CHAPITRE PREMIER
BACTÉRIOTHÉRAPIE
Dans ce chapitre nous examinerons :
§ 1. — Les essais de vaccination anii-tuberculcuse.
§ 2. — Les essais d'atténuation ou de destruction du bacille pulmonaire par Faction antagoniste d'une autre bactérie.
§ 3. — Les recherches expérimentales faites dans le but d'établir la puissance anti-virulente de substances diverses mises en présence du virus tuberculeux.
§ 4. — Les applications de ces recherches à la tuberculose humaine et spécialement l'influence des inhalations, des injections dans la trame pulpulmonaire, des injections sous-cutanées des substances dites anti-parasitaires.
§ 1. — Vaccination anti-tuberculeuse.
Les remarquables résultats obtenus par Pasteur dans ses recherches sur l'atténuation des virus ont ouvert un horizon tout nouveau à la thérapeutique préventive des maladies infectieuses. Mais ce serait assurément aller trop loin que de supposer sans preuves effectives qu'on arrivera à trouver le vaccin de toutes ces maladies. Il n'est pas probable qu'un vaccin puisse jamais être un meilleur préservatif que la maladie elle-même. Or, dans un certain nombre d'affections de ce genre, une première atteinte, au lieu de préserver le malade d'une attaque ultérieure semble créer chez lui un terrain favorable pour les récidives. C'est ce qu'on observe notamment dans l'érysipèle (1), la pneumonie, la blennorrhagie, etc. La tuberculose
(I) Cependant, dans quelques-unes de ces maladies, dans l'érysipèle, par exemple, il semble que les attaques successives de la maladie cliez le même individu confèrent une sorte d'immunité. Le professeur Jaccoud {Leçons de clinique médicale, 18SÔ-18S6) appelle cette immunité immunité symptomatique et fait remarquer que souveut dans l'érysipèle les premières attaques sont fortes et complètes, puis, à mesure qu'elles se répètent, vont s'affaiblissant graduellement comme par une atténuation progressive, de sorte que chaque attaque joue pour les suivantes le rôle d'une inoculation partiellement préventive. Cette atténuation est la con-
paraît devoir être rangée dans cette catégorie. Celte maladie atteint plusieurs fois de suite le ménae individu. Une première attaque de tuberculose locale, de lupus, d'arthrite tuberculeuse, d'adénite scrofuleuse, loin de protéger le malade, le met dans les meilleures conditions pour être atteint ultérieurement, parfois au bout de dix ou vingt ans, de tuberculose pulmonaire ou généralisée. Ces faits que tous les médecins ont été à même d'observer, ont été contredits récemment par Marfan, dans un travail publié dans les Archives générales de médecine (1886). L'auteur, après avoir commencé par établir le caractère tuberculeux du lupus et des écrouelles (adénopathies strumeuses), étudie les rapports de ces deux affections avec la phtisie pulmonaire, et de cette étude très consciencieuse se croit autorisé à conclure : 1° que la guérison d'une tuberculose locale (lupus ou écrouelles) donne l'immunité pour la phtisie; 2° que les tuberculoses locales sont en général des tuberculoses atténuées.
Nous croyons que les faits relatés par le jeune observateur que nous venons de nommer n'ont pas la signification qu'il leur attribue. Nous accorderions volontiers qu'il existe souvent une sorte de balancement déjà entrevu par Guersant [Dict. en 40 vol., article Scrofule) entre les lésions viscérales et les lésions externes (lupus, adénites, etc.) de la tuberculose; mais nous ne pensons pas qu'on soit en droit de soutenir que ces dernières empêcheront le développement des premières. Tout au plus pourrait-on admettre que la présence de lupus guéris ou d'écrouelles bien cicatrisées constitue en faveur du sujet une plus ou moins grande probabilité de lenteur, de torpeur dans l'évolution de la maladie.
Sur cette question des vaccinations préventives, voyons ce que dit l'expérimentation.
Au commencement de l'année 1883, Cornil et Babes (1) ont inoculé une dizaine de lapins avec des fragments de lupus et de longosités articulaires ou d'abcès tuberculeux. Ces lapins, de même qu'un animal qui avait été inoculé un an auparavant avec du pus d'abcès tuberculeux, ont reçu dans l'œil, dans le péritoine et sous la peau des masses tuberculeuses fraîches. Les expériences ont été répétées en même temps sur des animaux tout à fait sains. Le premier lapin, qui mourut un mois après l'inoculation, fut un de ceux qui avaient été inoculés avec des fongosités; puis peu de temps après un animal de contrôle, et successivement tous les autres qui avaient été ino-
séquence des modifications produites dans l'organisme par les attaques antérieures. Ce n'est plus l'atténuation de l'agent infectant selon le procédé de Pasteur, c'est l'atténuation de la réceptivité. Ce fait, ajoute le professeur Jaccoud, est la preuve la plus directe et la plus positive de l'influence qu'exerce l'état préalable de l'organisme sur la génération et révolution des maladies infectieuses. (1) Cornil et Babes, Société de biologie et Progrès médical, 1883.
