TUBERCULOSE DES ANIMAUX
L'étude de la tuberculose dans les diverses espèces animales met en lumière ce fait très intéressant, à savoir que la tuberculose évolue d'une façon différente dans chaque espèce. Par là, la tuberculose se rapproche des maladies les plus infectieuses, comme le charbon, par exemple ; par là se manifeste l'influence du terrain.
On a vu plus haut que l'histoire Aqi, pseudo-tuberculoses parasitaires montre aussi quelle est la part qui revient à l'autre facteur, Vagent irritant (Laulanié). (Voir page 62.)
Quoi qu'il en soit, jusqu'à présent aucun animal à sang chaud ne s'est montré complètement réfractaire à l'infection tuberculeuse (Koch).
Les manifestations observées dans les tuberculoses animales doivent donc être infiniment variables ; mais ceci n'est vrai que pour les modifications secondaires. L'altération primitive est la même dans tous les cas.
§ 1. — Tuberculose des bovidées.
La tuberculose des vaches est très importante à étudier au point de vue de l'alimentation et de la contagion possible à l'espèce humaine par les viandes et par le lait.
La phtisie tuberculeuse des vaches fphtisie calcaire de Delafond, pommelière, Perlsucht) est très commune. Elle se manifeste le plus souvent, sinon toujours par l'amaigrissement et par la toux, mais les qualités lactifères de la vache peuvent n'avoir subi aucune atteinte et des vaches rester en bon état pendant six mois ou davantage malgré la présence de tubercules nombreux dans les poumons. La marche de cette phtisie est généralement lente, de telle sorte que des vaches restent bonnes laitières pendant un an quoique atteintes. Les lésions anatomiques consistent dans des îlots tuberculeux du poumon de volume variable, des masses de pneumonie caséeuse, des dilatations bronchiques avec catarrhe purulent des bronches, parfois des cavernes, comme chez l'homme. Les plèvres présentent aussi des granulations tuberculeuses quelquefois très volumineuses ressemblant à des tumeurs sarcomateuses, souvent infiltrées de sels calcaires ; la to-
talité de ces tumeurs pleurales tuberculeuses, beaucoup plus développées que ne le sont jamais les lésions du même ordre chez l'homme, peut atteindre le poids de 5 à 6 kilogr. (1). L'infiltration calcaire de ces tubercules leur a fait donner le nom de tumeurs perlées (Perlsucht). Les ganglions lymphaticfues sont toujours infiltrés de tubercules et extrêmement hypertrophiés à la racine des bronches, si bien que leur masse arrive au poids de. 3 kilogr. oOO. Le foie et la rate sont souvent farcis de granulations tuberculeuses.
Les lésions histologiques, les granulations tuberculeuses de la vache, qui ont été bien étudiées par Virchow, sont les mêmes que celles de l'homme. Koch a démontré la présence des bacilles tuberculeux dans ces productions pathologiques et leur identité avec les bacilles de la phtisie humaine (2). D'après ses recherches, les bacilles sont souvent très rares dans les lésions de la pommeliére.
L'importance alimentaire du lait a naturellement incité les expérimentateurs à savoir si le lait de vache atteinte de la pommeliére pouvait donner la tuberculose. Gerlach (3) a nourri des veaux, des porcs, des lapins et un mouton avec du lait pris dans de semblables conditions et il a produit la tuberculose. Klebs (4) a également obtenu un certain nombre de résultats positifs ; mais comme il y avait aussi des expériences négatives, en particulier celles de Schreiber (o), on pouvait encore conserver un certain doute au sujet de cette infection.
Le danger qu'offre le lait a attiré l'attention sur les lésions tuberculeuses de la mamelle de la vache. Bôllinger (6) a trouvé, dans les tubercules de la mamelle et dans la sécrétion lactée, de nombreux bacilles de la tuberculose. Par l'inoculation du lait chez les animaux, il a obtenu au bout de onze jours une tuberculose miliaire généralisée.
