ANTAGONISME
Quelques médecins ont admis autrefois un antagonisme entre ia tuberculose et un certain nombre d'états morbides. Cette question a beaucoup perdu de son intérêt aujourd'hui. Toutefois nous croyons devoir résumer ce qui a été dit à ce sujet.
Nous passerons en revue les diverses maladies, soit générales, soit locales qui ont été considérées comme antagonistes de la phtisie.
!; 1. — Maladies du poumon.
Dilatation des bi'onclies. — Sur quarante dilatations des bronches, Barth n'aurait constaté qu'une fois seulement la coexistence de tubercules; il y aurait donc incomptabilité entre les deux lésions. Cette sorte d'opposition entre la tuberculose et la dilatation bronchique était déjà admise par Bamberger et Cruveilhier. Il y a certainement là un malentendu, et ces médecins voulaient évidemment parler de dilatations des bronches d'un certain calibre, puisque, comme on l'a vu, la dilatation des petites bronches fait partie intégrante du processus tuberculeux lui-même.
Emphysème. Asthme. — Après avoir longtemps admis que la tuberculose et l'emphysème pulmonaire coexistent très rarement, la plupart des auteurs reconnaissent aujourd'hui que les deux lésoins sont fréquemment associées. Le fait est vrai, envisagé d'une manière générale; mais si l'on distingue les cas dans lesquels la tuberculisation a précédé l'emphysème de ceux dans lesquels au contraire l'emphysème a préexisté, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'autant l'association est commune dans le premier cas, autant elle est rare dans le second.
Nous avons traité ailleurs de l'emphysème consécutif à la tuberculose. Nous n'y reviendrons pas.
Lorsque l'emphysème a envahi primitivement les poumons, la tuberculose éprouve une certaine difficulté à se développer et la marche en est généralement lente. Quelle peut être la cause de ce fait
à peu près unanimement admis? D'après Guéneau de Mussy (1), il existe entre l'asthme et la tuberculisation un antagonisme réel. Ces deux affections paraissent dans un grand nombre de cas se repousser mutuellement, s'exclure en quelque sorte : « Lorsque, dit notre regretté collègue, l'organisme est sous la forte impression d'une diathèse, il semble qu'il soit peu apte à subir l'évolution d'un autre germe diathésique, et cela surtout lorsque les deux diathèses se manifestent dans le même appareil organique comme l'asthme et l'emphysème. » Pidoux (2) développe à peu près les mêmes idées, avec cette différence que l'antagonisme entre l'asthme et la phtisie est une conséquence de l'antagonisme qu'il admet entre l'arthritis et la phtisie, l'asthme n'étant autre chose pour lui qu'une manifestation pulmonaire de l'arthritis. Nous avons lu avec toute l'attention qu'elles méritent les considérations que les deux savants auteurs font valoir à l'appui de leur thèse et nous avouons conserver quelques doutes. Ce qull eût fallu pour entraîner la conviction, c'eût été des observations d'asthme (névrose), dégagé de la lésion pulmonaire (emphysème) qui lui est si souvent associée et qui si fréquemment aussi se rencontre sans accès d'asthme à la suite de bronchites répétées. Malheureusement ni Pidoux, ni Guéneau, ne citent de semblables faits. Presque toujours au contraire l'emphysème existe, quelquefois très prononcé. Or on comprend si bien que l'atrophie des alvéoles pulmonaires et la destruction consécutive des capillaires sanguins s'opposent au développement des granulations et à l'inflammation pulmonaire périphérique, qu'il semble inutile de faire intervenir une influence générale diathésique pour expliquer le peu d'étendue et la marche lente de la tuberculose. C'est un point qui a été parfaitement établi par Monneret il y a longtemps et plus tard par Sée (3) dans le passage suivant d'un remarquable travail : « Toutes ces données (l'antagonisme des deux diathèses) reposent sur l'hypothèse préalable de l'asthme, considéré comme l'expression de l'arthritis. En outre, elles ne tiennent pas un compte suffisant de la lésion locale, c'est-à-dire de la diminution des capillaires pulmonaires par l'atrophie des alvéoles emphysémateux. Le rétrécissement du champ de la respiration et de la circulation du poumon empêche cette nutrition active qui constitue l'hyperplasie tuberculeuse. L'antagonisme est-il exclusivement local, mécanique, ou faut-il admettre une exclusion mystérieuse entre les deux diathèses? Jusqu'à nouvelles preuves, je me contenterai de la première de ces interprétations. »
(1) Guéneau de Mussy, De l'influence réciproque de l'asthme et de la tuberculisation pulmonaire [Arcli de méd. nov. 1864, p. 526).
