EXPERIMENTATION SUR LES ANIMAUX
Cette méthode, qui consiste à neutraliser le virus par un agent chimique, puis à l'inoculer aux animaux, a été surtout employée par les médecins vétérinaires. C'est Renault, d'Alfort, qui a fait les premières tentatives de ce genre, et il a été suivi dans cette voie par Colin, Bouley, Chauveau, Toussaint, et par un grand nombre d'expérimentateurs.
Hipp. Martin (â) est un de ceux qui ont étudié avec le plus de soin la puissance antivirulente de certains médicaments contre le bacille de la tuberculose. Les réactifs qu'il a successivement expérimentés étaient l'acide salicylique, en solutions diverses, le sulfate de quinine, le sublimé, l'acide phénique, la créosote, l'eau bromée, l'eau oxygénée. L'auteur commençait par écraser à la presse les principaux viscères d'un cobaye atteint de tuberculose généralisée.
(1) Pilatte, recherches expérimentales sur le bacille de la htberculose. Thèse de Montpellier, 1885.
(2j Hipp. Martin, Sur la transformation du tubercule vrai ou infectieux en cwps élranr^er inerte sous l'influence de hautes températures et de réactifs divers (/!?'chives de pliijsiolorjie, 1881, et Uevue de médecine, 188'.').
Une pelite quantité de la pulpe viscérale qui en suintait était mise dans du liquide amniotique frais de iDrebis et additionnée d'une quantité donnée du médicament à expérimenter. Le mélange était injecté à l'aide de la seringue Ranvier dans le péritoine d'un cobaye adulte. L'autopsie de l'animal était pratiquée et révélait des lésions généralisées que les réinoculations en série démontraient être de nature tuberculeuse.
Or, les résultats des expériences ont été nuls pour l'acide salicylique, le sulfate de quinine, l'eau bromée, l'eau oxygénée.
Pour apprécier avec exactitude Faction de l'acide phénique sur le virus tuberculeux, Hipp. Martin a d'abord fait usage de solutions très étendues au 1 p. 1000. Ainsi qu'il fallait s'y attendre, elles n'ont en rien amoindri l'activité de l'agent tuberculeux. Sans s'attarder à l'emploi de solutions intermédiaires dont l'impuissance eût été certaine, l'auteur a eu recours d'emblée à des solutions beaucoup plus concentrées, les unes à 3, les autres à 6 p. JOO. Dans deux expériences sur les cobayes, la virulence du produit tuberculeux a été détruite. Les deux cobayes ont vécu. Chose remarquable, avec une solution à 6 p. 100, c'est-à-dire deux fois plus forte, les animaux sont morts. L'auteur suppose que ce résultat en apparence contradictoire, s'explique par ce fait que dans le premier cas le réactif phénique a maintenu son action destructive pendant quarante-huit heures, tandis que dans le second cas on ne l'a laissé agir que pendant vingt-quatre heures.
La créosote est peu soluble et se prête mal aux expériences. En solution aqueuse à peu près saturée, la créosote n'agit que faiblement ou pas du tout sur les agents tuberculeux, différant beaucoup en cela de l'acide phénique, dont la plus grande solubilité permet d'exécuter des expériences beaucoup plus démonstratives.
Avec le sublimé, on n'a obtenu aucun résultat par une solution au 5 p. 1000 et deux autres au 1 p. 1000. Il est regrettable que l'auteur n'ait pas recherché l'action de solutions plus concentrées.
Les résultats auxquels sont arrivés Coze et Simon (1), diffèrent peu de ceux d'Hipp. Martin. Dans une première série d'expériences, ces auteurs ont cherché à enlever aux bacilles leurs propriétés virulentes. Pour cela, ils mélangeaient 40 centigrammes environ de crachats de phtisiques dans lesquels on avait préalablement constaté la présence de bacilles avec différentes substances antiseptiques, telles que bichromate de potasse, sublimé, hydrogène sulfuré, créosote, eucalyptol ; puis après un contact de quarante-huit heures, ils les injectaient à un certain nombre de cobayes au niveau de la
(I) Coze et Simon, Recherches de pathologie et de the'rapeutique expérimentales sur la tuberculose {Bidl. de therap., 1881).
région de l'aine; les animaux étaient sacrifiés en moyenne au bout de vingt-deux jours. Dans cette première série d'expériences, seuls le sublimé et la créosote ont paru entraver l'évolution tuberculeuse générale chez les animaux en expérience.