La mamelle de la vache paraît être assez souvent affectée de tuberculose. Ainsi, pendant sept mois, le docteur Bang (7), professeur à l'école vétérinaire de Copenhague, en a vu, dans cette institution, sept cas, et divers vétérinaires danois lui ont communiqué vingt-sept autres faits de mammite tuberculeuse. Sans que les vaches paraissent malades, il se développe une tuméfaction et une induration d'une portion de la glande dont le lait semble tout k fait normal. Malgré cette excellente apparence, le lait contient parfois alors des quantités
(1) Voyez pour la pathologie de cette affection la Police sanitaire de Reyual, p. 710; Guvli, Handbuch, t. l;\ivchow, Wurtzburger Verliandlungen,i. VII, p. 143, et Pathol. des tumeur's, trad. fr. de Aronssohn, t. II, p. 253.
(V) Berl. Klin. Wochenschr . , 10 avril 1882.
(3) Virchow's Arcliiv, t. XLI, 1878.
(4) Archiv fur exp. 'path., 1871.
(5) Dissertation inaugurale, Kœnigsberg, 1875.
(6) Tuberkelbacillen in Euter tuberc. Kuhe. Baier, arztl. Int. BL, 1883, 16.
(7) Nordiskt med. Archiv, t. XVI et Congrès méd. int. de Copenhague, août 1884.
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colossales de bacilles. Ainsi, sur des préparations de lait recueilli dans ces conditions, Bang a montré aux membres du Congrès de Copenhague des points où il y avait plus de 200 bacilles dans un champ du microscope. Au bout d'un mois environ, le lait prend l'aspect d'un sérum jaunâtre, contenant de petits flocons fibrineux. 11 n'est jamais purulent. La mammite tuberculeuse peut s'associer à une phtisie déjà existante ou être la première manifestation d'une phtisie aiguë ou subaiguë qui dure de deux à quatre mois. L'inoculation de ce lait a donné des résultats positifs ; l'ingestion du lait provenant des parties saines des glandes partiellement tuberculeuses a produit aussi la tuberculose intestinale chez le lapin et le porc. Dans une ferme où l'on se servait du lait d'une vache atteinte de cette mammite, le veau devint tuberculeux ainsi qu'une femme enceinte et un enfant de six mois qui avait été nourri avec ce lait.
Koch (1) a émis l'opinion que le lait de la vache tuberculeuse ne devient virulent que lorsque la mamelle est elle-même atteinte. Bang pense au contraire que le lait des vaches tuberculeuses contient parfois, sinon toujours, des bacilles, même quand la mamelle est saine. 11 a fait cette expérience intéressante : il a chauffé à 72° le lait contenant des bacilles et a injecté un centimètre cube de ce liquide a deux lapins qui sont restés indemnes. Pour chercher les bacilles du lait, il le place dans un appareil à force centrifuge usité pour la séparation du beurre. La partie périphérique du vase présente un sédiment sale qui contient diverses espèces de bactéries, parmi lesquelles se trouvent celles de la tuberculose.
H. Martin (2) a inoculé dans le péritoine de cobayes et de lapins, du lait pris au hasard aux laitières qui s'installent de grand matin à Paris pour le vendre sous les portes cochères, et il a obtenu un bon nombre d'inoculations positives ; encore faut-il remarquer que cb lait provient de fermes éloignées où les animaux sont dans de meilleures conditions que ceux des vacheries situées à Paris ou dans la banlieue. Stein (3) en injectant du lait de vaches atteintes de la pommelière dans le péritoine a produit la tuberculose miliaire au bout de trente-cinq jours ; sur les quatre faits qu'il a examinés au microscope, il n'a trouvé que deux fois des bacilles.
De toutes ces expériences découle la conclusion qu'il faut toujours faire bouillir le lait dont on se sert comme aliment, si l'on n'est pas sûr de sa provenance.
(1) Koch, Mittheil. a. d. Kais. Gesundheitsamte, t. II, 1884.
(2) H. Martin, Recherches ayant pour but de démontrer la fréquence delà tuberculose consécutive à l'inoculation du lait vendu à Paris, sous les portes cochères [Rev. de méd., 10 février 1884).
(3) Slein, Dissert, inaug. Berlin, 1884.