(2) Pidoux, Annal, d'hydrol. t. X.
(3j Sée, art. Asth.me, Nouv. Dicl. de méd. et de chir. prutiq.
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Nous étions de notre côté arrivés aux mêmes conclusions.
Devons-nous parler de l'opinion qui voudrait que l'immunité des asthmatiques pour la phtisie tînt à leurs efforts continuels pour respirer et à une sorte de gymnastique pulmonaire incessante ? Nous aurions beaucoup de peine à adopter cette manière de voir, qui a été défendue depuis longtemps en Angleterre, et plus récemment en France par des observateurs très recommandables. Nous n'oserions surtout pas conseiller aux phtisiques ou aux personnes menacées de le devenir de s'exercer, comme cela se pratique à Paris dans une école spéciale de musique, à souffler toute la journée dans les plus gros instruments de Sax, et cela dans le but de se procurer un emphysème qui les guérisse où les mette à l'abri des tubercules.
§ 2. — Maladies du cœur.
D'après Pidoux, les maladies du cœur qui, par les congestions pulmonaires qu'elles entretiennent, sembleraient favoriser le développement et la marche rapide des tubercules, les retardent au contraire de la manière la plus manifeste. D'abord, dit-il, l'existence simultanée des deux affections n'est pas commune, ce qui prouve déjà l'antagonisme. De plus, quand on observe cette coïncidence, la cardiopathie retarde l'évolution de la phtisie. Pidoux s'explique cet antagonisme par l'origine si fréquemment arthritique des maladies organiques du cœur. Peter (1) propose l'explication suivante : dans les affections cardiaques, il y a stase sanguine aux deux bases pulmonaires et, par conséquent, respiration supplémentaire des sommets qui deviennent plus actifs et partant moins favorables à l'invasion tuberculeuse. La statistique est absolument opposée à ces conceptions théoriques. Sans parler des lésions congénitales qui s'accompagnent si souvent de phtisie pulmonaire, sur deux cent soixante-dix-sept cas d'affections valvulaires, on a trouvé vingt-deux fois la coïncidence de tuberculose. L'un d'entre nous a trouvé trois fois en un an cette coïncidence de la phtisie et des maladies du cœur.
§ 3. — Fièvre typhoïde.
Il a déjà été dit que la fièvre typhoïde a semblé à quelques auteurs pouvoir préparer l'évolution de la tuberculose. D'autres au contraire n'hésitent pas à admettre entre les deux affections un antagonisme que Thirial (i) a surtout défendu.
D'ailleurs, Andral, Forget, Louis, avaient déjà avancé qu'il est
(1) Peter, Cliniq. viécL, t. I.
(•2) Thirial, loc. cit.
exceptionnel que la fièvre typhoïde se complique de la tuberculose et se termine par elle. Rilliet, Barthez, Pidoux et Hahn sont aussi partisans de l'antagonisme. « La tuberculisation, dit Thirial, succède rarement à la fièvre typhoïde, même dans les cas où les complications du côté de la poitrine ont été les plus intenses et les plus prolongées ; voilà un des résultats les plus remarquables que les recherches de l'anatomie pathologique moderne et notamment Louis et Andral ont mis tout à fait hors de doute... Il ne m'est jamais arrivé d'observer pour mon compte, et il n'est pas à ma connaissance que d'autres aient observé un seul cas de fièvre typhoïde, qui serait venu se développer chez un individu atteint de phtisie confirmée, ou, en d'autres termes, d'une phtisie avancée à ce point où les symptômes, tant généraux que locaux, de l'affection pulmonaire, pussent par eux-mêmes jeter de l'obscurité sur le diagnostic de la fièvre typhoïde, ou, du moins, c'est tellement rare, qu'il serait permis de voir, entre ces deux maladies, une sorte d'impossibilité. »
Gaéneau de Mussy, tout en hésitant, semble se ranger à cette opinion : « Je crois avoir observé des malades qui sont devenus tuberculeux pendant la convalescence de la fièvre typhoïde. Je dis : je crois, parce que, dans quelques cas, on peut se poser cette question : n'a-ton pas pris pour une fièvre typhoïde une phtisie qui, au début, a suivi une marche aiguë? » L'antagonisme de la tuberculose et de la fièvre typhoïde a été soutenu aussi par Révilliod (1) et Constantin Paul (2).