Cillés avec la tuberculose locale succombèrent, de même que les animaux de contrôle, avec de la tuberculose généralisée. Cornil et Babes en concluent que l'inoculation des produits de tuberculose locale ne préserve nullement l'organisme de la tuberculose généralisée.
Falk (1) est arrivé aux mêmes conclusions. Ses expériences consistaient à introduire dans la cavité abdominale des cobayes des fragments de poumons tuberculeux ayant subi un commencement de putréfaction et par cela même possédant une virulence atténuée. Le résultat constant de ces expériences a été le développement d'une tuberculose localisée, les organes internes demeurant indemnes. Quand les animaux furent complètement rétablis, Falk leur fit une nouvelle inoculation avec des matières tuberculeuses fraîches. Or. loin de conférer l'immunité , l'inoculation préalable du virus tuberculeux atténué a paru créer un terrain plus favorable à l'évolution de la tuberculose. En effet, tous les animaux qui avaient subi la deuxième innoculation ont présenté des lésions beaucoup plus accusées que ceux qui, sans avoir été l'objet d'une inoculation préventive, avaient été rendus tuberculeux immédiatement avec des produits frais. Falk croit pouvoir conclure de ses expériences qu'il y a peu d'espoir de trouver la prophylaxie de la tuberculose dans l'inoculation d'un virus atténué.
Les essais tentés par le D"" Gosselin, professeur suppléant à l'école de médecine de Caen (2), ont beaucoup d'analogie avec les expériences précédentes. Un lapin est inoculé au niveau de l'articulation du genou avec un petit fragment de végétation tuberculeuse recueillie sur une jeune femme atteinte d'arthrite tuberculeuse de l'articulation tibio-tarsienne gauche et dont un examen préalable avait permis de constater sûrement la nature. Au bout de vingt jours, on notait le développement d'une tuberculose locale ; le trentième jour la cuisse était amputée; l'animal, après un mois et demi d'une convalescence difficile, était complètement rétabli et devenait alors un sujet ayant été tuberculeux. On l'inocule de nouveau au bout d'un mois, mais dans le péritoine. Il meurt le vingt-neuvième jour avec toutes les lésions anatomiques de la tuberculose.
La même expérience a été répétée plusieurs fois en variant le mode d'inoculation; le résultat a été le même. Le développement des bacilles sur un terrain ainsi préparé a été absolument normal. Aucun animal n'a échappé à la mort. Souvent même la tuberculose s'est faite très rapidement.
(1) Falk, Beitruge ziir eimpf. Tuberculose. Bpi-I. klin. Wochmchr 188-3. (:2) Gosselin, Sur l'ntténication du virus (h la tuberculose ; Études expérimentales et cliniques sur la tuberculose, l^r fasc, 1887.
6o0 DE LA PHTISIE PULMONAIRE.
Dans le même but expérimental, mais dans un autre ordre d'idées, s'appuyant sur ce fait que les bacilles tuberculeux ne rencontrent pas chez tous les animaux les mêmes facilités de développement, qu'en particulier la plupart des carnivores sont moins aisément inoculables que les rongeurs, le savant professeur s'est demandé si les tubercules développés dans de mauvaises conditions avaient leur puissance nocive amoindrie et si, transportés sur des animaux spéciaux, ils seraient suivis d'une tuberculose atténuée ou serviraient de vaccin.
A cet effet, à deux chiens âgés l'un de six ans, l'autre de cinq moi?, on inocula un fragment de granulation tuberculeuse, recueillie avec soin à l'autopsie d'un malade de l'hôpital; l'injection fut faite dans le péritoine. Au soixante-douzième jour le plus jeune des deux chiens succombait dans un état de cachexie très prononcée, présentant les lésions manifestes d'une tuberculose à la fois péritonéale et pulmonaire. Avec les granulations on inocula trois lapins et deux cobayes, les cobayes par la voie péritonéale, les lapins dans la chambre antérieure de l'œil. Les deux cobayes moururent l'un le trente-cinquième jour, l'autre le quarante- unième jour avec les altérations anatomiques de la tuberculose. Les lapins succombèrent du quarantième au cinquantième jour. Chez le second chien, le plus âgé, l'inoculation répétée deux fois n'a amené aucun résultat; l'auteur fait remarquer qu'il en est généralement ainsi chez les vieux chiens.
