‹ La phrénologieChapitre 21 sur 62 · ORGANE DE LA RUSE · texte numérisé non relu

ORGANE DE LA RUSE

Situé au-dessus et un peu en avant de l'organe de l'instinct carnassier, il détermine sur le crâne une proéminence bombée et allongée, qui s'étend d'arrière en avant (1). On pourrait facilement le confondre, dit Gall, avec celui de l'instinct carnassier, quand celui-ci est très-développé ; et, lorsqu'ils le sont beaucoup l'un et l'autre, toute la partie latérale c/m crô.ne et de la tète forme, en commun, une grande proéminence bombée (2).

Ce que dit ici Gall de la possibilité de confondre l'un avec l'autre les organes de la ruse et de l'instinct carnassier, signifie tout simplement que, soit dans l'homme, soit dans les animaux, quand, dans l'in-

(1) Sur les fonctions du cerveau, I. IV, p. !90.

(2) Ibid., t. IV, p. 1',)'.

térèt du système, on a besoin d'un de ces deux organes, on peut les prendre l'un pour l'autre, et c'est, comme j'en ai déjà fait la remarque, un moyen de détermination dont Gall a usé sans scrupule. C'est surtout dans les animaux, qu'un grand développement latéral du cerveau et du crâne lui sert alternativement pour l'établissement de tous les organes qu"il a placés dans cette partie. C'est ainsi qu'il trouve l'organe de la ruse cbez le singe, le chat et le renard (Ij ; et il eût pu, de la même façon, le trouver dans le mouton, le cochon d"Inde et le lapin. Et voilà tout, absolument tout ce que Gall a imaginé pour établir l'organe d'une faculté dont pourtant il ne manquait pas. C'eût été le cas d'être mieux

avisé.

OfiCANE DE l'instinct DE LA PROPRIÉTÉ.

Cet organe situé au-dessus de celui de la ruse, audessus et en avant de celui de l'instinct carnassier, donne lieu, lorsqu'il est trùs-développé, à une proéminence bombée et allongée, qui s'étend depuis le premier de ces organes jusqu'au bord externe de l'arcade supérieure de l'orbite 2).

Gall dit avoir constamment trouvé cette proéminence chez tous les voleurs opiniâtres détenus dans

(I) Sur les fonctions du cerveau, t. IV, p. 191. (3) IhifL, t. IV, p. 238.

ICO DES ORGANES

les maisons de force, chez tous les idiots qui avaient un penchant irrésistible à voler (1), J'ai vu assurément un beaucoup plus grand nombre de voleurs opiniâtres et d'idiots même enclins au vol, que ne peut en avoir vu Gall. J'ai examiné, palpé, mesuré dans tous les sens, bien des cerveaux ou bien des crânes de ces voleurs et de ces idiots, et je puis donner l'assurance que ni les uns ni les autres n'offrent, k l'endroit de la tempe, la proéminence qu'il a plu à Gall de leur attribuer. En ce moment même, tenant à la main un crâne à tempes ordinaires, bien et dûment cadastré par la phrénologie elle-même, je fais la revue de toutes les têtes de voleurs réunies dans mon cabinet, et je trouve que la moitié au moins de ces têtes a la tempe aussi plate à l'endroit maudit, que celle de mon crâae modèle. Quelquefois dans cette partie, chez les voleurs comme chez les honnêtes gens, il se rencontre un léger renflement. Mais ce renflement n'occupe jamais le point précis qui recouvre, suivant la phrénologie, la circonvolution du (len et du mien, et il pourrait parfaitement servir, comme cela a souvent eu lieu en effet, à démontrer l'existence de quelques organes voisins de ceux, par exemple, de la poésie et de la mécanique.

Gall, dans sa détermination de l'organe de l'instinct de la propriété, n'a pas demandé de preuves à

(1) Sur les fonctions du cerveau, t. IV, p. 2:ii).

la phrénologie comparée, et le lecteur le regrettera sûrement. Il eût aimé à voir comparaître, à côté du crâne des coupeurs de bourse et de celui des tireurs de laine,! e crâne de quelques animaux mal famés, celui surtout de la pie voleuse ; mais Gall n'en dit absolument rien.

ORGANt DE l/ûRGUEIL ET DU SENS DES HVLTEURS.

Cet organe se trouve dans les circonvolutions de la ligne médiane, au-dessus de celui de l'amour des enfants, dont il est pourtant séparé par une circonvolution d'une destination encore incertaine, II se manifeste à l'extérieur par nuQ protubérance allongée, unique (I).