Cet antagonisme a trouvé aussi dans Villemin (3) un défenseur ardent .« Nous avons interrogé un grand nombre de phtisiques, dans le but de savoir s'ils avaient eu la fièvre typhoïde, et jusqu'ici nous n'avons rencontré cet accident chez aucun d'eux. »
Voici, d'ailleurs, la filiation de ses idées sur ce point: « L'éruption des granulations tuberculeuses, dans un grand nombre d'organes, a la plus grande analogie avec celle des fièvres exanthématiques. La tuberculose aiguë, comme la fièvre éruptive, débute soudainement, et quand il n'y a pas mort rapide, les accidents aigus se calment après l'éruption. Mais la maladie avec laquelle la tuberculose peut le plus être confondue, c'est la fièvre typhoïde, dont l'appareil symptomatique se retrouve à peu près identique dans la forme aiguë de la tuberculose. La phtisie et la fièvre typhoïde semblent prendre naissance sous l'influence des conditions étiologiques similaires, à savoir : l'agglomération, le confinement, la vie en commun. Ces deux maladies ont le même âge de prédilection^ de vingt à trente-cinq ans. Elles sont deux maladies générales, dont les agents morbides portent leur action sur
(1) Révilliod, loc. cit.
(2) Con.slanl.n Paul, loc. cil..
(3) Villemin, loc. cit.
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le système nerveux, d'une pari, et, de l'autre, sur le système lyniphatico-conjonctif. Elles sont enfin antagonistes l'une à l'autre, au moins dans une mesure générale. »
Un peu plus, et la tuberculose et la fièvre typhoïde seraient deux formes de la même afï'ecîion générale, et alors l'antagonisme s'expliquerait par ce fait, fpi'une maladie générale donnée n'atteint ordinairement qu'une fois un même organisme.
A ce point de vue, le parallèle établi par Villemin entre la tuberculose et la fièvre typhoïde nous semble en vérité poussé trop loin.
Pour nous, sans admettre un antagonisme réel de la fièvre typhoïde et de la tuberculisalion, nous reconnaissons que la fièvre typhoïde ne se montre presque jamais dans le courant d'une phtisie confirmée et que sa convalescence est très rarement suivie de phtisie.
§ 4. — Fièvres éruptives.
D'après Rilliel et Barthez, il y aurait antagonisme entre la phtisie et la scarlatine.
« La scarlatine engendre rarement les tubercules, et les tuberculeux prennent rarement la scarlatine. Nous en concluons que la diathèse tuberculeuse et la scarlatine sont antagonistes. »
« La variole, disent encore Rilliet et Barthez, quand elle se développe chez les tuberculeux, choisit de préférence ceux chez lesquels la néoplasie n'est pas étendue; toutefois, la préexistence de la variole ne met pas, pour l'avenir, les enfants à l'abri des manifestations scrofulotuberculeuses. » Ace sujet, Damaschino (1) déclare qu'il avu plus d'une fois la variole se développer chez des sujets tuberculeux, même profondément atteints, et que, sans discuter les observations de ces éminents médecins, il faut bien reconnaître que l'antagonisme estdexourte durée et ne s'oppose pas à l'éclosion ultérieure de la tuberculose.
Que deviendrait en face de cet antagonisme entre la phtisie et les fièvres éruptives l'influence incontestable de la rougeole sur le développement de la tuberculose pulmonaire?