L'inoculation tentée sur un chat et sur deux corneilles a réussi chez le chat et sur une des deux corneilles seulement. Des granulations prises sur ces animaux et inoculées à des lapins et à des cobayes ont déterminé la mort dans un espace de temps qui a varié entre trente et cinquante jours. La conclusion à tirer de ces derniers faits, c'est que les bacilles, en passant par l'organisme d'animaux regardés jusqu'à un certain point comme réfractaires à la tuberculose, ne perdent rien de leur puissance.
Rapprochons des faits qui précèdent les observations de Charrin et celles d'Arloing, quoique dans leurs expériences il ne s'agisse pas de tuberculoses atténuées. Voici ces expériences (1). Après avoir rendu des cobayes tuberculeux par l'inoculation de produits manifestement tuberculeux, après avoir constaté l'infection générale par l'amigrissement, la fièvre, le dépérissement etc., Charrin faisait une nouvelle inoculation soit avec de la matière caséeuse recueillie sur l'animal lui-même (auto-inoculation), soit avec des produits pris sur des malades tuberculeux (ré-inoculation). Or, dans presque toutes les
(1) Charrin, Tuberculose et jnorve, aiito-inoculalion et réiyioculation {Revue de médecine, I880).
TRAITEMENT. 6ol
expériences, les animaux ont pu être de nouveau inoculés avec succès. On s'était assuré auparavant par des expériences de contrôle, que l'apparition des bacilles dans les points secondairement inoculés n'était pas due à ce que des micro-organismes circulant dans le sang de l'animal infecté venaient à se produire en ces points (1).
Arloing (2) est arrivé aux mêmes conclusions que Charrin en se servant de procédés plus rigoureux encore. Il inocule des cobayes à la face interne de la cuisse; la généralisation s'effectue de proche en proche par les voies lymphatiques. Au bout d'un mois, lorsque l'induration tuberculeuse des ganglions inguinaux est bien constatée et que le processus est sur le point d'atteindre les organes sus-diaphragmatiques, Arloing fait la deuxième inoculation à la base de l'oreille; grâce au gonflement des ganglions pré-auriculaires et pré-scapulaires, on ne tarde par à s'assurer que l'organisme est en proie à une deuxième infection qui marche en quelque sorte à la rencontre de la première.
Pour compléter cette étude, disons quelques mots des tentatives faites Daremberg (3) en vue de rechercher si l'inoculation préventive des moelles d'animaux tuberculeux d'ancienneté décroissante selon la méthode pastorienne pour la rage, empêcherait l'évolution du viras tuberculeux frais. 11 inocula huit cobayes avec des moelles vieilles de douze à un jour (après le quatrième jour elles cessent d'être virulentes), en dix jours, et ces animaux moururent tuberculeux dans le même mois que six témoins inoculés le même jour. Peutêtre, ajoute notre distingué confrère, pourrait-on essayer d'inoculer deux ou trois fois par jour les moelles des quatrième, troisième, deuxième, premier jour, pour tenter de donner à l'organisme une accoutumance plus profonde ; mais il avoue que ses essais de vaccination par cette méthode ne semblent pas être encourageants.
Le seul expérimentateur qui paraisse, dans les tentatives de ce genre, avoir obtenu quelques résultats satisfaisants est un médecin de Venise, Yittorio Cavagnis, si Ton en juge par la note qu'il a adressée à l'Académie des sciences de Paris (séance du 29 novembre
(1) Dans une note récemment préseiitée à l'Académie des sciences (octobre 1887) Ciiarrin a communiqué un fait expérimeutal intéressant qui nous paraît trouver sa place ici dans la question des immunités vaccinales. Étudiant le microbe de la pyocyanine (pus bleu) dont la fonction chroniogène a été bien établie par Gessard, Charrin a constaté qu'il est possible d'augmenter la résistance du lapin à un microbe déterminé, de rendre cette résistance plus ou moins complète et durable, soit en inoculant préalablement le microbe par une autre voie que la voie intra-veineuse (inoculations sous-cutanées , soit en injectant préalablement les produits solubles sécrétés par le microbe dont il s'agit.
("2) Arloing, Académie des sciences, ISS.'», et Revue de médecine, 1887.
(3) Daremberg, Note sur la tuberculose expérimentale, études expérimentales et cliniques sur la tuberculose , l'^f fascicule, 1837.
6o2 DE LA PHTISIE PULMONAIRE.