Dans une seconde série d'expériences, les auteurs ont recherché si l'on pourrait obtenir quelques résultats en injectant tous les jours aux animaux, immédiatement après l'inoculation, des médicaments antiseptiques dissous, de manière à réduire le plus possible l'irritation locale. Les médicaments employés ont été : l'hélénine, le sublimé, l'eucalyptol, le benzoate de soude, le styrone, l'arséniate de soude, la créosote, le sulfure de sodium, le thymol, l'hydrogène sulfuré ; ces médicaments n'ont donné que des résultats négatifs. Une légère réserve doit être faite en faveur de la créosote, qui a paru retarder les processus tuberculeux et diminuer la profondeur et l'intensité de la lésion.
Dans une troisième série d'expériences, la tuberculose étant en pleine évolution, Coze et Simon ont, àdifîérentes reprises, essayé d'enrayer le développement de la maladie par des agents divers, à savoir, le permanganate de potasse, le sulfure de sodium, le thymol. Cette troisième série a échoué comme la précédente.
Les auteurs concluent que jusqu'à présent, au point de vue expérimental, les médicaments dits antiseptiques n'ont pas donné de résultats précis. Cependant, toutes réserves faites, la créosote leur paraît justifiée dans le traitement de la phtisie.
En regard de ces faits négatifs, nous croyons devoir rapporter les résultats favorables obtenus par d'autres expérimentateurs.
Vallin (1), recherchant dans quelle mesure l'inoculabilité du suc tuberculeux est modifiée par l'exposition de ce suc à l'action d'un grand nombre de substances réputées désinfectantes, a quelque peu modifié le procédé opératoire. Des fragments de tissu pulmonaire infiltré de tubercules recueillis sur le cadavre d'un homme phtisique ont été écrasés avec un peu d'eau distillée ; 50 cenligrammes du liquide filtré, injectés dans la cavité péritonéale d'un cobaye, ne déterminèrent aucune inflammation locale. Au bout de quelques semaines, l'animal commença à dépérir, et vers la fin du troisième mois, il fut trouvé mort. Le foie, la rate, les poumons, étaient farcis de granulations et de masses grisâtres constamment transmissibles par inoculation. C'est cette matière tuberculeuse obtenue par reproduction artificielle et de seconde main qui a servi dans toutes les expériences.
(î) Vallin, Note sur les iieufral/srmls du. suc tuberculeux {Académie de mcdecinc et Revue d'/ij/giene, 188K).
Dos fragments caséeux des oi-ganes précédents ont été écrasés dans l'eau distillée. Le suc obtenu servit à imbiber une feuille de papier à filtre qui fut abandonnée suspendue pendant vingt-quatre heures sous un abri largement ventilé. Le lendemain ce papier imprégné de suc tuberculeux desséché fut coupé en bandes de dimensions égales. Les unes, destinées aux expériences de contrôle, furent humectées d'une petite quantité d'eau pure, et le liquide obtenu par expression fut injecté à la dose de 50 centigrammes dans la cavité péritonéale de deux cobayes bien portants. L'un d'eux fut trouvé mort soixante dix-sept jours après l'opération dans un grand état de maigreur; l'autre fut sacrifié au bout de cent un jours ; chez tous deux le foie et la rate étaient décuplés de volume et très friables; les poumons étaient farcis de masses tuberculeuses continentes, au milieu desquelles le parenchyme de l'organe avait presque disparu. Les autres bandes de ce papier virulent furent soumises, avant de servir aux inoculations, à l'action de divers désinfectants, tels que eau bouillante, nitrosyle, sublimé en solution, soufre. Or, tous ces désinfectants, lorsque leur action est assez énergique, rendent le tubercule inofFensif et stérile.