§ 5. — Chlorose.
Pidoux (2) déclare qu'il serait presque tenté de croire que la chlorose vraie et franche exclut la phtisie ; on les verrait rarement ensemble et même l'une après l'autre.
Il s'agit ici des chloroses vraies, non strumeuses, non dyscrasiques
(I) Damascliiiio, Joe. cit.
['!) Pidoux, Études sur li pJttisle, ;■= ûdit. Ioi7i.
qui supportent bien le fer et le quinquina, tandis que dans les chlo roses mixtes, incomplètes, associées à quelque diathèse strumeuse^ herpétique, les ferrugineux suscitent des hémoptysies, premier indice d'une tuberculose latente.
Le D' Jourdanet (1) a défendu avec des explications différentes la. même idée. Il admet que la phtisie est l'opposé de la chlorose et que ces deux maladies peuvent guérir l'une par l'autre. Dans la chlorose les combustions organiques azotées sont notablement diminuées, tandis qu'elles sont augmentées chez les phtisiques. Chez les chlorotiques, la combustion vitale n'a guère d'élément que le carbone ; chez les phtisiques, les combustions respiratoires portent surabondamment sur les éléments azotés de l'organisme. « Le jour, dit Jourdanet, où vous aurez pu parvenir à assurer dans une vaste pièce un courant d'air, y maintenant sans cesse une atmosphère appauvrie du tiers de son oxygène, vous aurez guéri la moitié des poitrinaires. »
Ces idées, à première vue si singulières, ont été inspirées à l'auteur par les observations météorologiques suivantes : 1° d'une manière générale, la phtisie est une maladie rare à Mexico ; 2° cette maladie est presque nulle dans les classes aisées de la population ; 3° si l'affection a été acquise dans les lieux moins favorisés, elle prend sur les altitudes du Mexique une marche plus lente et quelquefois elle guérit ; A° les prédispositions à cette maladie provenant de localités plus basses et des conditions individuelles diverses s'éteignent généralement sur les hauts plateaux.
§ 6, — Fièvres intermittentes palustres.
Parmi les affections qui ont été considérées comme antagonistes de la phtisie, nous signalerons surtout les fièvres intermittentes palustres.
On sait que Boudin (2), comparant entre eux les résultats statistiques de la phtisie et de la fièvre intermittente, est arrivé à cette conclusion que là où le paludisme fait de nombreuses victimes, la phtisie pulmonaire est rare ou absente. Ce savant médecin en conclut que la viciation du sang par le miasme paludéen constitue une certaine immunité en quelque sorte proportionnelle à l'intensité du foyer maremmatique.
Quoique l'observation ultérieure n'ait pas confirmé la loi d'antagonisme formulée par Boudin, et qu'aux faits favorables deBarth (3),
(1) Jourdanet De l'air raréfié, Paris, 1863, [Gaz. méd. 1863).
(2) Boudin, Traité des fièvres interm., 1842. Lettres sur la loi d'antagonisme [Gaz. méd., 1843). Traité degéog. et de pratique méd,, 1859.
(3) Barth, Notice topog. et méd. sur la ville d'Hyères {Arch. de méd., 1841).
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Nepple (1), Halm(2), Tribe (3), de Crozant(4), etc., on puisse opposer les faits contradictoires de Michel Lévy (5), Forget (6), Gintrac, Oenest (7), Am. Lefèvre (8), Vigouroux (9), etc., on doit cependant reconnaître que la phtisie pulmonaire est effectivement un peu plus rare dans les pays où la fièvre est endémique que dans ceux où elle n'existe pas. Seulement peut-on, avec Boudin, admettre qu'il s'agisse dans ce cas d'un véritable antagonisme entre la fièvre intermittente et la tuberculisation? nous ne le pensons pas. « A-t-on jamais cherché, •dit Vigouroux, k poser une loi d'antagonisme entre le choléra d'une part et de l'autre toutes les affections qui, lui régnant, cessent de fournir leur nombre habituel de décès? Il y a dans ce cas substitution et non antagonisme. »
Pour résoudre complètement cette qnestion il faudrait rechercher : 1° si les phtisiques allant habiter un pays marécageux sont aptes à prendre les fièvres intermittentes ; 2° si les individus atteints de ces fièvres peuvent devenir phtisiques lorsqu'ils quittent le pays insalubre -où ils les ont contractées. La première questionne nous paraît pas avoir été suffisamment étudiée; quant à la seconde, Vigouroux a publié dans sa thèse plusieurs observations de malades atteints de cachexie paludéenne qui sont venus mourir phtisiques dans les hôpitaux.
