UNE VISITE AU BAGNE DE TOLLON (I
Ea France, M. le docteur Voisiu, jaloux peut-être de la gloire anglaise de M. Combe, se rend au bagne de Toulon pour y tenter, sur les forçats qu'il renferme, quelque diagnostic cranioscopique analogue à celui qu'a opéré le pbrénologue écossais sur les aliénés de Dublin. M. Voisin sentait toute la gravité de sa détermination ; il ne se dissimulait point qu'il allait se placer dans une de ces occasions solennelles d'où dépend l'avenir d'une doctrine, et il nous décrit ses angoisses à l'approche du "moment décisif. Or, le diagnostic que veut exécuter M. Voisin consiste à reconnaître, parmi les 350 criminels de toute sorte que contient le bagne de Toulon, 22 forçats qu'il sait y être renfermés par suite d'une condamnation pour viol. Le moyen gu'il doit employer poui' cela, c'est, bien entendu, l'inspection de la nuque, qui doit faire connaître l'ampleur du cervelet. Déjà pourtant, à l'époque où M. Voisin faisait son voyage organologique, plusieurs phrénologues, et des plus considérables, ne regardaient plus cette partie de l'encéphale comme l'organe dont l'action désor-
(11 Une visite au bagne de Toulon, par M. le docteur Félix Voisin ; Mémoire lu à la séance annuelle de la Société phrénolo- ^ique de Faris, le 24 août 1834 (Journal de la Société, 1. 111.)
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donnée pousse au viol et conduit au bagne. En outre, suivant un de ces phrénologues, M. Sarlandière, la largeur de la nuque ne peut absolument rien faire préjuger sur le volume total du cervelet. Cette dernière opinion, qui est tout à fiiit fondée, suffisait seule pour rendre à l'avance illusoires les résultats, quels qu'ils fussent, qu'allait obtenir M. Voisin. Cet honorable phrénologiste se met néanmoins à l'œuvre; mais sa bonne volonté et ses efforts ne sont point, hélas ! couronnés de succès. Sur les 11 forçats condamnés pour le crime que je viens dédire, M. Voisin, sur la largeur de leur nuque, n'en devine que 13, et non-seulement il ne devine pas les 9 autres, mais il prend pour eux 9 forçats qui ne s'étaient pas rendus coupables du crime dont semblait les accuser sa main . C'étaient 18 cas d'erreur pour 13 cas de réussite. Pour pallier un tel résultat, qui ne lui paraît pas à lui-même fort concluant (1), et qui est en effet, plus mauvais encore que celui qu'en une autre occasion avait obtenu G. Combe, M. Voisin se livre à des considérations psychologiques et morales d'une grande force, et que j'engage à lire dans le journal où elles sont consignées. Mais enfin il fout bien qu'il en revienne à ces 9 forçats qui avaient un gros cervelet, et qui n'avaient pas été condamnés pour avoir cri-
(1) « Jugez vous-même de la valeur de la doetiine: voyez si l'on peut s'en rapporter à de pareilles observalions, et si l'on a tort de s'élever contre un système qui conduit à d'aussi fausses applications. I) (M. Voisin, p. 33 du Récit de sa visite.]
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rainellement usé de cet organe. M. Voisin ne doute pas qu'ils n'aient dû ou pu, le cas échéant, être punis pour cette faute ; mais peut-être, dit M. Voisin, qu'ils n'avaient pas que ce tyran-là dans la tète (1). D'autres tyrans avaient pu les entraîner dans une foule de directions différentes, et neutraliser la mauvjiise influence du premier (2). Ceci, n'en déplaise à M. Voisin, est dans l'espèce une pure hypothèse ; car il ne lui a pas été possible de constater dans ces 9 forçats, soit par l'état des organes, soit par l'état des facultés, l'existence de ces tyrans contraires, qui les auraient empêchés de s'abandonner à l'énergie désordonnée de l'amour physique, pas plus qu'il n'a constaté, de la même façon, dans les 13 forçats chez lesquels le crime de viol lui a paru explicable par l'existence d'un gros cervelet, si quelques autres tyrans, en bien plus grand nombre et d'une bien autre puissance, n'eussent pas dû les détourner du crime pour lequel ils se trouvaient pourtant au bagne. M. Voisin a donc fait là, évidemment , un voyage inutile, et, si la chose en valait la peine, ce serait une visite à recommencer.
()) M. Voisin, p. 38 du Récit de sa visite. (2) Ibid.
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