L'acide sulfureux obtenu par la combustion du soufre serait, d'après Vallin, le moyen pratique et vraiment efficace de neutraliser le principe tuberculeux. Ces dernières expériences ont été faites dans une chambre cubant 50 mètres. Les bandelettes de papier étaient suspendues librement à 2 mètres du sol; la quantité de soufre à brûler était répartie en quatre foyers; l'occlusion de la chambre était complète ; l'exposition aux vapeurs désinfectantes durait vingtquatre heures. Voici les résultats : à la dose de 40 grammes de soufre par mètre cube, les animaux restaient bien portants; à la dose de 30 grammes, il en était de même; à 20 grammes, l'inoculation faite à deux cobayes entraînait la mort de l'un d'eux et était sans action sur l'autre. A 15 grammes et à 10 grammes les deux cobayes inoculés succombaient. En résumé, le tubercule desséché cesse d'être inoculable par l'exposition pendant vingt-quatre heures au produit de la combustion de 30 grammes de soufre par mètre cube. Au-dessous, la désinfection est nulle ou incomplète.
Pour le sublimé une bandelette est plongée pendant cinq minutes dans un tube rempli de liqueur de Van-Swieten pure (par conséquent dans une solution de 1/1000). Quand le papier est bien humecté, on le suspend dans une salle ventilée. Le lendemain on le lave et on l'exprime dans quelques gouttes d'eau pure qui sont ensuite injectées dans le péritoine d'un cobaye. L'animal est sacrifié le cent cinquième jour; tous les organes sont sains; à 1/2000, le sublimé est inefficace.
Les recherches du D"' Pilatte (i) entreprises au laboratoire de la faculté de médecine de Montpellier, avec le concours des professeurs Mairet et Cavalier, méritent une mention spéciale pour le soin et l'habileté avec lesquels les expériences ont été conduites. Ces expériences ont été divisées en deux séries : dans la première Fauteur a étudié les moyens d'empêcher le développement du bacille tuberculeux; dans la seconde, les moyens de détruire la virulence du milieu où le bacille était en pleine prolifération. Les antiseptiques employés ont été l'acide phénique, la créosote, l'acide borique, le sublimé, Tiodure mercurique, le thymol cristallisé, l'iode, l'hydrogène sulfuré, l'hélémine. Voici un court résumé de ces expériences.
Acide phénique. — Les solutions employées ont varié du 100% au 600*^ ; cette dernière solution seule s'est montrée impuissante à neutraliser le virus. C'est donc au delà d'une solution au 1/600 qu'est la limite de l'action de l'acide phénique sur le développement du bacille, et c'est entre une solution au 1/500 et une solution au 1/600 que se produit l'action neutralisante de cet agent sur le bacille développé.
Créomte. — Quatre cultures ont été mises en expérience et ont reçu des solutions au 1/100, 1/200, 1/300 et 1/400. Elles ont été injectées à quatre animaux après vingt-quatre jours de séjour à Tétuve. Un seul sujet est resté indemne : celui qui avait reçu la culture mise en contact avec la solulion au 100'^. On peut conclure de cette expérience qu'une solution de créosote au 100'^ suffit pour empêcher le développement du bacille, tandis qu'une solution au 1/200 ne suffit pas.
Acide borique. — La limite de l'action toxique d'une solution d'acide borique à l'endroit du bacille est comprise entre la solution au l/oO et la solution au 1/100.
Sublimé. — La solution au 9000" peut suffire à empêcher le développement du bacille ; la solution au 1/8000 suffît certainement ; la solution ou 1/10000 ne suffît pas. Pour détruire la virulence, la concentration doit atteindre le 1/6000; au 1/8000 elle est insuffisante.
lodure mercurique. — C'est un des plus puissants antiseptiques. Au 1/41000 il empêche le développement du bacille, tandis qu'au 1/43 000 11 ne l'empêche certainement pas. Au 1/35 000 l'iode mercurique détruit la virulence, au 1/39 000 il ne la détruit pas.
Thymol cristallisé. — Les expériences en petit nombre ont porté seulement sur l'action destructive de la virulence. Les sujets inoculés avec les liquides de culture mis en contact pendant quarante-huit heures avec les solutions aqueuses de thymol saturées et demi-satu-
(1) Pilatte, loc. cil.
TRAITEMENT. 66b
rées ne sont pas devenus tuberculeux et ont été reconnus sains au soixante-dixième jour après l'inoculation.