Nous ne pouvons donc expliquer la rareté plus grande de la phtisie dans certains pays où règne la fièvre intermittente par une incompatibilité entre ces deux maladies, comme le comprend Boudin; mais, avec quelques auteurs, Bricheteau(lO), Perroud (H), nous ne serions pas éloigné de croire que le climat chaud, humide et à température uniforme de la plupart des contrées marécageuses constitue une condition jusqu'à un certain point favorable aux tuberculeux et s'oppose au développement de la phtisie. Ainsi que le fait remarquer Bricheteau, on a une sorte de démonstration du fait dans ce qui se passe à Strasbourg dont le climat est froid et humide, et qui est à la fois
(1) Nepple, Lettres à l'Académie de tnéd., 1843.
(2) Hahn, De l'uifluence sur la production de la phtisie du séjour antérieur et actuel dans les localités marécageuses.
(U) Tribe, De l'heureuse influence de l'atmosphère des pays marécageux sur la iubercul. pulm. [Th. de Mont. ^ 1843).
(4) Cerdozant, Journal de méd., mai 1844. (â'i M. Lévy, Bulletin de l'Acad. de méd., 1843.
(6) Forget, Sur la fréquence de la phtisie relativement aux fièvres intermittentes [Gaz. méd., 1844).
(7) Genest, Recherches sur la question de savoir s'il y a antagonisme, etc. [Gaz. méd., 1843).
(8) Am. Lefèvre, De l'infl. des lieux marécageux [Bulletin de l'.-icad. de méd., 1844, p. 5).
(9) Vigouroux, De l'antagonisme de la fièvre intermittente et des tubercules pulmonaires [Th. Paris, p 5, etc.).
(10) Bricheteau, Mal. chroniq. de poitrine, p. oG.
(11) Perroud, Th. inaug., 1861.
ravagé par la phtisie et les fièvres intermittentes, tandis que des localités plus méridionales du département de l'Ain, de la Nièvre, de la Charente-Inférieure, du Var, etc., décimées par les fièvres intermittentes, ne comptent qu'un petit nombre de phtisiques.
§ 7. — Intoxication saturnine.
Beau (1) aurait observé la rareté de la phtisie chez les ouvriers employés à la fabrication des préparations de plomb, et qui sont affectés de cachexie saturnine. Abusant de l'analogie, il admit l'antagonisme et proposa d'administrer le plomb contre la phtisie; il prétendit que les malades s'en trouvaient bien. Toutefois Lecoq (2), suivant la méthode thérapeutique indiquée par Beau, n'en obtint aucun effet satisfaisant. D'autre part, Dieudonné (de Bruxelles) affirme avoir vu nombre de saturnins succomber à la phtisie après avoir présenté les accidents les plus nets du saturnisme. Monneret (3), par contre, jugea ainsi l'opinion de Beau : « Les faits observés dans les hôpitaux prouvent la justesse de cette assertion. » Pidoux prétend également que l'observation dont Beau est parti pour instituer sa médication est juste et, à ses yeux, incontestable. Toutefois, il n'accepte pas la thérapeutique. « Autre chose est d'être, sous l'empire d'une cachexie acquise, capable d'empêcher l'invasion d'une maladie constitutionnelle ditTérente; autre chose de vouloir déterminer thérapeutiquement et non préventivement la première, quand on est déjà sous l'influence de celle-ci. » L'idée de Beau n'a point fait d'autres prosélytes.
§ 8. — Syphilis.
