T DONT ON VOUS CACHE AVEC SOIN LES QUALITÉS ET LES
ACTIONS (i). C'est VU conseil que le docteur Goll a tonjours donné n ses élèves (5). Et quant à cette supposi-
(1) Loc. cit., p. ?.s-î, 2S;j.
(2) Ibid., p. 283.
(.3) /A/rf., p. 287.
(4) //7irf.,p. 292.
(.S) Vnd., p. 292.
lion, que le phrénologiste peut reconnaître, d'après l'inspection du crâne, les hommes qui ont de mauvais penchants très-développés, et qu'il finira par être officiellement appelé à éclairer les magistrats sur la plus ou moins grande culpabilité des accusés, c'est là une des plus absurdes conséquences (1) qu'on puisse faire découler de la phrénologie, et il y aurait/j/i/s que de la stupidité (2) à prétendre arriver à ce résultat (3).
Le lecteur doit trouver que je lui ai tenu parole, et il ne s'attendait, j'en suis persuadé, à rien de pareil à ce que je viens de lui citer. Pour mon compte, je dois l'avouer, lorsque je lus cet Essai, qui est véritablement un coup de maître, et en extrayant ces ci-
(I) Loc. cit., p. 293.
(:>) Ibid., p. 306.
(3) « L'inspection des têtes des profonds scélérats et des suppliciés a servi à faire la science ; elle a servi à localiser les facultés et les penchants ; elle servira encore à former la conviction des incrédules; mais jamais elle ne devra entrer dans la législation comme moyen d'aljsolution ou de condamnation. Les juges qui réclameraient un tel secours, les médecins qui consentiraient à le donner, ne comprendraient ni les uns ni les autres leur véritable mission. » Loc. cit., p. 2D3.
J'engage le lecteur à rapprocher cette déclaration de Bailly de Blois, insérée dans le journal de la Société phrénologique de Paris, du récit tout admiratif que fait le même Journal (t. II, 18;J3) de la détermination cranioscopique de la tête d'une vieille femme, la veuve Houet, assassinée plusieurs années avant l'époque de cet examen. Cette détermination , au dire du rédacteur du Journal de la Société phrénologique, avait été provoquée par M. le doyen de l'École de médecine et par M. le profnreur|^ du roi
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talions, que j'aurais pu rendre dix fois plus nombreuses, je me demandais si je n'étais pas le jouet de quelque hallucination, et si je ne venais réellement pas de relire quelque vieux feuilleton d'Hoffmann, ou l'article Cranioscopie de Bérard et Montègre, dans le grand Dictionnaire des sciences médicales. Aussi ne suis-je pas fâché de revenir un peu sur ces idées de feu Bailly ; elles contiennent surtout, sur la valeur et la certitude de la cranioscopie, un aperçu tout nouveau et auquel je n'avais pas pensé, j'en conviens, avant d'avoir lu son travail. Il est, en effet, parfaitement vrai que la proéminence du cerveau dans un sens ou dans un autre, en hauteur, en longueur, en largeur, ne prouve absolument rien pour la proportion des organes placés à sa surface, aux extrêmes limites de ces différents diamètres. L'élargissement de ce viscère, par exemple, peut tenir uniquement au développement excessif des circonvolutions de la face interne de chacun de ses hémisphères, développement qui chasserait en dehors toute la masse de ces derniers, et avec elle les organes situés sous la tempe, sans que ces organes fussent'pour cela plus considérables. En vérité, s'il en est ainsi, on aura beau apprécier cet exhaussement, cet allongement, cet élargissement du cerveau, soit par la vue seule, soit par le compas, cette appréciation, loin de rien apprendre sur le développement des organes de sa surface, ne conduira qu'à des erreurs. Cette conséquence est surtout fâcheuse pour
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lesphrénologues qui regardent la cranométrie comme une des nécessités de leur science. Il ne faut pas croire, en effet, que tous les mesm'eurs de crâne sont des adversaires de la phrénologie. La phrénologie compte, au contraire, parmi ses plus illustres partisans, les mesureurs de crânes les plus confiants dans la bonté de cette méthode. Sans rappeler feu Sarlandière et son armet, qu'a admiré une auguste famille, il y a en France M. Voisin et plusieurs phrénologue> de notre connaissance, qui mesurent, sinon avec beaucoup de succès, au moins avec pleine assurance. En Angleterre, il y a les deux Combe, le grand et le petit, Ajax Télamonien, Ajax d'Oïlée, il y a De\ille, Ross, et bien d'autres, qui soumettent le crâne humain à des mesures si variées, que je ne saurais les rappeler de mémoire. M. G. Combe, par exemple, a envoyé à la Société phrénologique de Paris un tableau vraiment homérique de celles qu'il emploie pour apprécier le degré de développement des organes (1] La confiance dans l'emploi de ce moyen est même portée si loin en Angleterre, qu'un de ses phrénologues est allé jusqu'à tracer un tableau fictif des mesures qu'on eût dû pouvoir prendre sur les crânes, du reste parfaitement ignorés, de Louis XI et de Charles le Téméraire [i} ! Je ne connais rien de cette force de ce côté-ci du détroit; et un autre phréno-
(1) Journal de la Société phrénologique de Paris, t. 1,2» tri nie?lre.