Iode. — Deux expériences ont été instituées à l'effet d'élucider son action sur le bacille de la tuberculose. La première expérience portant sur six cultures et autant de solutions variant du 1/1 000 au 1/17 000 a montré que l'iode entrave le développement du bacille à des doses très diluées. En effet aucune des six cultures en expérience n'est devenue virulente. Les animaux inoculés ont été sacrifiés au trente-unième jour et reconnus sains. L'action toxique de l'iode sur le bacille est beaucoup moins énergique. Le même nombre de tubes et d'animaux ont été employés. Le sujet ayant reçu la culture traitée par l'iode au oOOO est mort tuberculeux au trente-septième jour. Les autres sujets tués au trente-huitième jour ont tous été reconnus tuberculeux, sauf celui qui avait reçu le contenu d'un tube traité par l'iode au 1/1000 (solution la plus concentrée).
Hydrogène sulfuré. — Des crachats contenant de très nombreux bacilles ont servi à faire une émulsion répartie dans cinq flacons. Lin a été mis à l'abri de tout contact avec l'hydrogène sulfuré. Le deuxième a été exposé pendant cinq minutes à l'atmosphère d'une pièce où l'on préparait les gaz. Les troisième, quatrième, cinquième ont été traversés pendant une minute, un quart d'heure, et une heure par un courant d'hydrogène sulfuré. Après chaque opération le contenu d'une seringue de Pravaz a été injecté dans la trachée d'un lapin (procédé généralement employé par Pilatte). Le sujet qui avait reçu l'émulsion franche de tout contact avec l'hydrogène sulfuré est mort tuberculeux au cinquante-troisième jour. Le sujet qui avait été inoculé avec l'émulsion exposée à l'atmosphère de la pièce est mort au vingtième jour. Mais il existait des lésions inflammatoires très nettes, tandis que les lésions d'apparence tuberculeuse étaient loin d'être démontrées telles. D'autre part la bête était pleine. Les trois autres lapins tués au soixante-neuvième jour 'ont été reconnus sains. Conclusion : l'hydrogène sulfuré possède une action toxique des plus énergiques à l'égard du bacille tuberculeux.
Hélénine. — Ainsi que le fait avait été déjà signalé par le D'' de Korab (1), Pilatte a remarqué que des quantités minimes (3 milligrammes) d'hélénine, principe actif de l'année, Inula helenium, suffisaient à empêcher le développement du bacille. Sur huit sujets, deux inoculés avec le contenu de tubes qui n'avaient reçu que 1 et 2 milligrammes sont devenus tuberculeux et sont morts au vingt-neuvième et au trentième jour. Deux témoins avaient succombé au vingt-troisième jour. Les six survivants ayant reçu de
(1) De Korab, Académie des sciences, 1882.
1 à 4 milligrammes, sacrifiés au cinquante-sixième jour, ont été reconnus parfaitement sains. Pour apprécier Faction de Fhélénine sur le bacille développé, cinq tubes ont été mis en expérience après culture. Ils ont reçu des solutions d'hélénine dont le titre variait du 1/1 000 au 4/1000. Cette fois il y a eu disparition complète de la virulence. Au trente-troisième jour aucun sujet n'était mort. Sacrifiés, ils ont été trouvés sains. Conclusion : Fhélénine a une action puissante pour empêcher le développement des bacilles. Son action toxique à l'égard du bacille est très énergique.
En résumé, dit l'auteur, les agents chimiques qui empêchent le développement du bacille tuberculeux doivent être rangés dans l'ordre suivant :
L'hydrogèue sulfuré, Lïodure mercurique, L'iode, Le sublimé, L'hélénine, L'acide phénique, La créosote.
L'acide jjorique.
Les agens qui ont paru avoir le plus de puissance pour détruire le
bacille sont :
L'iiydi'Ogène sulfuré,
L'iodure mercurique.
Le sublimé,
L'hélénine,
Le thymol,
L'iode,
L'acide phénique.
L'acide borique.
Ces expériences établissent d'une manière non douteuse que Fhydrogène sulfuré possède la plus haute puissance toxique à Fégard du bacille tant au point de vue de l'entrave qu'il apporte à son développement qu'au point de vue de la suppression de la virulence.
