BEI'LIS GALL
que pour mémoire, et Von se tromperait fort en s'imaginant que les instincts des animaux inférieurs ont leur siège dans les mêmes organes oh ont le leur les instincts des animaux mieux organisés \\).
Le lecteur doit être content de ces idées, et j'en suis fort corjtent moi-même. Mais je suis forcé de lui faire observer qu'elles ôtent absolument toute valeur à la grande majorité des faits qui dut servi à établir l'organologie, à ceux, en un mot, qui ont été pris par ses fondateurs des facultés et des cerveaux des animaux. Que M. Vimontdise que, dans cette partie de leurs travaux, Gall et Spurzheim n'ont véritablement fait que battre la campagne, et que c'est à lui seul, M. Vimont, qu'appartient la gloire d'avoir donné à la phrénologie la base de l'encéphalotomie comparée, cela n'est sûrement pas très-obligeant pour la mémoire de ses deux maîtres, ni très-rassurant pour la solidité de leur édifice. Mais ce que dit feu Bailly va plus haut, et a bien une autre conséquence. De parEmpédocle etLamarck, il interdit absolument à tout phrénologue, à M. Vimont comme à Gall, toute recherche de phrénologie comparée, et surtout il ne leur permet en aucune façon de placer l'organe de l'amour physique dans le cervelet du requin, ni môme celui de la prudence dans le cerveau du tentiteur.
Après un pareil début, on doit s'attendre de la
(1) Second mémoire d'anatomie phrénologique^ p. 'ihh.
2 48 LA PURENOLOGIE
part de feu Bailly à des conceptions qui ne ressemblent à celles d'aucun autre phrénologue, et cette physionomie à part est en eflet ce qui caractérise les idées de ce regrettable élève de Gall. Jusqu'ici on s'était imaginé que la crânioscopie, c'est-à-dire Fart de reconnaître par les proéminences du crâne les organes du cerveau, non-seulement avait été le moyen de fonder l'organologie, mais que c'était encore celui de la consolider, de la perfectionner, et d'en faire des applications précieuses à l'éducation, à la science des rapports des hommes entre eux, aux grandes questions de la responsabilité des actions, de leur mérite ou de leur démérite, et aux détails journaliers de la justice criminelle. C'est là une idée, vraie ou fausse, qui domine non-seulement dans les livres et les actes de Gall et de Spurzheim, mais encore dans tous ceux de leurs successeurs, en France, en Angleterre et ailleurs ; une idée qui a fait et qui fait encore la fortune de la phrénologie, et qui se résume dans ces paroles du disciple le plus cher à Gall et son plus sûr interprète, M. le docteur Fossati : « La crânioscopie est la partie la plus éton- « nante de la science phrénologique. Elle est fondée (( sur des bases certaines. Elle peut être regardée « comme un véritable livre, rempli d'instruction, "'d'agrément et d'avertissements utiles pour ceux (( qui savent le déchiffrer, en ce qu'elle foit connaître « les dispositions innées d'un individu, son aptitude (( pour les différentes facultés propres à notre es-
« pèce, ainsi que la portée et la moralité de son in- « telligence (1). »
Eh bien ! pour feu Bailly la crânioscopie n'est rien de tout cela. Sans doute, « elle a été d'une a grande utilité à Gall (ij. Elle lui a servi à fonder la (( science des organes (3). Par elle, au moyen d'un « très-petit nombre de têtes, il a découvert toutes les « facultés de la phrénologie (i ; mais il l'a presque « complètement exploitée, et il en a tiré tout ce « qu'elle pouvait lui donner(o). Aussi, depuis lui, pas « une faculté nouvelle n'a été ajoutée à celles qu'il a « établies; et, bien que la crânioscopie se soit pro- « pagée dans toutes les parties du monde, rien de « nouveau n'est sorti de ce moyen d'expérimenta- (( tion (6). » Ceci est dur pour les crânioscopes de toutes les parties du monde, M. Dumontier à Paris, M. Deville à Londres, M. Hope à Copenhague, M. Caldwell aux États-Unis, et bien d'autres. Mais ce n'est rien encore que ces assertions générales; ce sont les détails qu'il faut entendre, les arguments dont feu Bailly accable cette pauvre crânioscopie,
(1) Observations criinioscopit/ues, dans le journal de la Société phrénologique de Paris, t. Il, p. G4, 72, 73.
(2) Essai sur les moyens de faire faire des progrés à la phrénologie ; avantages , insuffisunce et abus de la crânioscopie. (Journal de la iSociété phrénologique de Paris, t. III, 1835, p. 290. )
(3) Ibid., p. 293.
(4} }bid.,p. 295.
(5) Ibid.,p.29i.
(6) Ibid,, p. 301.
les blasphèmes qu'il prononce au sujet de ses applications.
Quels sont d'abord les moyens qu'emploient certains crànioscopes pour l'appréciation simultanée des dimensions et des formes du crâne? Le mètre, le compas, les chiffres, prétentieux et mensonger appareil, qui ne peut nullement faire connaître le développement particulier des organes (1). Qu'est-ce que donnent, en effet, lesmesuresdu crâne prises suivant tel ou tel diamètre, de haut en bas, d'avant en arrière, ou dans le sens transversal? L'épaisseur du cerveau dans ces différents sens. Eh bien ! est-ce que cette épaisseur n'est augmentée que par un grand développement des circonvolutions de la surface convexe du viscère ? Est-ce qu'elle ne peut pas l'être aussi par le développement de sa partie centrale, par celui des circonvolutions de sa base ou de la face
(I) « Les mêmes développements des mêmes parties du crâne, les mêmes mesures de tous ses différents diamètres, les mêmes, distances des différents points que l'on peut établir à sa surface, peuvent coexister avec le développement de fatuités tout à fait différentes dans toutes ces différences. » (Loc cit., p. 281.)