(2; Edinhuryh phrenological journal, t. 1, n" 2.
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logue de la Grande-Bretagne a eu parfaitement raison d'avancer, ainsi que l'avait déjà fait l'honorable M, André Combe, que ses compatriotes l'emportent de beaucoup sur leurs voisins de France, par le volume du crâne, et bien entendu par celui des idées. II se fonde particulièrement, à cet égard, sur ce que l'art des classifications en botanique n'exigeant pas une grande puissance philosophique, et les tètes des botanistes n'étant pas aussi volumineuses que celles des hommes livrés à de fortes études, les Français le cèdent aux Anglais pour la grosseur de la tête, et ne l'emportent sur eux qu'en botanique (i). Je n'ai pas l'honneur de connaître l'auteur de ces remarquables inductions, et je crois qu'il n'a pas signé l'article d'où je les ai extraites. Tout ce que je sais, c'est que c'est un grand phrénologue, et d'après ses propres principes, je soupçonne fort, ou je suis bien trompé, que c'est aussi un grand botaniste.
Pour en revenir à feu Bailly, voilà donc la phrénologie, d'après lui, bien convaincue de ne pouvoir saisir les organes, soit par le compas, soit par la main seule, dans le cas où ils ont l'air d'être développés par larges masses. Elle ne le pourrait, comme nous l'avons vu, que quand ils affectent ces formes caractéristiques que j'ai déjà mentionnées d'après Gall, et auxquelles il me semble que Bailly en aajouté une très-jolie, que je n'ai pas rencontrée dans les
(1) Edinburgh phre)v>lorjica> j'»irnal and miscellany, vol. VIII, no 35, inarch., 1833.
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de^Tipboiis de son maître, la forme en dite de rftelon fie l'organe da toI. Sor ce point, plos encore que sur le premier, je partage tout à îsÂl TaTlf» de feu Bailly. Je le partage d'antant plus que si la pbrénologie n'a à saisir, à la sur&ce du crâne, que des organes ainsi conformés, elle n'aura rien à j saisir da tout, et ellemême deviendra fort insaisissable ; car on sent bien, comme je l'ai déjà Mt observer, que toutes pyramides, ces croissants, ces demi-lunes, ^ itegments de spbére, ces cônes, ces bourrelets, qui feraient de la sur&ce du crâne un réritcible plan en relief, sont une trés-manvaise plaisanterie ; sant» quoi îi laudrait admettre que les têtes que Gall dit aroii observées à Vienne n'étaient pas de même espèce que celles qu'il venait mystifier à Paris.
Mais je suppose qu'au lieu de tons ces reliefs à figure bizarre, il y ait tout simplement â la sur&ce du crâne certaines proéminences adoucies, dont le développement isolé ait pu fournir à Gall quelque atpparence de raison de fonder Torganologie, pourf|iioi donc, dans ce cas, l'anathême désormais prononcé par Bailly contre les iorefetigalions cranioi>copique» ? Pourquoi les cranioscopes de notre époque ne (^nlinueratent-ils pas, sur les traces de leurs rnaiires^ des recberches qui peuvent avoir pour résultat de donner, de jour en jour, de nouvelles preuves â la science des organes ? Est-ce que, par hasard, il en serait de l'organologie du dix-neuviême siècle comme de celle des premiers temps de la création ?