Ce fait expérimental dont l'importance ne saurait être méconnue, avait été du reste signalé par le D"" Niepce, antérieurement aux recherches du D"^ Pilatte. Voici une série d'expériences instituées par Fancien inspecteur des eaux d'Allevard. Il laissa séjourner pendant vingt minutes dans l'atmosphère de la salle d'inhalation des parties de crachats qu'il inocula ensuite à des lapins et à des cobayes. La tuberculose ne se développa pas. Par contre, l'inoculation à deux lapins de ces mêmes crachats qui n'avaient pas été soumis à l'action du gaz hydrogène sulfuré et qui contenaient les bacilles caractéristiques fut suivie de tuberculose au bout d'un mois. Prenant, à l'instar de Froschauer, quatre souris, il leur injectait sous la peau des
parties de crachats renferiiiant des bacilles. Deux de ces souris étaient placées en cage dans une des salles d'inhalation, où elles séjournaient pendant un mois, respirant l'air de ces salles, tandis que les deux autres souris étaient restées à l'air libre. Après six semaines, les deux souris qui avaient été exposées à l'action du gaz sulfhydrique de la salle furent tuées, et l'autopsie permit de constater qu'elles ne présentaient aucune trace de tubercules, alors que les viscères des deux autres en étaient farcis.
Dans une autre série d'expériences on inocula à deux lapins et à deux cobayes avec une lancette préalablement flambée à la lampe à esprit-de-vin des fragments de crachats provenant d'un phtisique et contenant un grand nombre de bacilles. Dès le vingtième jour les deux cobayes restés à l'air libre tombaient malades, et l'autopsie démontrait qu'ils étaient complètement tuberculeux. Les deux lapins qui depuis l'inoculation avaient été pendant trois semaines soumis trois fois par jour pendant une demi-heure à l'inhalation du gaz sulfhydrique pur sont demeurés bien portants. L'autopsie a permis de constater l'intégrité des organes.
En résumé, des faits qui précèdent et de quelques autres relatés pas Lajoue (1), Albrecht (2), Sormani et Brugnatelli (3), Schill et Fischer (4), Hollœnder (o), Rosenberg (6), etc., nous nous croyonsautorisés à admettre l'action antibacillaire d'un certain nombre de substances médicamenteuses, au premier rang desquelles nous citerons l'hydrogène sulfuré, l'acide sulfureux, l'acide phénique, le sublimé, l'hélénine, la créosote, l'iode, etc. Sans doute les conclusions des auteurs s'appuient souvent sur un nombre de faits trop restreint; sans doute aussi ces conclusions ne sont pas toujours entièrement concordantes. Mais n'est-il pas probable que, si elles diffèrent sur certains points, c'est que les expérimentateurs ne se sont pas placés dans des conditions identiques ; ne sait-on pas qu'un grand nombre de facteurs interviennent dans ces expériences si délicates, et que la moindre modification dans le procédé opératoire peut en faire varier les résultats? C'est là, nous le pensons, la cause des divergences que avons signalées plus haut.
(1) Lajoue, Thèse de Nancy, 1883.
{2) Albrecht, Deutsche wed. Wochensehr, 1883.
(3) Sormani et Brugnatelli, Neutraliscmts du virus tuberculeux [ArcJi. clin. ital. Roma, 188ô\
(4) Schill une! Fischer, Ueber die Desinfection des Auswurfs phtisiker, Mitth. u. d. h. Gesundamte, 1884.
(5) Hollaender, Deutsche med. Wochensehr., 1884.
(6) Rosenberg. Berliner klinische Wochenschrift, 1887.
:< i. — Applications des données expérimentales à la tuberculose humaine. Influence des inhalations antibacillaires, des injections dans la trame pulmonaire, des injections sous-cutanées.