1886). J'ai constaté, dit-il, que l'acide phénique en solution aqueuse à 2 p. 100 détruit la virulence des matières tuberculeuses, et qu'une solution plus faible à 1,25 p. 100 l'atténue. J'ai voulu voir si, en imitant la méthode de Pasteur, qui consiste dans des inoculations d'abord faibles et enfin graduellement de plus en plus virulentes, je ne pourrais pas rendre les animaux inoculés réfractaires à l'action du virus tuberculeux. Pour cela j'ai soumis deux cobayes et trois lapins sains et robustes qui m'avaient été apportés peu de jours auparavant de la campagne à des inoculations hypodermiques (régionsde l'abdomen et du dos) de crachats tuberculeux traités par une solution phéniquée d'abord faible, puis de plus en plus forte, pour finir par l'inoculation de crachats tuberculeux non traités par cet acide. Le résultat des expériences a été le suivant : l'inoculation d'une matière tuberculeuse d'abord dépouillée de toute virulence, puis douée d'une virulence spécifique faible et enfin complètement active, n'a pas déterminé le développement de la tuberculose chez un cobaye et trois lapins, et semble les avoir rendus réfractaires à une inoculation ultérieure de matière tuberculeuse non traitée par l'acide phénique. Sur un des deux cobayes ainsi traités, l'inoculation faite avec la même matière tuberculeuse non modifiée s'est montrée beaucoup moins infectieuse que dans des conditions ordinaires. L'auteur de la note considère qu'il serait assurément téméraire de se croire autorisé par ces expériences à formuler des conclusions formelles ; il fait remarquer seulement que parmi plusieurs douzaines de cobayes et de lapins inoculés avec des crachats tuberculeux naturels, c'est-à-dire non modifiés par un agent chimique, les cobayes et les trois lapins qui ont été les sujets de l'expérience de vaccination ont été les seuls qui aient été exempts de tuberculose.
Ces faits assurément sont très intéressants, mais ils auraient besoin d'être vérifiés par d'autres expérimentateurs. D'ailleurs ils ne semblent guère pouvoir être appliqués à la prophylaxie de la tuberculose humaine. Quel est en effet le médecin qui oserait inoculer à un individu sain une tuberculose même atténuée pour le préserver d'une tuberculose ultérieure plus forte, mais nullement nécessaire et fatale? Ce qui serait plus utile, ce serait de déterminer si la vaccination pastorienne est applicable à la tuberculose dans un but non plus préventif, mais curatif. Cavagnis annonce qu'il se livre à des expériences en vue d'élucider cette grave question, et en même temps d'examiner si la vaccination ne pourrait pas être obtenue par d'autres moyens que les moyens chimiques.
Nous attendrons les résultats de ces recherches, mais nous ne saurions dissimuler que nous avons peu d'espoir de les voir aboutira des résultats sérieux et pratiques.
§ 2. — Essais d'atténuation ou de destruction du bacille tuberculeux par l'action antagoniste d'autres bactéries.
Les essais que nous allons relater reposent sur la connaissance de la concurrence vitale si bien étudiée par Babes (1), qui s'établit entre des bactéries de diverses sortes existant dans des milieux nutritifs. On connaît les curieuses expériences de Raulin [-2) et Duclaux (3) sur Y Asiiergillus niger. On sait que si Ton sème cette mucédinée sur deux liquides nourriciers dont l'un contient de l'acide tarlrique et l'autre n'en contient pas, on voit dans le premier cas la plante se développer et le liquide rester limpide, tandis que dans l'autre cas le déveleloppement est nul ou insignifiant en même temps que le liquide se trouble et se peuple d'espèces vivantes appartenant au monde des bactéries; l'acide tartrique n'a pas agi comme aliment, puisqu'on le retrouve à la fin de l'opération, mais il protégeait efficacement VAspergillus contre un grand nombre de bactéries qui lui eussent disputé le terrain.
Des phénomènes analogues s'observent entre les bactéries d'espèces différentes; le résultat de la lutte pour la vie qui s'établit entre elles dépend de nombreuses conditions tenant au terrain ou à l'espèce de bactéries sur lesquelles porte l'expérience. On comprend que la connaissance de cette action réciproque des bactéries les unes vis à vis des autres ait pu donner l'idée d'en faire une application à la thérapeu tique.
C'est surtout en Italie que les médecins se sont livrés à ce genre particulier de recherches. La première tentative a été faite parle prof. Cantani (4). Après avoir expérimenté le Bactcrium termo sur les animaux au moyen d'inoculations, d'injections sous-cutanées, d'inhalations, d'ingestion stomacale et rectale, après avoir constaté la parfaite innocuité de ces microphytes sur des espèces animales différentes, Cantani eut l'idée d'en faire l'application à la tuberculose humaine. Il rapporte l'observation d'une femme de quarante-deux ans, fille de père mort phtisique, présentant tous les signes physiques d'une vaste caverne au lobe supérieur du poumon gauche, avec fièvre vespérale, toux, expectoration purulente, fibres élastiques et nombreux bacilles dans les crachats, lesquels, inoculés aux animaux, déterminèrent la tuberculose, avec dépérissement progressif et très pro-
(1) Bahes, Journal des connaissances médicales, 1885.
("2) Raulin, Recherches sur le développement d'une mucédince dans un milieu artificiel {Annales des sciences naturelles, 1870).