Une autre question est celle de savoir si les viandes provenant de vaches pthisiques peuvent donner la phtisie. Il est très rare qu'il y ait des tubercules dans les muscles et dans le tissu cellulaire du dos et des membres qui constituent les parties les plus essentielles de la viande consommée ; aussi l'inoculation aux animaux de la viande de boucherie a-t-elle donné des résultats inconstants, rarement positifs ; mais il n'en est pas de même de la consommation des organes tels que le foie, le rein ou les parties des membres qui renferment des ganglions lymphatiques. D'où le précepte de manger bouillie la viande des bovidés suspects.
§ 2. — Tuberculose du cheval (1).
Il est facile de reconnaître que la tuberculose du cheval tient une place intermédiaire entre la tuberculose du bœuf et celle de l'homme. Ainsi dans certains points, les néo-formations tuberculeuses sur le péritoine et sur l'épiploon ont la plus grande ressemblance avec les nodules de la pommelière du bœuf, tandis que, dans les mêmes cas, les poumons contiennent un nombre extrêmement considérable de tubercules miliaires qui, à la surface de la coupe, leur donnent complètement l'aspect d'un poumon humain atteint de tuberculose miliaire.
Dans un cas où il fut aussi possible de découvrir la voie par laquelle le virus tuberculeux avait pénétré dans le système circulatoire et avait produit la tuberculose miliaire, les ganglions rétropéritonéaux avaient été transformés en une tumeur très volumineuse, parsemée de masses caséeuses dures et jaunâtres, qui englobait en partie la veine cave inférieure et envoyait des prolongements bosselés dans son intérieur. Ces masses renfermaient des quantités très considérables de bacilles tuberculeux, les uns libres, les autres contenus dans des cellules géantes. Plusieurs nodules étaient ramollis à leur surface et avaient évidemment laissé passer de nombreux bacilles dans le sang de la veine cave. La tuberculose miliaire avait donc ici évolué comme Weigert l'a montré pour l'homme.
D'ordinaire on décèle la présence des bacilles tuberculeux dans les nodules de l'épiploon et du péritoine, dans les ganglions bronchiques extrêmement augmentés de volume, dans les nodules du poumon, de la rate et du foie.
§ 3. — Tuberculose du porc (2).
Elle paraît être assez fréquente. On trouve souvent chez cet animal
(1) Koch, loc. cit.
(2) Koch, loc. cit.
des transformations caséeuses des ganglions du cou qui très vraisemblablement sont de nature tuberculeuse. Dans quatre cas, l'examen de ces ganglions fit constater chaque fois la présence de nombreux bacilles tuberculeux, les uns libres, les autres contenus dans les cellules géantes.
Il existe en outre chez le porc une forme particulière de pneumonie caséeuse. Sur une grande étendue les lobules pulmonaires sont transformés en masses grises rougeâtres et jaunâtres. Les alvéoles contiennent en certains points d'épaisses colonies de bacilles; ailleurs les bacilles ont déjà pénétré dans les tissus voisins où on observe des cellules géantes contenant des bacilles. Dans deux cas aussi, une ou plusieurs cellules géantes contenant des bacilles étaient libres dans les cavités alvéolaires. 11 s'agissait sûrement, dans ces cas de pneumonie caséeuse, d'une tuberculose provoquée par l'aspiration de bacilles en très grand nombre. Dans un cas l'infection des poumons était encore toute récente et paraissait avoir eu pour point de départ les amygdales qui présentaient de profondes ulcérations à fond caséeux infiltré de bacilles tuberculeux.
Une fois, Koch examina des parcelles de muscles de porc, parsemées de nodules nombreux petits et pour la plupart calcifiés, contenant des cellules géantes pourvues de bacilles.
§ 4. — Tuberculose de la chèvre et du mouton (1).
Koch n'a eu qu'une fois l'occasion d'examiner le poumon d'un mouton parsemé de nodosités tuberculeuses et les ganglions bronchiques attenants, en partie caséifiés et calcifiés. Les tubercules pulmonaires contenaient des cellules géantes avec peu de bacilles. Dans les ganglions bronchiques les bacilles étaient en revanche plus nombreux.
