abyssale aphotique et la région superficielle éclairée. Elle n’a été mesurée directement encore avec des plaques photographiques suffisamment sensibles que dans le lac Léman par Fol et Sarasin1.

« La profondeur maxima à laquelle une plaque à l’iodo-bromure d’argent a été impressionnée a été trouvée comprise entre 192 mètres et 235 mètres, soit 200 mètres environ, c’est-à-dire la moitié de ce que les mêmes auteurs ont trouvé dans la Méditerranée. Le rapport est le même que pour la limite de visibilité du disque.

« Or nous avons considéré2 qu’au point de vue pratique les effets de la lumière sur la végétation s’arrêtent bien avant cette limite d’obscurité absolue, et qu’à mi-chemin, vers 200 mètres, doit être placée la limite de la région supérieure côtière.

« Si le rapport est exact, cette limite, au-delà de laquelle s’étend la région abyssale, serait aussi la moitié, soit 100 mètres, dans le lac Léman. C’est à ce point (100 mètres) que Forel a trouvé en hiver la limite d’impressionnabilité pour le papier au chlorure d’argent; elle est à 45 mètres environ en été3. »

On voit par ce résumé de M. Pruvot, sur les divers travaux publiés sur la matière, combien faibles sont les

1 H. Fol et Ed. Sarasin, « Pénétration de la lumière du jour dans les eaux du lac de Genève. » ( Mém . Soc. phys. et hist. nat. de Genève, XXIX,

* Voir Année biologique, II, 1896, 566.

3 F. -A. Fôrel, le Léman, II, 436.

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limites de pénétration des rayons dans l’eau. Nous ferons remarquer, cependant, que, si ces considérations montrent que l’horizon photographique sous-marin est beaucoup plus rapproché que dans l’air, il n’en est pas moins vrai qu’en utilisant une autre source lumineuse que le soleil et en l’immergeant en môme temps que l’appareil photographique on peut, sans pour cela sortir des limites restreintes d’horizon que nous indique l’expérience, arriver à prendre des clichés à une profondeur quelconque.

Dans le chapitre suivant, nous allons montrer que l’obscurité n’est pas absolue au fond des mers, malgré l’absence des radiations solaires que nous pouvons emmagasiner à l’aide de la plaque sensible.

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