(3) Diiclaux, Ferments et maladies.
(4) Cantani, Un tentativo 'H Baclerioterapie {Giornale inlernazionale délie science mediche, et Ri forma medica, 188.')).
6o4 DE LA PHTISIE PULMONAIRE.
nonce, etc. On fit avec un inhalateur ordinaire des inhalations quotidiennes de gélatine liquéfiée additionnée d'un bouillon de viande contenant une très riche culture deBacteriumtermo. — Bientôt l'expectoration diminua, puis cessa complètement dans les derniers jours de Texpérience. — En même temps l'étatgénéral de la malade s'améliora notablement. Lesbacilles de Koch disparurent des crachats, tandis qu'on y constata la présence du Baclerium termo en grande quantité; l'inoculation de ces crachats ne rendit plus les animaux tuberculeux.
Encouragé par les résultats qu'avait obtenus le professeur Cantani, le D'^ Salama, de Pise, employa le même mode de traitement chez une malade dont on trouvera l'histoire dans le journal, la Riforma medica et dans le Giornnle internazional de délie scienze mediche (1). L'observation est relative à une femme d'une santé délicate, toussant depuis environ deux mois et qui à la suite d'un refroidissement fut prise d'une broncho-pneumonie gauche, passée rapidedement malgré un traitement actif à l'état de pneumonie caséeuse. On constatait alors les signes suivants: matité étendue, râles souscrépitants fins, souffle tubaire dans une grande partie du poumon gauche ; faiblesse du murmure respiratoire au sommet et vers la racine de l'omoplate, souffle et râle caverneux dénotant l'existence d'une petite excavation, crachats d'abord sanguinolents, puis muco-purulents et contenant de nombreux bacilles. En même temps, fièvre vive avec double exacerbation, s'étant élevée graduellement auchiflre de 40°, 5 malgré l'administration du sulfate de quinine, de l'antipyrine, de l'acide salicylique ; amaigrssement considérable, perte des forces, sueurs abondantes, diarrhée colliquative, etc.
Ayant reconnu l'inutilité de tous les moyens employé, créosote, iodoforme, terpinol, élatine etc. le D"" Salama, après avoir pris l'avis du professeur Maffucci qui considéra le cas comme excessivement grave, se décida à recourir au traitement de Cantani. Les crachats examinés contenaient une très grande quantité de bacilles. La culture du Bacterium termo préparée avec un soin minutieux fut mélangée à un bouillon de viande maigre de bœuf et le 17 juillet 1883, environ six semaines après le début de l'affection, on commença les inhalations pratiquées plusieurs fois par jour avec le pulvérisateur de Ziegle. — On ne remarqua aucun changement dans les premiers jours de ce traitement; le cinquième jour on nota que la fièvre ne présentait plus qu'un accès au lieu de deux, qu'elle ne dépassait plus 39°, 3 et tombait dans la nuit et la matinée à 37,8. L'expectoration était moins abondante, moins purulente; le microscoperévelait la présence
(1) Salama, Applicazione di un tentativo di batterioterapia nella cura délia tuherculosa polmonare {Riforma medica, n» 147). — Giornale uitcrn. délie science ntediche, fasc. 8, 1885.
TRAITEMENT. 65o
de nombreux Daclerium ternio, en même temps qu'il accusait une notable diminution des bacilles de Koch. — Le 27 juillet ramélioration s'accentuait manifestement. 11 y avait apyrexie dans la nuit, et latempératuure descendait souvent au-dessousde la normale, à36°,6. — L'examen miscroscopique répété tous lesjours démontrait la décroissance progressive du nombre des bacilles réduits à deux ou trois dans chaque préparation. Le 2 août ils avaient complètement disparu des crachats; l'appétit, le sommeil étaient revenus ; les forces avaient repris au point que la malade pouvait rester levée deux ou trois heures par jour ; les signes physiques s'étaient sensiblement améliorés: le souffle était plus doux, le murmure respiratoire était perçu dans les points oîi pritivement on ne l'entendait plus. Le D"" Salama se croit autorisé à tirer de ce fait la conclusion que par les inhalations de Bacterium termo il a arrêté la marche aiguë de l'afTection et converti en une forme chronique une phtisie qui se précipitait vers un dénouement fatal.
Les divers essais postérieurs aux communications de Cantani et de Salama n'ont pas donné des résultats identiques.
Le professeur Sormani (1), après avoir critiqué le principe qui avait servi de base à l'expérimentation, a rapporté trois cas dans lesquels la méthode avait été rigoureusement suivie et même plus longtemps que ne le recommande Cantani. Or le résultat de ces trois cas a été négatif. Sormani en conclut que les inhalations de bouillon de culture chargé àe Dacierium ^er/A-i,o ne constituent pas un mode rationnel et pratique de la tuberculose. — 11 serait disposé à croire que les inhalations de bouillon simple concentré, pulvérisé, peuvent avoir une action palliative contrela dyspnée, la toux, l'expectoration difficile et d'autres symptômes, mais que l'addition du Bacterium termo est plus nuisible qu'utile.