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Ksl-co qu'elle aurait dt'^jà fait plaee à une autre? Kstee que île Gall à feu lîailly, les organes auraient iléjà perdu et leurs monstrueuses saillies et leurs formes caraett^ristiques? Est-ee que nous serions inenaeés d'avoir bientôt des enfants qui nous ressemblent aussi peu que nous ressemblons aux poissons nos anei'tres? J'ai quelque peur qu'il n'en soit ainsi ;,ear de nos jours, on ne reneontre plus guère ^ur le eràne de ees formes et de ees saillies que (lall observait en si grand nou\bre à la tiii du sièele dernier et au eommeneement de eelui-ei. Si eela était, les phrénologues île Franee et d'Angleterre, i[ui maintenant eherebent à saisir des masses, et. autant qu'ils peuvent, seulement des masses, sauraient assez bien ee qu'ils font, et peut-t^tre au fond n'onl-ils p;is été taehés de voir feu lîailly, tcnit en reeonnaissant que les pyramides, les eroissanls et les eûtes de nu'lon avaient inerveilleusemenl servi à la fondation de la doetrine. engagea- à ne plus les ehercber.
Je crois pourtant qu'il y a un point sur lequel ds lie seront pas d'aeeord avee lui. et où ils le trouveront môme assez mauvais eonfrère ; je veux parler lie son opinion sur l'application de la crajiioscopie à la science des rapports de la vie. aux prévisions de réducation, aux avisî'i donnera la justice criminelle. ,Ie ne pense pas que cerlains d'entre eux descendent, à sa voix, ilu trépied phrénologique, ni qu'ils ne lui i^ardent |>as mi peu rancune d'avoir traité de stMpi-
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dite absurde leur prétention de mesurer au compas ouà l'œil le degré de culpabilité desactions. Et certainement, s'ils vivaient encore, ilsne manqueraient pas de lui demander où il a pris ce prétendu conseil de Gall à ses élèves, et que pour leur compte ils n'ont jamais entendu, de ne pas porter de jugement sur les crânes qu'on voudrait leur faire tô.ter dans le monde, de peur de foire des mécontents ou des incrédules ^1). En ce qui me regarde cependant, je ne voudrais pas mettre en doute la sincérité du témoignage d'un homme qui ne peut plus me répondre, et je serais assez disposé à croire que Gall, ici comme ailleurs, a soufflé le chaud et le froid. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que, s'il a donné à feu Baillyle conseil de s'abstenir de toute divination cranioscopique, c'est tout simplement qu'il ne le jugeait pas assez habile pour en suivre un autre ; car, pour lui, il ne s'est pas fait scrupule de tenir une conduite opposée. Son livre est tout rempli d'histoires où il raconte que, dans le monde, et à la demande des amateurs, il a porté sur des têtes, dont, il est vrai, on ne lui avait, peutêtre pas caché avec assez de soin les qualités et les oc- ^2o«i-^ les jugements les plus merveilleux; témoin celui qu'un jour, après boire, chez le prince rie Schwartzenberg, qui voulait tâter la doctrine, il exprima, de compte à demi avec Spurzheim, sur un
(I) Essoi sur les moyens de faire faire des progrès à la phrénologie, etc. (Journal de la Société phiénologique de Pari?, t. Il), p. 292.)
jeune mécanicien auquel s'intéressait le prince (I) ; témoin la description qu'il fil à l'avance de la tête du fameux ingénieur Lindner, après qu'on lui eut parlé de son talent, description qui se trouva de tout point exacte (2); témoin, enfin, ce qui lui arriva dans une société nombreuse, ou on lui demanda, pour mettre l'organologie à l'épreuve, ce qu'il pensait d'un petit homme (le cordonnier François, auteur d'un poëme sur le siège de Palmyre) qui était assez éloigné de lui, et sur le crâne duquel, bien qu'il fit sombre, et qu'on ne distinguât pas bien les objets, il distingua pourtant très-bienV organe de la poésie qui était extrêmement développé ! ! ! {3)... Ce sont toutes ces prodigieuses histoires qui ont enflammé l'imagination de ses élèves, et les transformant, à l'envi l'un de l'autre, en véritables nécromants, leur ont fait étendre jusque dans la tombe leurs diagnostics cranmscopiqucs.