a. Inlialalions. — C'est surtout sous la forme de vapeurs ou de gaz que ces inhalations doivent être pratiquées. Il est bien démontré aujourd'hui que les liquides pulvérisés ne parviennent que très exceptionnellement aux dernières ramifications des bronches. Cepen>dant le D"" Miquel (i) prétend avoir obtenu de bons résultats chez les tuberculeux des pulvérisations du mélange suivant :
Biiodiire de mercure Ofe''',ôO
Laudanum de Sydeuham, 10
Eau distillée 1000
Les inhalations anti-bacillaires ont été étudiées avec beaucoup de soin par Frâentzel (2) et Hitler (3). Telles qu'elles ont été pratiquées par ces deux savants observateurs, il faut reconnaître qu'elles ont donné des résultats peu satisfaisants. Frâentzel a expérimenté le menthol, le camphre, la naphtaline, la créosote, l'acide phénique, Taniline. Cette dernière seule a paru exercer une influence réelle sur les bacilles. Kremiansky, de KarkofF (4) affirmerait même qu'il suffit de faire faire aux phtisiques cinq inhalations d'aniline au cours de deux jours, pour détruire entièrement les bacilles. Mais cette substance détermine des accidents d'empoisonnement et des phénomènes très frappants d'anémie qui doivent rendre le médecin très réservé sur son emploi.
Hiller, qui a fait les expériences les plus nombreuses, est arrivé à cette conclusion qu'aucune des substances essayées par lui, alcool, brome, hydrogène sulfuré, iodoforme, acide borique, n'a diminué le nombre des bacilles dans les crachats, ni arrêté le processus morbide dans les poumons.
Ces résultats, conformes à ceux d'un grand nombre de médecins qui ont répété les expériences, en les variant, ne nous surprennent pas. Nous ne devons pas oublier, en effet, qu'il s'agit ici de l'expérimentation sur l'homme malade. Or, d'une part, on sait que si l'on s'adresse à un parasiticide énergique, on risque, en détruisant le bacille, de détruire le tissu qui le supporte ou de produire une intoxication
[1) Miquel, Des Antisepsies {Annuaire de V observatoire de Montsouris, 1884).
(2) Frâentzel, Welcheii Gevnn hahen vnr ans dem Entdeckiing der TuberkelbaciLlen bisher filr die Behandlung der Tuherkulose erzielt? {Wieii. med. Presse, 188-3.)
(-3) Hiller, Ein/luss der Entdeckunr/ des Tuberkel BaciUcn auf die Thérapie der Tuberkulose [Med. chir. Centralhlatt, Wien, 1885). (■i) Kremiansky, Conrjrès des médecins russes de Moscou, 1887.
dangereuse, et d'une autre part si le parasiticide possède une action cnrative réelle et non nocive, comment espérer que de courtes inhalations puissent modifier ce parasite qui a pénétré dans la profondeur de la trame pulmonaire et dont la résistance, déjà si grande, nous l'avons vu, ta nos agents thérapeutiques, est encore augmentée par une couche plus ou moins épaisse de mucus qui l'enveloppe et le protège?
En Angleterre et en Amérique, où ces inhalations sont très en honneur, on a compris qu'il fallait changer de système et prolonger le plus possible le contact de la substance anti-parasitaire avec les bacilles en enfermant les malades pendant plusieurs heures de la journée dans des chambres bien closes où se dégageaient les vapeurs antiseptiques. Nous croyons que c'est là une condition indispensable de succès, et nous verrons un peu plus loin en étudiant les divers médicaments préconisés dans le traitement de la phtisie, que les inhalations d'acide sulfureux notamment, celles d'acide fluorhydrique et d'autres substances pratiquées de la façon que nous venons d'indiquer ont souvent réussi à faire disparaître les bacilles des crachats, en même temps quelles ont modifié très favorablement le processus tuberculeux et amené la guérison.
Au surplus, dans la recherche expérimentale des antiseptiques administrés sous forme d'inhalation il faut distinguer l'action directe sur le bacille et l'action sur la cavité sécrétante. Alors même que l'action antibacillaire serait nulle ou peu prononcée, il faut reconnaître que les inhalations peuvent avoir et ont certainement une influence salutaire sur la plaie suppurante du poumon, qui a pour conséquence non seulement la diminution de la suppuration et des phénomènes septicémiques, mais encore une action indirecte sur le bacille par suite des modifications apportées au terrain dans lequel il pullule et puise son activité fonctionnelle.
b. Injections intra-parenchymateuses. — En présence des résultats peu satisfaisants obtenus par les inhalations simples, quelques médecins français et étrangers pensèrent agir plus efficacement en portant directement dans la trame pulmonaire les agents antiseptiques.