Ballagi (2) est arrivé aux mêmes conclusions. Chez aucun des huit malades qu'il a soumis au traitement de Cantani, il n'a vu diminuer la fièvre, ni la la toux, ni le nombre des bacilles. Il ne constata non plus aucune amélioration dans les symptômes physiques. Bien plus, chez un malade il y eut de la diarhée qui disparut dès qu'on cessa les inhalations ; les phtisiques se refusèrent pour la plupart à continuer le traitement en raison de l'odeur fade et nauséeuse de la solution, qui leur faisait perdre l'appétit.
Mentionnons encore l'insuccès des tentatives faites par Stacklewicz (3) et Filipovitch (4).
(1) Sormaui, Sulla bacteriotnrapia [Anncdi universali dimed. Avril 188G).
(2) Ballagi, Centralblatt fur d. Ges. T/tercrpie, mai 188f).
(3) Stacklewicz, Wvadomosci Lekastria, octobre 1886 et Gaz. hebJ.^ 1887.
(4) Filipovitch, British med. Journal., octobre 188G.
Pour son expérimentation, Stacklewicz employa les cultures pures de Bacterium termo diluées dans l'eau tiède. Il prescrivit deux inhalations quotidiennes, de six minutes de durée, à trois malades présentant des signes indéniables d'infiltration tuberculeuse des poumons et dont les crachats contenaient des bacilles de Koch. Après six jours on dut suspendre le traitement de l'un à cause des accidents gastriques qu'iï éprouvait, llsuccomba. Les deux autres furent soumis aux inhalations pendant vingt-trois et trente-trois jours. Stacklewicz déclare que chez ces malades la méthode n'a procuré ni l'atténuation de la fièvre ni la diminution des bacilles dans les crachats. Elle n'a pu arrêter l'amaigrissement, et de plus a provoqué dans tous les cas des troubles gastriques : nausées, vomissements, inappétence, état saburral des premières voies. Ces phénomènes avaient pour origine la pullulation du microbe dans l'estomac.
Dans une réunion de la Société médicale d'Odessa, le D' Filipovitch , médecin de l'hôpital d'Odessa, fît une intéressante communication sur six cas de phtisie pulmonaire avancée, qu'il avait traités par la bactériothérapie. Ayant obtenu de pures cultures de Bacterium termo dans du bouillon gras, Filipovitch dilua 5 centimètres cubes de ce liquide bactérien dans 10 centimètres cubes d'eau bouillante, et après avoir aromatisé le mélange avec une à deux gouttes de teinture de menthe poivrée pour en déguiser l'odeur désagréable, il fit inhaler le tout au malade à l'aide de l'appareil Richardson. Les inhalations furent répétées deux fois par jour. Pour l'un des malades on abandonna l'expérience au bout de huit jours, son état s'étant considérablement aggravé dès le début; trois autres phtisiques succombèrent pendant qu'ils étaient en traitement, l'un après quinze jours d'inhalation, un autre après dix-sept jours et le troisième après vingt-cinq jours. Les autres malades ont quitté l'hôpital après un traitement qui varie entre dix-sept et quarante-deux jours. Dans les cas qui ne furent pas suivis de mort, on ne remarqua pas la plus petite diminution du bacille tuberculeux dans l'expectoration. Dans aucun de ces cas le traitement n'exerça d'influence ni sur la température, ni sur les transpirations, ni sur le poids du malade. Filipovitch conclut de ses observations qu'on ne peut décidément attendre aucun bien du traitement de la tuberculose par l'inoculation du Dacierium iennn, et que même certains de ces cas semblaient prouver que cette inoculation n'était pas sans danger pour l'économie animale.
Deux mois plus tard, dans le même journal, en réponse à l'article défavorable de Filipovith, Le D'' Primrose Wells (1) publiait la
(l) Primroso Wells, Brilish médical oÂvertïser, 1886.
TUAITEMENT. 657
relation de cinq cas de phtisie traités par la méthode de Cantani qu'il jugeait de la façon suivante : « Les conclusions que je tire de l'essai de ce traitement sont que les respirations profondes des bouillons de culture du Bacierimn ferma pulvérisés sont très profitables aux malades atteints de phtisie pulmonaire à certains degrés; qu'elles arrêtent la diarrhée si elle existe, augmentent l'appétit presque immanquablement; que ce traitement a de la tendance à diminuer l'expectoration, et qu'il produit de bons résultats quand la maladie n'est pas trop avancée ni trop rapide dans sa marche.