Il n'a étudié également qu'un cas de tuberculose chez la chèvre, particulièrement intéressant parce que dans les deux poumons il s'était formé une caverne presque de la grosseur du poing ; ce fait prouve en eff'et que, dans certaines circonstances, la phtisie pulmonaire peut présenter une évolution analogue chez les animaux et chez l'homme. Les cavernes étaient en partie remplies d'un pus caséeux. Leur paroi était sinueuse, rugueuse et filamenteuse. Dans le tissu ambiant se trouvaient de nombreuses cellules géantes avec des bacilles tuberculeux; des bacilles isolés furent aussi rencontrés dans le contenu purulent des cavernes. Enfin, le parenchyme pulmonaire environnant les cavernes et dans un rayon assez étendu était rempli de
(1) Koch, loc. cit.
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tubercules miliaires qui renfermaient aussi des cellules géantes avec des bacilles. Il en était de même pour quelques grosses nodosités de la rate et du foie, et pour les ganglions bronchiques très augmentés de volume et calcifiés.
§ 5. — Tuberculose du singe (1).
La tuberculose du singe se comporte d'une façon notablement différente de celle de l'homme. D'ordinaire elle ne reste pas longtemps cantonnée dans un organe, mais s'étend rapidement à tous. Alors elle ne donne pas lieu, comme la tuberculose miliaire de l'homme, à de nombreux nodules de grandeur égale, mais à un nombre plus ou moins considérable de foyers tuberculeux, de volume variable. Ceux-ci, surtout dans le foie, la rate et les ganglions, contiennent non pas des masses caséeuses, comme il arrive chez l'homme, mais un pus assez fluide qui donne plutôt l'aspect d'abcès multiples que de tubercules. A côté de ce cas, on trouve souvent les formes types du tubercule gris avec centre jaunâtre dans le poumon, la plèvre et sur l'épiploon. Cependant ces tubercules sont aussi de grandeurs très variables et ont conduit à penser que chez le singe l'extension de l'agent tuberculeux ne se fait pas en une seule fois, comme pour la tuberculose miliaire humaine, mais d'une façon continue et par petites poussées.
Huit singes tuberculeux ont été examinés; chez tous, la maladie s'était développée spontanément et le premier foyer d'infection parut être toujours dans le poumon. Dans un cas seulement elle eut pour point de départ les fosses nasales. Il s'était formé à l'entrée de la cavité nasale une ulcération, vraisemblablement due à une écorchure que l'animal s'était faite en se grattant et qui plus tard, lentement, avait gagné la cloison et les muscles. Les ganglions sous-maxillaires s'engorgèrent et devinrent purulents. x\lors seulement l'animal , jusque-là gai et vigoureux, respira difficilement et maigrit. A la coupe, on trouva de très nombreux tubercules de différente grosseur dans le poumon, la rate, le foie et l'épiploon.
Dans tous ces cas, les bacilles existaient dans tous les organes, mais en nombre peu considérable.
§ 6. — Tuberculose spontanée des cobayes et des lapins (2).
Sur plusieurs lots de lapins et de cobayes, achetés pour faire des recherches et soumis à l'expérimentation, il ne s'en trouva pas un qui à l'autopsie fût reconnu tuberculeux. Mais après qu'on eut fait desinocula-
(1) Koch, loc. cit.
(2) Koch, loc. cit.
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lions de matière tuberculeuse, on plaça un assez grand nombre d'animaux rendus tuberculeux dans des cages séparées, mais placées dans la même enceinte que les autres animaux non infectés; dès lors il se déclara chez ceux-ci quelques cas de tuberculose spontanée. Cependant les symptômes bien nets de tuberculose ne se montrèrent presque jamais avant le troisième ou le quatrième mois de séjour au milieu des animaux tuberculeux. On fit aussi cette remarque caractéristique que le nombre des cas de tuberculose spontanée augmentait ou diminuait avec celui des animaux artificiellement infectés. Pendant un temps assez long, un très petit nombre d'animaux tuberculeux furent laissés dans la salle des animaux en expérience; alors là tuberculose spontanée avait presque complètement disparu chez les cobayes et les lapins dont le nombre était pourtant considérable.
Les lésions trouvées chez les animaux atteints de tuberculose spontanée se distinguent nettement de celles provoquées par l'infection artificielle.