Hitler (1), un des premiers, au congrès de pathologie interne tenu à Berlin, en avril 1883, fit part de ses tentatives, qui ne furent pas couronnées de succès. Pour ces injections il se servit du sublimé et de l'acool.
Le sublimé à 1/1000, employé chez trois malades à la dose de 2 cenmètres cubes par jour, irrita considérablement les tissus pulmonaires et provoqua des paroxysmes de toux qui dans un cas déterminèrent
(1) Loc. cit., 1885.
une forte hémorrhagie. Le traitement dut être interrompu chez ces trois malades au bout de quelques jours.
Les injections parenchymateuses d'alcool furent bien mieux supportées par les malades. Hiller avait donné la préférence à cette substance dans le but de provoquer des poussées inflammatoires du tissu conjonctif et de produire ainsi des cicatrices dans le lobe affecté. 11 se fondait sur l'action bien connue de l'abus de l'alcool dans la cirrhose du foie et sur des expériences démontrant l'influence cicatricielle des injections d'alcool dans les cas de strumes, de hernies, etc. Les propriétés antiparasitaires de l'alcool étaient encore aux yeux de Hiller un motif déterminant dans le choix de l'agent destiné à combattre localement la tuberculose. Les résultats thérapeutiques ne réalisèrent pas les espérances conçues.
Après divers essais sur les animaux dans le but de perfectionner sa méthode, Hiller avait injecté à cinq malades, 2 centimètres cubes d'alcool au moyen de longues canules d'argent dans le lobe supérieur lésé. Soixante-cinq injections furent faites dans le courant de dix semaines au poumon droit à un de ces malades, qui put supporter le traitement le plus longtemps. Il eut une hémoptysie assez forte et quelques accès de toux. Au commencement, on constata une amélioration considérable ; la température qui jusque-là était très élevée s'abaissa; la fièvre disparut complètement; l'appétit s'améliora ainsi que l'état général du malade. Il y eut augmentation de poids de quelques livres. Le processus local cependant ne fut nullement modifié; l'expectoration ne diminua pas, et à la sortie de l'hôpital on notait beaucoup de fibres élastiques dans les crachats. Aucune recherche ne fut faite sur les bacilles encore peu étudiés à cette époque. Le malade mourut cinq mois plus tard de la tuberculose. Parmi les quatre autres malades un seul est resté en vie; les trois autres succombèrent soit dans le courant du traitement, soit après. Dans un cas les injections parurent accélérer la mort et déterminer des accès épileptiformes.
Des faits d'Hiller rapprochons ceux de Wittaker (1), qui n'obtint aucune amélioration chez cinq malades auxquels il avait pratiqué des injectious intra-pulmonaires de sublimé.
En France, le professeur Lépine et son élève Truc (:2), ont renouvelé les expériences de Hiller. Yoici comment ils ont procédé : ils employaient de l'alcool à 90", contenant une proportion variable de créosote, de 2 à 4 pour 100. Ils usaient pour pratiquer ces injections
(1) Wittaker, On attempt ai the radical trealnwnt of luberculosis {Journal of the american médical Association, juin 1885).
(2) Lepine et Truc, Des injections intra-parenchijmaleuses dans la tuberculose [Lyon médical, 1885).
de la seringue Pravaz munie de l'aiguille n'' 1 de l'aspiratenr Dieulafoy.Sur quinze malades ils ont pratiqué vingt-cinq injections et ont ainsi introduit dans le parenchyme pulmonaire depuis quelques gouttes jusqu'à io et 20 centimètres cubes de ces solutions. Leurs conclusions sont les suivantes :
Les injections intra-parenchymateases faites à travers les deux premiers espaces intercostaux n'ont eu d'autre résultat fâcheux qu'une douleur non constante et parfois une légère élévation de température; dans aucun cas l'inflammation provoquée par l'injection n'a paru déterminer de caséifîcation, ou exercer une action défavorable sur la marche de la tuberculose, alors même qu'on avait agi sur des lésions avancées.
L'absence de résultats satisfaisants dans ces dernières conditions porte à rejeter les injections dans les poumons dont les lésions sont étendues.
Les injections créosotées, chez quelques sujets atteints de lésions peu avancées, ont été suivies d'une certaine amélioration subjective et objective.