Pidoux (4) se demande si la syphilis, dans toute sa force spécifique, constitue un élément puissant d'opposition pour la phtisie, comme les autres^ maladies chroniques initiales, lorsqu'elles sont dans la première période de jeunesse et de vigueur. Il ne saurait l'affirmer absolument, et cependant il incline à le croire. Il lui parait qu'excepté dans la première période peut-être la syphilis est bien plus propre à préparer le terrain à la tuberculose qu'à le défendre contre elle; sur ce dernier point, les médecins sont unanimes.
§ 9. — Alcoolisme.
Pidoux, qui accordait, comme on le sait, à l'antagonisme, une si grande part dans les maladies, croit que l'alcoolisme est une cause de
(1) Beau, Vnionméd. franc., 1859.
(2) Lecoq, Bulletin gén. de thcrap., 1837, p. 337, 412. (:}) Monneret, Patliol. Int., t. IIL
(4) Pidoux, loc. cit.
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phtisie, mais peut être aussi cité au nombre des causes qui font échec au tubercule pulmonaire. C'est, dit-il, qu'il y a alcoolisme et alcoolisme. L'alcoolisme chez les individus sanguins, vigoureux, très nourris, produit dans l'économie quelques effets plus ou moins analogues à la goutte, couperose, pléthore abdominale;, surcharge d'acide urique, hépatite, néphrites chroniques, etc., et la phtisie trouve dans cet état des conditions d'antagonisme plutôt que des conditions favorables à son développement. Au contraire, chez des individus faibles, appauvris, misérables, qui s'alcoolisent avec de mauvais vin pris immodérément, la phtisie est chose commune.
§ 10. — Rhumatisme. — Goutte. — Arthritisme.
Il y a utilité à rechercher si la tuberculose pulmonaire n'est pas influencée dans son développement et sa marche par le rhumatisme et la goutte, ainsi que l'ont soutenu un certain nombre d'auteurs des siècles derniers, Morton, Franck, Musgrave, Barthez, Portai, etc., ainsi que le pensent encore quelques médecins de nos jours.
Ce qui pourrait au premier abord faire douter de la réalité de cette influence, c'est qu'elle est loin d'être appréciée de la même façon par les divers pathologistes que nous venons de citer.
Suivant Morton (1), la phtisie qui succède à la goutte et au rhumatisme (phtisis ab arthride et rhumatismo orta) aurait pour caractères principaux d'être chronique, d'occasionner surtout la difficulté de respirer et d'être incurable. Musgrave (2) considère également que la marche de cette phtisie est lente, chronique, et qu'elle est rarement accompagnée de fièvre hectique. Portai (3), au contraire, admet que la phtisie arthritique a une évolution rapide, et que ses progrès peuvent être plus difficiles à arrêter que dans toute autre espèce de phtisie.
Nous insisterons d'autant moins sur l'opinion des auteurs précédents, que plusieurs d'entre eux ont manifestement pris pour une tuberculisation développée sous l'influence du rhumatisme et de la goutte de simples manifestations rhumatismales ou goutteuses, l'asthme par exemple, fixées sur le poumon. C'est ce que semble prouver ce passage de la Phtisiologie : « La phtisie arthritique, dit Morton, est une maladie du genre de l'asthme, plus remarquable par la viscosité de la sécrétion bronchique que par une toux opiniâtre. »
De nos jours la question a été reprise et traitée avec de grands développements par Pidoux. Pour Pidoux la phtisie arthritique présente comme caractères principaux: la grande lenteur dans la marche
(1) MortoD, iVîy.ij/o^or/., cap. i, p. 118.
("2) aiusgrave, De arthrite de anomalia, cap. xii.
\'^) l'orlal, loc. cit., p. 247.