On rencontre, en effet, dans les poumons des animaux atteints de tuberculose spontanée un ou plusieurs foyers tuberculeux d'un volume assez considérable et caséifiés; de plus les ganglions bronchiques ont augmenté de volume et subi la dégénérescence caséeuse. Quelc[uefois les foyers faisaient défaut dans le poumon, mais alors les ganglions bronchiques étaient extraordinairement hypertrophiés et caséeux. Les autres organes se montraient relativement peu altérés.
Les animaux artificiellement infectés présentaient des différences suivant que l'infection avait eu lieu par la méthode sous-cutanée ou par inhalation de liquides contenant des bacilles. D'ordinaire l'inoculation fut pratiquée sur un des côtés de l'abdomen, et on trouva toujours les ganglions avoisinant la plaie fortement tuméfiés et caséeux. Par contre, les ganglions bronchiques étaient presque toujours si petits qu'on pouvait à peine les trouver. Le foie et la rate étaient aussi profondément lésés, tandis que les tubercules pulmonaires étaient encore relativement minimes. Chez les animaux infectés par inhalation^ qui avaient ainsi reçu de grandes quantités de bacilles dans leurs poumons, on trouvait dans ces organes non point de grands foyers caséeux, mais une multitude de petits tubercules. De ces observations, on peut conclure que la tuberculose spontanée, survenant dans les conditions signalées plus haut chez les cobayes et les lapins, est provoquée par l'inhalation de bacilles.
Koch a examiné dix-sept cobayes et huit lapins atteints de tuberculose spontanée, et parmi ces derniers un lapin sauvage qui, seul sur dix animaux de son espèce non soumis à l'expérimentation, était mort infecté après trois mois environ de séjour dans un milieu tuberculeux. Chez tous, autour des foyers caséeux du poumon on trouvait Phtisie PULM., 2c édit. 18
de nombreux bacilles, et dans quelques cas un nombre extraordinairement considérable. Presque toujours les tubercules développés secondairement en contenaient un moins grand nombre.
Il importe encore de signaler que souvent, dans les grands foyers du poumon, la désagrégation du centre caséeux déjà très avancée avait produit des cavernes de peu d'étendue. Jusqu'à un certain degré la tuberculose spontanée détermine donc chez les animaux des résultats semblables à ceux de la phtisie humaine. Mais dans le premier cas la maladie, peu de temps localisée, s'étend rapidement à d'autres régions et tue l'animal avant que des cavernes d'une grandeur notable aient pu se former, comme cela se voit chez l'homme.
La tuberculose des autres organes a une marche tout à fait particulière chez le lapin et le cobaye et différente chez chacun d'eux.
Au début, les nodules tuberculeux du foie et de la rate ont, dans ces deux espèces, leur aspect ordinaire caractéristique. Ce sont des nodules miliaires gris, transparents, à centre jaunâtre et de consistance assez ferme.
La rate est chez le cobaye notablement tuméfiée, de couleur rouge noirâtre, sur laquelle se détachent nettement les tubercules gris. Mais bientôt ceux-ci deviennent confluents et forment des îlots étendus d'un blanc grisâtre, s'acroissant continuellement ; ils donnent à la rate une teinte gris rougeâtre clair et marbrée de rouge noirâtre. A la fin, les parties claires l'emportant, la rate prend un aspect qui ne rappelle plus la nature tuberculeuse de la lésion, surtout lorsqu'il s'est produit des ruptures et des hémorrhagies qui rendent l'organe encore plus bigarré. Il est à remarquer que la tuberculose détermine dans la rate des cobayes des foyers étendus de nécrose de coagulation, tandis que les ganglions lymphatiques sont toujours caséeux.
Le foie se comporte de même che^ les cobayes ; d'abord apparaissent çà et là des nodules gris, puis des parties plus claires, qui s'étendent, arrivent à la confluence et se colorent en jaune intense. Il prend un volume colossal et apparaît à la fin tacheté de grandes plaques jaunes, marbrées de brun. Dans les parties les plus foncées on peut voir encore, le plus souvent, des nodules gris de récente formation.
A l'autopsie d'un cobaye tuberculeux à un haut degré, on trouve donc, à côté du poumon rempli de nodules gris, la rate marbrée de taches gris clair et rouge foncé, très tuméfiée et le foie marbré de taches jaunes et brunes et aussi très augmenté de volume. Cet ensemble des lésions, qui ne se rencontre dans aucune autre maladie chez ces animaux, est tout à fait caractéristique.