Signalons, pour terminer, l'opinion favorable de deux médecins italiens, les D''* Alberico Testi et Giovanni Marzi (1), qui à l'hôpital civil de Fermo, ont soumis plusieurs malades atteints des signes stéthoscopiques non douteux de tuberculose avancée avec bacilles dans le sang et dans les crachats aux inhalations de Bacterium termo fréquemment répétées chaque jour. Ces malades, au dire de ces médecins, auraient éprouvé une amélioration des plus appréciables dans leur position. Le nombre des bacilles diminuait de plus en plus au fur et à mesure de la durée du traitement. Tous ces malades ont présenté en même temps une amélioration dans l'état général.
En présence des résultats contradictoires auxquels sont arrivés les divers expérimentateurs que nous venons de nommer, il semble difficile de se former une opinion précise sur ce mode de traitement de la phtisie. A la réunion de la Société médico-chirurgicale de Pavie (mars 1886), dans laquelle Sormani avait fait connaître ses essais bactériologiques, le professeur Riva fit remarquer que le principe sur lequel s'appuyait Cantani n'était pas juste; que le Bacterium termo, microbe de la putréfaction, lorsqu'il était introduit par inhalation dans les voies pulmonaires, ne prenait sa nourriture que dans les parties mortifiées, et qu'il n'attaquait pas les tissus dans lesquels proliférait le bacille tuberculeux ; qu'en conséquence il n'y avait pas lutte pour l'existence entre ces deux bactéries.
Les expériences récentes de Flora et du professeur Maffucci (2) nous paraissent trancher définitivement la question. Ces expériences consistaient à inoculer à des lapins et à des cabiais, dans le tissu cellulaire et dans les articulations, des produits tuberculeux cadavériques ou provenant des crachats de malades phtisiques. Dès que l'on commençait à trouver des bacilles dans les parties inoculées, on injectait dans ces mêmes parties le -ficre^eri?/??? termo, cultivé dans du bouillon, en ayant soin de choisir l'espèce particulière dont
(1) Alberico Testi et giovaimi Marzi, Cura delta tuberculosa colla Inalazlonc del bacterium termo {Gaz:, d'osp. Milano, 1886).
(2) Flora et Maffucci, Dell' azione del Batterlo termo sugli animali tubercoloticl [Rivista internuzionale di medicina e chirurr/ia, octobre ISSfi;.
Phtisie ptLM., î"^ édit. 42
6o8 DE LA PHTISIE PULMONAIRE.
s'était servi Cantani pour ses recherches cliniques. — Pour chaque animal on injectait avec une seringue stérilisée 3 centimètres cubes à la fois de la culture soit tous les jours, soit à plus longs intervalles. On gardait comme témoins un certain nombre de lapins et de cabiais auxquels la tuberculose seule avait été inoculée. Or, des quatre séries d'expériences habilement conduites, les auteurs concluent que le Baclerium ternio n'a jamais empêché ni le développement général ni le développement local de la tuberculose, de même' quil n'a jamais fait disparaître les bacilles des exsudais sécrétés par les arthrites tuberculeuses.
Réussira-t-on mieux avec dautres micro-organismes? Nous Tignorons. Babes a fait à ce sujet des recherches fort intéressantes qui laissent entrevoir ce que l'on peut espérer de semblables expériences. Plus récemment au dernier congrès des médecins et des naturalistes allemands à Berlin, Emmerich (1) de Munich, rapporta qu'ayant trouvé par hasard que chez les cobayes auxquels il avait injecté des microcoques de l'érysipèle, aucune autre forme de bactéries ne se développait plus, il eut l'idée des trois expériences suivantes sur les lapins : 1° injections des microcoques de l'érysipèle, puis de bactéries charbonneuses; 2° injections simultanées des deux microbes; 3° injections de virus charbonneux, puis injections sous-cutanées ou intra-veineuses des microcoques de l'érysipèle. Sur neuf lapins qui reçurent d'abord l'inoculation érysipélateuse, puis le virus charbonneux, deux moururent d'érysipèle, mais les sept autres résistèrent non seulement au charbon, mais aussi à l'inflammation érysipélateuse qui se développa sur eux tous. Des lapins témoins, autant que possible du même poids, ayant reçu la même quantité de virus charbonneux, succombèrent sans exception. Les résultats furent moins satisfaisants lorsque l'on chercha à combattre l'infection charbonneuse déjà déclarée par les injections de microcoques de l'érysipèle; l'injection intra -veineuse ne sauva que six lapins sur dix. Ici encore tous les animaux témoins succombèrent.
Quelle que soit l'explication à donner de ces faits, que l'on invoque avec Emmerich une excitation des cellules de l'organisme les rendant susceptibles de résistance, ou bien qu'il s'agisse de la destruction d'un micro-organisme par un autre, ces expériences n'en sont pas moins très dignes d'intérêt et doivent être prises ^en sérieuse considération dans l'appréciation de la méthode de traitement basée sur l'action antagoniste des bactéries.