€t l'évolution des symptômes ; l'absence des rapports entre l'état local pulmonaire et l'état général du sujet; la fréquence des congestions pulmonaires et des hémoptysies. «La présence de l'élément arthritique chez un phtisique, dit cet éminent observateur (1), imprime à la marche de la phtisie, et surtout à l'invasion du tabès ou cachexie purulente, une résistance et un retard d'évolution remarquables qui feront singulièrement contraster l'état général du phtisique avec son état local. 11 y a dans ce cas une sorte d'antagonisme entre l'arthritisme et la tuberculisation, à tel point qu'un arthritisme franc et vigoureux •exclut la tuberculisation, et que dans le traitement de la phtisie on doit chercher par dessus tout à provoquer les reliquats arthritiques pour retarder la marche de la tuberculisation. »
Si de notre côté nous cherchons à étudier cliniquement les rapports de la phtisie avec le rhumatisme et la goutte, nous constatons un premier fait, c'est que l'on a très peu d'occasions d'étudier ces rapports, le plus grand nombre des malades ne présentant pas, au moment de leur phtisie, et n'ayant présenté à aucune époque antérieure, des manifestations que l'on soit en droit de rapporter au rhumatisme ou à la goutte. Sur cent malades de notre service hospitalier examinés à ce point de vue avec le plus grand soin, c'est à peine si cinq ou six nous ont accusé dans leurs antécédents morbides un rhumatisme caractérisé, ou même simplement quelques douleurs musculaires ou articulaires. On dirait véritablement, et en cela nous sommes d'accord avec Pidoux, qu'il existe une sorte d'antagonisme entre le rhumatisme et la tuberculisation.
C'est un fait du reste qui avait déjà été signalé par d'autres observateurs. Sur 108 individus atteints de rhumatisme articulaire, Wunderlich a trouvé une seule malade qui offrit des signes incontestables de phtisie pulmonaire. D'après le D"" Hamernjk (2), la tuberculisation est exceptionnelle dans les familles où le rhumatisme aigu se montre héréditaire. Gotton (3), sur 1,000 phtisiques, n'a observé que 6 rhumatisants. Danjoy (4), tout en établissant que la phtisie peut se rencontrer •chez des malades atteints de la diathèse rhumatismale, constate qu'elle est rare dans ces conditions.
La goutte franche paraît jouir de la même immunité. On la voit bien rarement, même en dehors des hôpitaux, associée à la tuberculisation, et ici nous devons mettre en garde contre une erreur qui consisterait à confondre la granulation tuberculeuse et la pneumonie caséeuse avec de véritables produits tophacés qui se déposent dans
(1) Pidoux, Ann. d'hydroL, t. X.
(2) Hamernjk, cité pai- Wundeiiich, p. COI.
(3) Colton, ouvr. cité, p. 47.
(4) Danjoy, Th. inaug., p. 47.
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les poumons comme dans les articulations et dans la plupart des tissus de l'organisme. On trouve un très bel exemple d'une pareille localisation du produit de la goutte dans le Traité de pathologie interne de Gintrac (1). Il s'agit dans cette observation d'un goutteux qui, parvenu à l'âge de cinquante-cinq ans et perclus de ses membres ini'érieurs, avait eu plusieurs hémoptysies et présentait des symptômes de lésions organiques des poumons. Ceux-ci offraient à leur sommet des cavités différant des cavernes tuberculeuses, formées par les débris d'un tissu mou, brunâtre, et comme infiltré de matière crayeuse. Lti présence de ces produits, les tumeurs sous-cutanées calcaires qui furent trouvées en plusieurs régions, la désorganisation des surfaces articulaires et de leurs moyens d'union, prouvaient jusqu'à l'évidence les ravages exercés dans toute l'économie par la diathèse arthritique. Ainsi donc, d'après ce qui précède, ce n'est qu'exceptionnellement que le médecin doit se préoccuper de l'influence du rhumatisme ou de la goutte sur la marche de la phtisie. Quand le cas se présente, comment la phtisie se comporte-t-elle ?
Par cela même que nous admettons une sorte d'incompatibilité entre les deux diathèses, nous ne serions pas éloignés de croire que, la graine tuberculeuse ne trouvant pas un terrain propice pour son développement, la phtisie ne fût quelque peu modifiée et surtout ne marchât plus lentement. Toutefois nous avouons n'avoir pas trouvé dans les rares observations publiées par les auteurs (2) des preuves très évidentes de ces modifications. Nous voyons bien dans quelquesuns de ces cas traités par les eaux minérales les symptômes s'atténuer momentanément, et l'évolution de la maladie se faire avec une certaine lenteur, mais rien ne prouve que ce soit le rhumatisme ou la goutte plutôt que le traitement thermal qui ait amené ce résultat, ou même qu'il ne s'agisse uniquement de phtisie à marche chronique, intermittente, comme nous en avons rencontré tant d'exemples.
