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J'ai avancé, en commençant ce chapitre, que de tous les adversaires de la phrénologie, aucun ne lui a porté des coups aussi terribles que ses enfants le^ plus chers et les plus célèbres, et qu'on ne trouverait nulle part une réfutation de sa doctrine organo-
(1) Sur tes fonction'} du cerneau, t.V. p. 1"!).
(2) f/yid., t. V, p. ,78.
(3) If»d., t. V, p. 249.
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logique aussi démonstrative et aussi poignante que celle qui résulte explicitement de la seule comparaison de leurs écrits. Le lecteur doit, ce me semble, être maintenant de mon avis ; mais il me permettra, je l'espère, d'ajouter à sa conviction, en lui présentant à la fois la substance et les conclusions de la longue exposition qui précède.
Lorsque Gall eut inventé ce système de psychologie cranioscopique, le nec plus ultra, suivant lui, «les efforts de l'esprit humain et le dernier mot de la philosophie ; lorsqu'il eut achevé la constitution de ce sénat de vingt-sept organes, installés au pourtour du cerveau, celui-ci dans un segment de sphère, celui-là dans un cône, cet autre dans une demi-lune, son voisin dans une pyramide ; lorsque les attributions de ces pères conscrits de la pensée eurent été définitivement consacrées dans les trois formats de ses dix volumes et dans l'in-folio de son atlas ; ce qu'il eût fallu faire alors, c'eût été de proclamer à tout jamais la fin delà révolution phrénologique, et d'accepter sans amendement lacharte que Gall avait tracée de sesprincipes. C'eût été d'admettre avec lui, et du point de vue d'une détermination rigoureuse, vmgt-scpt organes, ni plus ni moins, pour autant de facultés; de ne discuter ni l'essence de ces dernières, ni même leurs dénominations ; de laisser, bien ou mal, les organes là même où Gall les avait placés ; de ne jamais les chercher que là, et surtout de les y retrouver toujours, même dans les animaux chez
lesquels il les a numérotés par inadvertance sur un endroit de la tête au-dessous duquel il n'y a pas de cerveau. II fallait, en un mot, faire pour l'organologie ce qu'on fait pour un édifice ruineux qu'il n'esl pas même possible d'étayer, et dans lequel on se garde bien de remuer ni une poutre, ni une pierre. Mais les continuateurs de Gall n'ont pas été aussi avi- >iés. Ils ont, au contraire, touché à tout dans le domaine créé par leur maître. Organes, facultés, principes généraux, applications, cranioscopie; il n'y a si petit coin du champ phrénologique qu'ils n'aient retourné, bouleversé dans tous les sens, à ce point que souvent eux-mêmes ils ne savent où y poser le pied.
Au lieu des vingt-sept organes de Gall, ils en ont admis jusqu'à quarante-deux et plus, et chaque jour en voit éclore de nouveaux. Il y avait bien, il est vrai, à la surface du cerveau, et surtout vers sa partie postélieure, quelques places vacantes, quelques circonvolutions inoccupées. Spurzheim y planta son pavillon, je veux dire le pavillon de quelques nouveaux organes. Alais ces circonvolutions encore sans destination n'étaient pas assez nombreuses pour la foule des nouveaux arrivants, et pour pourvoir ces derniers, il fallut bientôt mettre à contribution tous les organes depuis longtemps établis. On les écarta les uns des autres, oû les repoussa, on les rapetissa, quelquefois même on les coupa en deux, de telle façon qu'à l'heure qu'il ' -I, il n'y a peut-être pas un seul organe qui ait
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conservé la forme, la place, l'étendue que Gall lui avait primitivement attribuées. Et pourtant tous ces organes, qui ne sont réellement plus ceux que Gall avait fondés, qui ne se trouvent plus aux lieux où il disait en avoir constaté le développement, conservent, comme démonstration de leur réalité, toutes les preuves de fait qui ne peuvent se rapporter qu'au point précis du cerveau et du crâne où Gall prétendait avoir observé chacun d'eux. Comparez, à cel égard, entre eux trois cerveaux ou trois crânes marqués, l'un d'après la topographie de Gall, l'autre d'après celle de Spurzheim, le troisième suivant celle de M. Vimont(l), et vous vous demanderez, à coup sûr, comment ceux d'entre les phrénologistes qui ont mis un peu de raison à étudier l'organoscopie ne se sont pas bientôt aperçus qu'un tel déplacement des organes détruisait à l'instant môme toutes les preuves antérieures de leur existence (2).