A l'examen microscopique d'une rate ou d'un foie ainsi altérés, on s'aperçoit que les noyaux ne peuvent plus être colorés; les cellules
sont en nécrose de coagulation. Une grande partie de l'organe est morte, mais ne se désagrège pas; l'organe garde sa forme primitive; sa couleur seule est modifiée. Dans ces masses mortifiées ordinairement on ne trouve que des bacilles isolés. Dans quelques cas seulement Ivoch a noté une augmentation et une disposition particulière des bacilles dans le tissu nécrosé du foie. Mais les bacilles sont en plus ou moins grand nombre à la périphérie des parties mortifiées et là siègent aussi dans l'intérieur de cellules géantes.
Dans les reins des cobayes, Koch n'a jamais observé de tubercules à l'œil nu.
Chez les lapins, la rate et le foie sont aussi augmentés de volume, mais moins cependant que chez les cobayes. Dans ces organes les tubercules restent toujours petits, peu apparents, et ne présentent pas les modifications signalées chez les cobayes.
En revanche, les reins renferment presque constamment un certain nombre de nodosités blanchâtres, qui peuvent acquérir la grosseur d'un pois. On y trouve ordinairement un grand nombre de bacilles, disposés en forme de nids. Quelquefois on en a aussi rencontré dans les canalicules urinaires.
§ 7. — Tuberculose des gallinacés.
La tuberculose spontanée des gallinacés a été longtemps confondue en France avec la diphtérie; on regardait comme des lésions diphtéritiques les îlots superficiels ou profonds, semi-transparents ou caséeux qu'on trouve, chez les poules, dans le foie, la rate, le péritoine, etc.
Arloing et Tripier, Larcher avaient vu, il est vrai, des lésions qui ressemblaient à des tubercules, mais leur nature n'avait pas été définie rigoureusement. Koch a découvert les bacilles de la tuberculose des poules; Ribbert(l) a constaté que les nodules tuberculeux de la poule, dans le foie et dans la rate, renferment un nombre considérable de bacilles, surtout dans leur partie périphérique. Ils pénètrent aussi dans les artères et dans les veines. Ces bacilles existent dans de grandes cellules, sans qu'il y ait de véritables cellules géantes.
Ribbert a reproduit des tubercules du péritoine par inoculation d'une poule saine. Babes a fait des examens qui lui ont donné des résultats analogues, où il a constaté que ces bacilles se coloraient plus facilement que ceux de l'homme (2). Plus récemment nous avons examiné avec Mégnin (3) une série de poules et de faisans atteints de
(1) Tubsrkelbacillen bel llUhnern {Dautsche med. Wochenschrift, p. 413, 1883).
(2) Babes, Journal des connais, méd., 1883.
(3) Corail et Mégnin, Soc. de biol., oct, 18?1. — Journal d? Robin, 188,5.
tubercules du foie, de la rate et du péritoine à divers degrés d'évolution. Lorsqu'ils sont récents, ces tubercules ont tout à fait l'apparence, à l'œil nu, de granulations semi-transparentes miiiaires pouvant atteindre la grosseur d'un grain de chénevis; ils sont transparents dans toute leur masse ou présentent une zone opaque à leur centre. Le foie en était criblé ainsi que la rate. Sur les préparations faites en étalant un très petit fragment de tubercule sur la lamelle où il se desséchait, puis était coloré pendant dix minutes avec le violet 6 B, on voyait une grande quantité de bacilles après la décoloration par la solution de sublimé, l'alcool et l'essence de girofle. La couleur des bacilles résistait aussi à l'action de l'acide azotique au tiers et de l'acide acétique. Sur les coupes colorées au violet d'Erhlich, décolorées avec l'acide azotique au tiers, les îlots tuberculeux montrent une très grande quantité de bacilles très bien colorés, libres ou siégeant dans de grosses cellules. Celles-ci, mesurant 12 à 20 [x, ne possèdent généralement qu'un noyau, et se distinguent ainsi des cellules géantes de la tuberculosf; humaine. Elles s'en distinguent aussi par le nombre incroyable de bacilles qui existent dans certaines de ces cellules (voy. fig. 61).