Les preuves de l'existence de cet organe sont, il faut l'avouer, assez faibles. Ce sont des histoires ou des contes, datés de Vienne ou de Paris, et dont j'ai déjà cité quelques-uns. Suivant Gall, les aliénés, hommes ou femmes, qui croient être Dieu le Père, ou la Vierge, ou quelque majesté plus terrestre, ont cet organe extrêmement saillant ; il est aussi fort développé chez les chefs de brigands et chez les Suisses (2). J'ai vu bien des aliénés, hommes ou femmes, j'en ai vu plus que n'en a vu Gall, et, parmi eux, il s'en trouvait beaucoup qui avaient en effet des prétentions à la souveraineté du ciel ou de la

(1) Sur les fonctions du cerveau, t. IV, p. 2G8.

(2) lhid.,i. lY, p. 270, 271,272, 273, 274.

ir,2 DES ORGANES

terre. Je puis cependant affirmer que leur crâne, à l'endroit en question, n'avait rien que de fort ordinaire. Quant aux chefs de brigands, je ne peux pas dire en avoir beaucoup vu. Ces sortes de personnages sont maintenant fort rares, et en Allemagne même on ne les rencontre plus guère que dans les drames de Schiller. Mais j'ai vu beaucoup de simples brigands, beaucoup plus que n'en a vu Gall, et quelques-uns de ces brigands avaient dûleur condamnation à des délits ou à des crimes où lorgueil avait eu une grande part. Or, je me suis plus d'une fois assuré que chez ceux-là mêmes, le crâne, à l'endroit qui recouvre le soi-disant organe de ce sentiment, ne présentait pas plus de saillie qu'il n'en offre chez les plus humbles des pécheurs.

Mais les Suisses, pourquoi les Suisses ? pourquoi ce rapprochement malhonnête des chefs de brigands et d'une nation bonne et candide, qui pourrait bien se fâcher de la comparaison ? Le lecteur ne le devinerait peut-être pas. C'est que les Suisses habitent les hauteurs du globe, comme les chefs de brigands les hauteurs du crime, que l'instinct qui vaut aux Suisses leur éminente demeure est au physique ce que l'orgueil est au moral, et qu'au point de vue organologique ces deux instincts n'en font absolument qu'un. Aussi les Suisses partagent-ils, avec les animaux de leurs montagnes, le faucon, l'aigle, le chamois, le privilège de cet organe. Cette identité de l'organe de l'orgueil et de celui de l'habitation

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dans les hauts lieux, ce rapprochement du chamois et du Suisse, est une idée qui sourit à Gall, bien qu'il lui reste sur ce sujet quelque scrupule. Il avoue qu'une semblable découverte doit paraître à tout le monde aussi invraisemblable qu'elle le lui parut d'abord à lui-même (1). Il reconnaît qu'il y a, audessous de l'organe de l'orgueil, une place vide qui pourrait bien appartenir à celui des hauteurs, et c'est Ik en effet ce que Spurzhcim est venu établir plus tard. Mais malgré ce doute, Gall en revient à son idée. Tantôt, suivant lui, l'organe de l'orgueil n'est affecté qu'à ce sentiment ; tantôt, et c'est ce qui a lieu notamment dans les animaux, il est uniquement aussi l'organe des hauteurs ; tantôt il est à la fois l'organe des hauteurs et celui de l'orgueil. Ces deux organes devaient, par exemple, se confondre chez Piron, qui, voulant peindre le caractère aider de Gustave- Wasa, monta machinalement sur une échelle [^] ! ! ! Cela me paraît en effet très-probable (3).

(1) Sur les fonctionsdu cerveau, t. IV, p. 276.

(2) Ibid., t. IV, p. i87.

(3) « Pour en finir avec M. Gall, je terminerai par la protubérance de la hauteur physique et morale ; ces deux épithèles indiquent déjà que le docteur, toujours habile à confondre, n'assigne qu'un organe à la hauteur morale, synonyme de fierté e! de présomption, et au penchant qui porte les chèvres, les bouquetins et les chamois à grimper sur les rochers les plus élevés. N'est-ce pas là, je le demande, un véritable calembour physiologique? EV'ut-on se moquer des lecteurs d"une manière plus évidente.:» .. (Hoffman, Œuvre^f, 1831, t. IV, p. 227.)

J'ai cédé au plaisir, et presque au devoir, de donner ici un

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