D'ailleurs, nous l'avouons, nous avons quelque peine à reconnaître le rhumatisme et la goutte dans plusieurs de ces observations, et nous ne nous croyons pas suffisamment autorisés à prononcer le nom de phtisie arthritique parce que le malade aura accusé un ou plusieurs des symptômes suivants : épistaxis, migraine, psoriasis, pityriasis, hémorrhoïdes, dépôts d'urates dans les urines, etc.
Ce que nous ne pouvons surtout pas accepter, c'est ce fait qu'une amélioration réelle dans l'état d'un tuberculeux coïncide le plus ordinairement avec la réapparition de quelques-unes de ces manifestations, ainsi que sont disposés à le croire Pidoux, Allard, Danjoy, etc.
(1) Gintrac, Cours ihéorig. et prat. de patliol int., t. 1, p. 37.
(2) Voy. An7i. d'hydrol., t. IX, p. 406. Traitement de la pJitisie put. par les eaux d'Auvergne, par Allard.
Phtisie pulm., 2^ édit. 24
Qu'importe, en effet, que la manifestation se montre ou non, si la diathèse dont elle émane est toujours vivante au sein de l'organisme, la diathèse qui, en définitive, constitue le principal obstacle au développement delà tuberculose; et lorsque, malgré la diathèse arthritique, la tuberculose s'est emparée des poumons et y a parcouru toutes ses phases de ramollissement et de cavernes, que peut faire contre un état local aussi grave l'apparition d'une douleur ou l'expulsion d'un peu de sable dans les urines? Encore s'il s'agissait d'une lésion pulmonaire superficielle et mobile, on pourrait concevoir qu'une manifestation extérieure déplaçât l'affection interne, comme nous voyons la goutte viscérale disparaître brusquement si l'on parvient à rappeler la fluxion morbide dans une articulation; mais en présence de l'altération si profonde, si inamovible qui caractérise la phtisie pulmonaire, comment se bercer de l'espoir que des phénomènes aussi insignifiants pourront exercer une influence favorable et durable sur la phtisie pulmonaire?
§ 11. — Herpétisme.
Les considérations dans lesquelles nous venons d'entrer relativement à l'arlhritisme sont entièrement applicables à l'herpétisme. Un examen approfondi des phtisiques de notre service nous a démontré qu'entre la tuberculisation et les affections dartreuses existe le même antagonisme qu'entre les affections rhumatismales ou goutteuses. C'est là un fait dont on peut se convaincre dans les hôpitaux consacrés aux maladies de la peau, à l'hôpital Saint-Louis, par exemple. Nous tenons du regretté inspecteur des eaux d'Enghien, de Puysaye, que dans cet établissement, où chaque année les dartreux se rendent en foule, on n'a que très rarement l'occasion de rencontrer la phtisie en même temps que les dartres. A l'hôpital Brompton de Londres, sur 1,000 phtisiques, Gotton ne signale de son côté que G malades qui aient présenté des éruptions cutanées (herpès, psoriasis, lichen, scrofulides).
Cette recherche de l'influence de l'herpétisme sur la marche de la phtisie n'a donc qu'un intérêt pratique très secondaire. Nous ne croyons pas devoir nous y arrêter plus longtemps.
Si on en croit Buchner, il existerait un antagonisme d'orcb'e tlurapeutique qui s'obtiendrait par l'usage prolongé de l'arsenic; de même, selon Falk, il existerait un antagonisme à'o?'dre expérimental^ l'agent tuberculeux atténué par la chaleur ayant perdu son action.
Nous aurons l'occasion de revenir, au chapitre du traitement, sur l'immunité créée par les agents thérapeutiques comme sur l'immunité en général.