Les micro-organismes forment en effet des touffes et sont au con-
Fig. 61. — Trois cellules d'un tubercule du foie.
Ces cellules ne présentent qu'un noyau, elles sont remplies complètement de touffes de bactéries (600 D.).
Fig. 62. —Coupe du foie tuberculeux d'une poule.
II. Veine centrale autour de laquelle il s'est développé un tubercule. — c. Dégénérescence calcaire autour de la veine. — v' . Vaisseau dont la paroi est caséeuse et qui est rempli de bactéries de la tuberculose. — f. Tissu du foie dont les vaisseaux sont remplis de sang.
tact; ils ont souvent une forme rayonnée et partent du centre de la cellule pour se diriger vers sa surface. Ils sont infléchis, contournés, souvent formés de petits grains colorés les uns au bout des autres.
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Leur extrémité excentrique parait souvent libre. Il est très facile de voir, sur les coupes du foie, les bacilles siégeant dans les vaisseaux de tout ordre de cet organe.
Dans les veines porte et sus-hépatique, par exemple, on voit que les bacilles siègent généralement dans des cellules rondes qui ne sont autres que des globules blancs du sang. Les bacilles de la tuberculose
Fig. G3. — Coupe d'un petit tubercule du foie de faisan. vg. Cellule géante avec des bacilles. — r. Réseau hyalin du tissu tuberculeus. — f. Cellule du foie.
ne se rencontrent pas seulement dans les vaisseaux compris dans les granulations et dont la circulation est arrêtée par suite d'une coagulation de la fibrine, mais on les trouve aussi dans quelques capillaires
Fig. 64. — Ganglion Ij'mphatique d'une poule tuberculeuse, r. Vaisseau contenant des l)acilles. — c. Grandes cellules contenant une masse do bacilles (150 diam.).
du foie, par exemple, où les globules rouges sont normaux et où le sang circule. On rencontre aussi quelquefois les bacilles dans les cellules géantes (voy. fig. Cl).
Dans les ganglions lymphatiques on observe aussi des îlots caséeux
avec une quantité considérable de bactéries qui siègent parfois dans les vaisseaux (voy. fîg. 64).
La tuberculose chronique est caractérisée par des granulations jaunâtres opaques, souvent de consistance calcaire, qui siègent dans le foie, la rate, le péritoine, les ganglions, les sacs aériens, et à la surface des intestins. Ces petites tumeurs du péritoine intestinal, de la grosseur d'un petit pois ou même plus, sont saillantes, bosselées, sèches sur une surface de section, avec des grains ou des stries tout à fait calcifiés. Les coupes des gros tubercules caséeux et calcifiés, colorées au violet d'Ehrlich, puis décolorées par l'action de l'acide azotique au tiers, de l'alcool absolu et de l'essence de girofle, de façon h ce
Fig. 65. — Gros tubercule caséeux et calcaire situé i la surface du péritoine intestinal et dessiné à un faible grossissement. (20 D.)
Toutes les parties qui ofirent une couleur bleue, 6, sont des amas de bactéries de la tuberculose. Elles siègent dans des fentes dont quelques-unes représentent probablement des vaisseaux, v, et elles sont entourées de parties qui ont une couleur acajou par le mode de préparation employé (violet d'Ehrlich) de coloration à l'acide nitrique et safranine pour colorer le fond de la préparation.