(1) Emmerich, Guérlsondes maladies in/'ec lie uses. — Destruction delà bacléridie du rfturhon et des autres micro -orr/anismes, 59* Congrès. ^Analyse dans laBevtie de médecine, 1887.
i; 3. — Recherches expérimentales faites dans le but d'établir la puissance antivirulente de substances diverses mises en présence du virus tuberculeux.
Nous laisserons de côté ])eaucoup de ces expériences qui s'appliquent aux micro-organismes en général ou à des micro-organismes autres que celui de la tuberculose (expériences de Buchholtz (1), d'Haberkorn (2), de Gosselin et Bergeron(3), de Jalan de la Croix (4), de Koch (5), de Marcus et Pinet (6), de Miquel (7), deSternberg (8), de Warrikoff(9), de Ratimoff (10). de Bouchard fli), etc. On sait en effet que les microbes infectieux n'opposent pas une même résistance, égale pour tous, au même agent antiseptique; autrement dit, une même dose mortelle, pour une variété de microbes ne s'oppose nullement à la pullulation de tel ou tel autre micro-organisme infectieux ou septique. Arloing, Cornevin et Thomas (12), dans leurs recherches sur la résistance du virus chai'bonneux aux agents antiseptiques, avaient déjà fait cette remarque. Les recherches de Parrot et Hipp. Martin (13) confirment absolument cette donnée expérimentale. x\insi les auteurs que nous venons de nommer ont prouvé que l'acide salicylique au 1/1000, que le sublimé au o/lOOO seulement détruisent après quarante-huit heures d'action la virulence du charbon symptomatique; or les mêmes réactifs aux mêmes proportions sont au contraire absolument sans action sur le virus tuberculeux. On comprend d'après cela que pour arriver à quelques conclusions pratiques et applicables au sujet qui nous intéresse particulièrement nous ne devons tenir compte que des expériences concernant le bacille de la
(1) Buchholtz, Antisepitca und bakterien [Arch. fur. exj^erlm. Path., 1876).
(2) Haberkorn, Das denerhalten von Ilarnbakteriv gegeneinige Ântiseptica (Inaug. diss. Dorpat, 1879).
(3) Gosselin et Bergeron, Comjjtes rendus de l' Académie des sciences (1877) et Arch. gén. de méd., 1881.
(4) Jalan delà Croix, D«s Verhalten der Bakterien des fleischstassers gegen einige Antiseptica {Arch. filr experini. Path., 1881).
{h) Koch, Ueher Desinfection, 1881.
(6) Marcus et Pinet, Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1883.
(7) Miquel, Organismes vivants de l'atmosphère, 1883.
(8) Sternberg, The american Journal of The médical sciences, 1883.
(9) Warrikotf, Wirkungen von Harnbaklerien gegen einige Antiseptica auf das Mihbrand. Contagium. Dorpat, 1883.
(10) Ratimoff, Sur les antiseptiques {Arch. de biologie, 188-4).
(11) Bouchard, Sur le naphtol comme médicament antiseptique (Académie des sciences, 17 octobre 1887).
(12) Société de biologie, 1882.
"(13) Parrot et Hipp. Martin, Recherches expérimentales ayant pour but de transformer le tubercule vrai ou infectieux en corps étranger inerte sous l'influence des réactifs divers {Revue de médecine, octobre 1883).
tuberculose, de celles surtout qui sont faites dans des conditions autant que possible identiques.
Pour juger de la valeur antiparasitaire de ces substances, on a suivi les deux méthodes qui sont généralement employées dans l'étude des désinfectants ; l'une a pour base les fermentations ou les cultures, l'autre l'expérimentation sur les animaux.
La première méthode a été rarement mise en usage pour la tuberculose. Sans doute et cela a été fait par quelques expérimentateurs, le D'' Pilatte (1) notamment, on peut dans un tube récemment ensemencé ou contenant déjà des bacilles en plein développement, on peut, disons-nous, introduire un antiseptique et rechercher comment il se comporte vis-à-vis du bacille, s'il empêche la prolifération, s'il détruit sa virulence, ou bien s'il est sans influence sur lui. Dans beaucoup de cas, il est possible, au seul aspect de la culture, de juger de la puissance de l'antiseptique et de prévoir le résultat de l'inoculation aux animaux. Mais cette appréciation de visu peut quelquefois tromper. Une moisissure tardive peut être prise pour un début de pullulation du bacille et une culture où Ton ne voit presque rien peut être virulente au plus haut degré. Aussi le seul, le véritable critérium dans l'espèce, c'est l'inoculation et l'examen des organes après la mort, autrement dit, l'expérimentation sur les animaux.