Mais il y a un fait qui conclut bien davantage en-
(1) Voyez, à la fin du volume, deux planches que j'y ai placées, non sans quelque hésitation. Elles donneront au moins les moyens de comparer entre elles la carte organologique de Gall et celle de Spurzheim, en même temps qu'elles soulageront la mémoire ou l'attention du lecteur, en lui mettant sous les yeux, les détails de leurs deux systèmes. Si j'avais voulu lui présenter de la même façon les diverses topographies de leurs successeurs, ce ne sont pas seulement deux planches, mais quinze ou vingt, qu'il ui'eùl fallu faire exécuter.
(5) « L'histoire de ces variations n'est pas seulement une chose plaisante, c'est une preuve nouvelle, je ne dirai pas de l'instahililé, mais de l'inanité de cette prétendue doctrine phrénologiiiue. » (Dubois d'Amiens, lor. fit., p. 2G7.)
DEPUIS GALL. i[\5
core à l'annihilation de toutes ces preuves ; ce sont les changements qu'ont apportés, à qui mieux mieux, dans l'essence de presque toutes les facultés, les principaux successeurs de Gall. C'est Spurzheim qui ouvrit cette voie malheureuse qui conduisait inévitablement au renversement du système. Parmi des modifications purement nominales il en introduisit d'autres qui, attaquant la faculté dans son essence, faisaient d'elle une faculté ditférente ; et ccpendanl, chose merveilleuse, cette faculté réellement nouvelle conservait son ancien organe et toutes les preuves de fait que Gall et Spurzheim lui-même avaient données de son existence, quand elle était une autre faculté.
C'était là, il faut le dire, un fâcheux, un fatal exemple, et malheureusement il porta ses fruits. M. G. Combe, M. Sarlandière, M. Yimont, et après eux, comme le dirait ce dernier, toute la populace phrênologique (1) de la France et de la Grande-Bretagne, se jetèrent à corps perdu dans cette voie, et comme ce lieutenant du calife sur le rivage de la Mauritanie, il? ne s'arrêtèrent que quand le terrain leur manqua. Le cerveau n'offrant plus guère déplace pour la création de nouveaux organes, on s'en prit aux facultés. On leur ôta leurs noms, leurs titres, on les déshabilla
(I) « La cranioscopie a été confondue jusqu'à ce jour par l.i populace phrénologiqueavec la science dont elle ne forme qu'une fraction. » (Truite de phrénologie humaine et comparée, t. II. p. m.)
du haut en bas, on leur fouilla les entrailles; et nous avons vu dans quel curieux esprit d'analyse, de quel ton de conviction profonde, M. Yimont, en parliculier, accuse ses maîtres de n'avoir su saisir l'essence d'aucune d'elles, et dans ses déterminations vraiment neuves, renverse, à la fois, sans avoir l'air de s'en douter, tout le système des organes et tout celui des facultés.
Après avoir ainsi montré la pauvre doctrine abat- Ine sur ses deux étais, l'invariable détermination des organes, l'invariable détermination des facultés, par les hommes mêmes qui s'étaient imposé le lourd fardeau de la soutenir, rap pelle rai-je toutes les autres dissidences qui régnent entre eux sur les points, après ceux-là, les plus importants de leur science? Képéterai-je que les uns voudraient qu'on s'en tînt tout simplement aux vingt-sept organes et aux vingtsept facultés de Gall, mais qu'on laissât là la craniosropie, et surtout la phrénologie comparée, parce qu'elle n'est pas compatible avec la théorie de la phrénologie antédiluvienne ?Dirai-je que d'autres veulent bien de la cranioscopie et surtout de la phrénologie comparée, pourvu qu'on leur accorde que Gall s'est très-souvent trompé en phrénologie humaine, et qu'il n'a rien entendu du tout à la phrénologie des animaux? Parlerai-je de ceux dont la conviction accommodante ne recule ni devant la phrénologie comparée, ni devant la phrénologie du déluge, ni devant aucune phrénologie imaginable, et qui ad-
mettront autant d'organes qu'on leur en présentera, mais à une condition expresse, c'est qu'il leur sera toujours loisible de les reconnaître à travers le crâne, et qu'ils auront par-dessus tout le privilège de la foire et des tréteaux? Ajouterai-je que, pour quelques-uns, toute la force de la phrénologie est dans son armure, dans son casque, son mètre, son compas, tandis que, suivant quelques autres, qui repoussent avec horreur ces moyens empruntés aux sciences exactes, la phrénologie, au contraire, ne doit relever que d'elle-même, et a tout son avenir au bout de ses doigts? Tout cela certainement est bon à rappeler, et je prie le lecteur d'en tenir note; mais néanmoins, cela ne vaut pas les divergences contradictoires des maîtres actuels de la doctrine sur la place et la distribution des organes et sur la nature de leurs attributions, divergences qui font de la phrénologie une organologie sans organes et une psychologie sans facultés.