« De sorte que deux têtes exactement et mathématiquement semblables pour toutes les mesures que l'on voudra établir sur tous les points de la surface, et de quelque manière que ce soit, pourront appartenir à des individus entièrement différents par la nature et par l'énergie de leurs facultés.
« Une semblable proposition annoncerait chez un autre que moi une incrédulité complète sous le rapport de la phréiiologie. > {Loc. cit., p. 282.)
Dans ce que j'extrais et abrège de Bailiy, tout, absolument tout, est de cette force. Que le lecteur veuille bien s'en souvenir.
interne de ses deux lobes (1)? Vous aurez constaté, par exemple, au moyen du compas d'épaisseur, la proéminence des tempes. Vous vous imaginerez, en conséquence, avoir affaire à la saillie des circonvolutions placées sous cette partie de la tète. Il n'en sera rien, et vous aurez attribué mal à propos à cette saillie un élargissement du cerveau, produit par une ampleur considérable des circonvolutions de là face interne de ses hémisphères (2).
Laissez-vous de côté le compas, ce moyen rigoureux d'appréciation dont n'a jamais eu à se louer la phrénologie ? N'avez-vous recours qu'à votre main, au palper crânioscopique? Si vous êtes encore aux prises avec un développement général et uniforme de telle ou telle région du crâne, vous n'en serez pas plus à l'abri de l'erreur. \ous ne pourrez pas vous assurer davantage si la prédominance de tel ou tel diamètre du cerveau est due, ou non, à celle de ses parties intérieures (3). De plus, et la remarque est capitale, le toucher nevous donnera, en aucune façon dans ce cas, les moyens de reconnaître un à un les organes. La même partie du crâne ne répondant jamais aux mêmes circonvolutions (i), lorsqu'une région de la tête est lisse ou uniformément bombée, il n'existe, ni dans la cî^ânioscopie, ni dans la céphalométrie, aucun
(1) Loc. cit., p. 2S5, 2SG, 287.
(2;. Ihid., p. 280-, 287.
(3) Ihid., p. 285,280, 287.
(i) Ihid,, p. 285.
2 52 L.V l'UREXOLOCilE
moyen de constater les développements partiels des organes cérébraux quelle renferme (1 ) .
II n'y a qu'un cas, un seul cas, où il soit possible de reconnaître <à l'extérieur l'existence des organes découverts par Gall. C'est celui où, dans leur développement isolé (2), ils affectent ces formes particulières, toujours les mêmes pour chacun d'eux (3), et qui ne permettent pas de douter de cet état de développement; quand, par exemple, on aperçoit dans toute sa splendeur, au-dessus de l'angle externe de l'œil, cette espèce àe pyramide qui renferme, comme une nouvelle Rhodope, la circonvolution de la musique (4); lorsqu'on remarque à la racine du nez cette proéminence ovalaire, qu'y détermine l'organe de la mémoire des lieux (5) ; quand celui de la bonté arrondit au sommet de la tète son dos d'âne accoutumé (6); quand celui des visions forme, avec celui du côté opposé, son croissant caractéristique (7); lorsqu'enfîn l'organe de la propriété étend sa côte de melon depuis le lobule de l'oreille jusqu'à l'angle externe de l'œil (8). Alors vous êtes sur un terrain solide, et vous pouvez vous prononcer. Mais pour
(J) Loc.cit., p. 285.
(2) IhùL, p. 2S2, 2S3.
(3) Ibkl., p. 282.
(4) Ibtd. , p. 284.
(5) Ibid., p. 284, (G) Ifjid., p. 2S4.
(7) I/jid., p. 284.
(8) ii/d.,p. 284.
DEPUIS GALL. 2oS
peu que deux ou trois orgaues voisins l'un de l'aulre, et d'un caractère souvent malheureusement analogue, soient développés simultanément, dans ce cas ne vous prononcez plus. Leurs circonvolutions se confondent; leurs formes, si constantes d'ailleurs, disparaissent (1). Vous ne pouvez plus savoir si la partie de la surface cérébrale qui constitue chacun d'eux est réellement développée, et, ea voulant être affirmatif dans des cas où vous ne pouvez pas l'être, vous vous exposeriez à porter de dangereux diagnostics. Vous vous mettriez dans le cas de prendre un (j ranci mécanicien pour un grand voleur, un grand critique pour un grand fourbe \^], et d'attribuer de môme, à tort et à travers, les organes de la justice, de la fermeté, des grandeurs, de la ruse, de la destruction, de la propriété, à des têtes qui n'auraient ni ces organes, ni, ce qui pis est, leurs facultés (3).
Aussi gardez-vous bien de vous rendre au désir des curieux quand ilsvous demandent de leur donner une description du caractère ou des talents, d'après l'inspection seule de la tête de la personne qui vous est soumise,