‹ La phrénologieChapitre 41 sur 62 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Histoires organologiques édifiantes, tirées des propres annales de la pbrénologie.

Je pourrais m'arrêter ici ; mais je ne veux pas le faire encore, parce que je suis persuadé que le lecteur a une dernière question à m'adrcsser. J'admets comme vous, me semble-t-il lui entendre dire, que l'organologie phrénologique est une science impossible, à laquelle Gall, au lieu d'en établir l'existence, a ajouté un autre impossibilité, celle du ridicule; j'admets que les élèves et les successeurs de ce grand maître, loin d'appuyer sa doctrine de meilleures preuves, n'ont fait, par leurs innovations contradictoires, que mieux en montrer le néant. Qu'est-ce donc alors que ces récits tout nouveaux d'une divination cranioscopique où semblent revivre les anciens oracles? Qu'est-ce que ces récentes histoires de cervelles et de facultés si bien d'accord dans leur corrélation avec les lois de l'organologie? Ces faits, où la pbrénologie moderne a si merveillcusemen! reconnu le génie ou l'imbécillité, la bonté ou la malfaisance, tous les jours encore elle les enregistre dans

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ses annales, et en expose la preuve sur ses tablettes. Et ce ne sont plus ces mauvais contes du livre de Gall, sans aucun caractère de vérité, sans indication de lieu, de nom, de date, et dont la plupart, au contraire, portent le cachet évident de la malhabileté et du mensonge. Les faits dont il est ici question sont des fiiits presque scientifiques, où rien ne manque de ce qui peut en garantir la réalité ; ce sont des observations authentiques relatives à des malfaiteurs fameux, dont nous avons pu étudier les crimes et dont nous pouvons encore analyser les. têtes, ou des biographies incontestables d'hommes célèbres, nos contemporains, nos amis, et dont le crâne, ou le plâtre, moulé sur l'original, est soumis à tous les contrôles. A ces questions j'aurais bien des réponses à faire, et le lecteur, j'en suis persuadé, en pressent déjà quelques-unes. Je pourrais répondre d'abord que, nombre de fois pour ma part, j'ai essayé des horoscopes ou des oracles de ce genre, et je n'ai pas besoin de fiiire connaître quel résultat j'ai obtenu de ces tentatives. Je pourrais dire qu'autant et plus que la phrénologie, j'ai, depuis douze ou quinze ans, contrôlé au point de vue cranioscopique les crânes de ces grands assassins, dont je lui ai plusieurs fois donné les moyens de mouler les têtes, et que je n'y ai jamais rencontré ce qu'elle a prétendu au contraire y avoir rencontré toujours. Je pourrais citer, en preuves de cette dernière assertion, les crânes de deux ou trois misérables, dont on n'a peut-être pas

encore tout à fait oublié les noms, Avril, Lacénaire, Fieschi, et les articles anti-organologiques que j'ai publiés sur leur compte dans les feuilles quotidiennes du temps. Je pourrais ajouter enfin que j'ai soumis mon propre crâne à l'examen de mains consacrées et habiles, et que l'organe dont elles y ont constaté labsence est justement celui dont elles ne pouvaient à l'avance connaître en moi la faculté, celle qui fait que les petits enfants, dans ce cas meilleurs physionomistes que les phrénologues, viennent me demander des caresses qu'ils se sentent bien sûrs d'obtenir.

Je pourrais, quant à ces rapports de la physiognomonie à la cranioscopie, dire que, pour reconnaître ainsi à l'extérieur du crâne de l'homme des organes qui, de l'aveu même de plus d'un phrénologiste, ne sauraient y être reconnus, les cranioscopes en crédit usent, à leur insu peut-être, de plusieurs moyens accessoires que déjà ne négligeait point le fondateur de la doctrine. Leurs plus brillantes réussites sont celles pour lesquelles ils peuvent disposer de quelques renseignements fort utiles, tels, par exemple, que la connaissance du caractère, des écrits, de certaines actions, quelquefois même de la vie tout entière des sujets de leurs prophéties. A défaut de ces renseignements, l'examen même le plus vulgaire de la physionomie du sujet, une appréciation tant soit peu intelligente de quelques fragments de conversation, ^^uffisent. dans la plunart des

cas, pour donner quelque probabilité aux points capitaux du prononcé phrénologique. Feu l'amiral Duraont d'Urville, dans sa foi à la phrénologie, me témoignait un jour son étonnement de ce que le grand cranioscope de Londres, Deville, lui avait découvert sur le crâne l'organe de la fermeté. Or, pour qui a connu Dumont d'Urville, pour qui a encore présents à la mémoire sa baute et puissante stature, sa ligure contenue et déterminée, tout l'ensemble en un mot de sa physionomie, une chose qui serait bien plus étonnante, c'est qu'un phrénologue un peu habile eût pu ne pas noter sur son crâne l'organe de la faculté qui chez lui dominait tout le reste, et à laquelle il a dû sa gloire d'intrépide marin. Si l'organologie était quelque chose de sérieux, et au point où nous en sommes arrivés, nous pouvons bien lui refuser ce caractère, pour se livrer légitimement a l'espèce d'investigation sur laquelle elle se fonde, il faudrait que cette investigation fût faite en dehors de toute connaissance des sujets qui y seraient soumis, en l'absence de tout renseignement sur la nature de leur esprit ou sur les actes de leur vie ; il faudrait t'iifin qu'elle eût lieu d'après l'inspection seule du crâne, et non point consécutivement aux indications de Ja physionomie, qui devrait être soigneusement voilée. Or, si toutes les appréciations cranioscopiques avaient été faites dans ces conditions, et avec une bonne foi aussi sévère, je n'ai pas besoin de dire quels résultats elles auraient donnés, et moins besoin en-

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core d'ajouter que je n'aurais pas eu à écrire cet ouvrage.

Mais au lieu d'insister sur toutes ces raisons, qui peuvent déjà pourtant mettre le lecteur sur la voie, je préfère prendre dans les propres annales de la phrénologie, et en quelque sorte dans ses magasins, quelques-uns des faits qu'elle y tient victorieusement consignés, les disséquer une fois dernière, etmontrer comment cette science accommodante entend la statistique, comment elle tire un horoscope, comment elle trouve sur ses plâtres l'opposé même de ce qu'on y remarque, comment enfin, sur la mensongère promesse d'un nom, elle dénombre sur le premier crâne venu tous les organes qu'y eussent rendus nécessaires les facultés de son possesseur supposé. Dans cet intéressant spicilége, que pourtant je veux rendre court, je ne choisirai point au hasard; et passant du léger au grave, je terminerai par deux histoires que la phrénologie connaît bien, et qu'il m'est agréable de lui rappeler, l'histoire du crâne de Napoléon et celle du crâne de Raphaël : le roi des rois, le roi des arts! La phrénologie, je l'espère, ne se plaindra pas qu'on lui emprunte des faits sans authenticité et sans grandeur.

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