que les bacilles seuls restent colorés, montrent des îlots qu'on peut déjà reconnaître à l'œil nu et qui restent de couleur violet bleu. Avec un faible grossissement de 10 à 100 diamètres, on voit que des taches violettes arrondies siègent, soit à la partie centrale du tubercule, soit à la fois au centre et dans la périphérie des tubercules, en même temps que des stries sinueuses de la même couleur(voy. fig. 65). On constate à un fort grossissement que ces îlots ou stries sont formés par une accumulation de bacilles pressés les uns contre les autres, siégeant soit dans l'intérieur de vaisseaux dont les parois sont altérées (fig. 63), soit dans des interstices du tissu caséeux et calcifié. Lorsqu'on a coloré doublement ces coupes par le violet d'Erhlich pour
montrer les bacilles, puis par la safranine, celle dernière substance donne à toutes les parties calcifiées une couleur brun foncé tirant sur le violet ou l'acajou bruni. On reconnaît alors que les îlots de bacilles sont souvent entourés par une zone de tissu calcifié, coloré en brun violacé. Celte zone calcifiée est conslituée par des travées anhistes, sans structure, enlre-croisées et anastomosées, limitant des aréoles comme un tissu réticulé. Il n'y a pas de cellules vivantes ni de noyaux dans ce réticulum ; des îlots de bacilles existent souvent dans ses mailles; on y trouve aussi des boules hyalines. Parfois la masse centrale du tubercule, ayant la grosseur d'un grain de chénevis ou davantage, est mortifiée, ne se colore plus par le carmin ni par la safranine et tient à peine au tissu périphérique. Ce dernier montre des îlots ou des stries de couleur bleu violet dus à des bacilles. Tout autour des portions calcifiées, on trouve un tissu inflammatoire, formé de petites cellules vivantes et bien colorées en rouge par la safranine.
Les grosses masses tuberculeuses sont entourées elles-mêmes de tubercules plus petits, tantôt récents, tantôt bordés eux-mêmes d'une zone calcifiée. Ces petits tubercules sont très réguliers; leur centre, composé de bacilles, nous a souvent paru occuper la cavité d'un vaisseau dont les parois auraient été modifiées.
Étudiés avec de forts grossissements, les bacilles sont accumulés en amas réguliers au milieu des tubercules calcaires comme dans une culture pure, au contact les uns des autres, en si grand nombre que, sur les coupes, ils se sont échappés en partie des fentes ou scissures qui les contenaient, sous l'influence delà section et des manipulations, de façon à devenir libres sur les bords de la coupe, dans le liquide où elle est montée. Ils existent dans ce liquide, isolés ou accolés en touffes, sans qu'il y ait de cellules à côté d'eux. Leurs amas affectent des figures ovoïdes, ou circulaires, ou irrégulières, ou la forme de bandes, rarement celle d'un S, comme cela a lieu dans les cultures où ils se développent en liberté sur le sérum sanguin gélatinisé d'après le procédé de Koch. Les bacilles des tubercules calcaires ne sont pas compris dans les cellules. Il est probable qu'ils se sont primitivement développés dans les cellules, mais que celles-ci ont été détruites ultérieurement sans qu'il en soit resté trace. Ils sont agglomérés en nombre tellement considérable qu'il est difficile de les voir isolément au milieu des masses colorées qu'ils forment. Le violet d'Erhlich, le violet 6 B en solution aqueuse ou en solution dans l'eau d'aniline, les colorent bien. Ils sont plus longs d'habitude que les bacilles qu'on trouve ordinairement dans les crachats de l'homme, de telle sorte qu'ils ressemblent parfois à des filaments. Ils présentent souvent des grains colorés.
Nous avons reproduit très facilement, avec Mégnin, la tuberculose
de la poule en rinoculant à des poules. Nous avons inoculé deux cobayes qui ont présenté, lorsque nous les avons tués, deux mois après l'inoculation, de gros abcès caséeux de la paroi abdominale et du grand épiploon. Dans ces abcès ayant le volume d'une cerise et remplis de pus caséeux, nous avons trouvé une très grande quantité de bacilles de la tuberculose. Les animaux avaient été tués avant la généralisation miliaire de la maladie, mais il est probable qu'ils en auraient été atteints plus tard.
Nocard a constaté {Société de médecine vétérinaire, janvier 1885) la contagion de la tuberculose de l'homme à la poule parmi tous les animaux d'une basse-cour. Le valet chargé de cette basse- cour était phtisique, et les poules picoraient avec vivacité ses crachats; la plupart d'entre elles ont succombé avec de la tuberculose des organes abdominaux. Nocard a depuis cité d'autres faits de contagion non moins démonstratifs {Société de Biologie, 17 août 1883); il a cultivé, comme nous l'avons déjà dit, les bacilles sur du sérum de cheval additionné de 1 p. 100 de peptone, 0,25 p. 100 de sucre de canne et 0,23 p. 100 de sel marin et il a donné, avec ces cultures, la tuberculose au lapin, au cobaye et au chevreau (Cornil et Babes, les iJacléries, ^^ éd., 1886).