Au lieu d'alcool et de créosote, Gouguenheim (1) a fait usage d'une solution de bichlorure de mercure à trois doses différentes : au 1/2000 au 1/1000 au l/oOO. Il a employé la dose la plus forte chez les individus atteints d'excavations considérables. Il injectait dans le premier et le deuxième espace intercostal le contenu d'une seringue de Pravaz pleine, soit des doses de sublimé variant de un demi-milligramme à deux et trois milligrammes. La douleur de la ponction était nulle, la toux rare. Le plus souvent même, quand l'état général ne s'améliorait pas, on constatait un amendement notable des signes fournis par l'auscultation. Sur trente-deux cas, vingt et un ont donné des résultats favorables.
Dieulafoy(2) a été moins heureux, lia pratiqué une vingtaine de lois des injections de glycérine phéniquée sans succès, et toujours il a provoqué des quintes de toux très douloureuses.
La méthode des injections intra-parenchymateuses a été préconisée à l'étranger par Pepper (3), Fraentzel (4), Solokowski (5) Beverley- Robinson (6) et particulièrement par John Blake White, médecin de
(1) Gouguenheim, Traitement de La tuberculose jmlmonalre par les injections intra-parenchymateuses de bichlorure de mercure [Bull, de la Société médicale des hôpitaux, 1886).
(2) Dieulafoy, Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux, 1886.
(3j Pepper, American Journal of the niediccd sciences, octobre 1876. (,4) Frâeutzel, loc. cit.
(5) Solokowski, Beitrdg zur localen Behandlunç/ der langen Cavernen [Deutsche med. Woch., 1882).
(6) Beverley Robinson, The médical recoid, 1885.
l'hôpital de la Charité à New-York. Dans un premier mémoire (1), White a donné la relation de onze cas dans lesquels l'injection de quelques minimes d'iode phéniqué dans l'intérieur des cavernes pulmonaires plus ou moins volumineuses a amené dans presque tous les cas la diminution de l'expectoration, de la toux et des sueurs en même temps qu'une amélioration très prononcée dans l'état général. Il recommande de chaufTer toujours la solution à la température du corps, de fortifier le malade par les stimulants avant de procéder à l'opération et quelquefois de la faire précéder par une injection souscutanée de morphine (1/2 centigr.) et d'atropine (environ 1/2 milligr.).
Dans une seconde communication, White (2) rapporte l'observation très détaillée et assurément remarquable d'une malade âgée de quarante-cinq ans, qui, atteinte de tuberculose , présentait une grande excavation à la partie supérieure du poumon gauche. Les symptômes consistaient en une toux incessante, une expectoration muco-purulente, abondante et fétide (oOO grammes en vingt-quatre heures), des sueurs profuses, un amaigrissement considérable, de la malité à la percussion, des souffles caverneux et du gargouillement à l'auscultation.
De mai à juillet 1886, on pratiqua 7 injections intra-pulmonaires. Aucune de ces injections ne fut suivie de douleurs ni de toux, fait particulièrement observé, d'après l'auteur, dans les injections pratiquées au côté gauche de la poitrine. L'amélioration se prononça dès la première injection, et alla s'accentuant de jour en jour.
Au mois d'août, on constatait la cessation de la toux, de l'expectoration et des sueurs. Les râles humides avaient diparu. Le souffle caverneux avait été remplacé graduellement par un souffle tubaire, et plus tard par une respiration soufflante ; White en conclut que pour lui, la cavité était entièrement cicatrisée et resserrée. En même temps la santé générale était devenue excellente. Le 14 septembre, la malade examinée de nouveau, continuait à se porter tout à fait bien.
Ce fait et quelques autres analogues sont certainement de nature à encourager les praticiens dans cette voie thérapeutique; toutefois nous croyons nécessaire de faire à cet égard une distinction importante. Autant nous comprenons le but et l'utilité de ces tentatives hardies dans le cas de cavernes volumineuses, limitées à une partie du poumon, le plus ordinairement au sommet, autant nous ne saurions les approuver lorsqu'elles visent le bacille disséminé dans une
(1) White, Eleven crises of p/itisis treated Ij>j intra-piilmonanj injections of carholized iodine {Med. record, N. Y., 1886).
(2) White, The treatmcnt of consumplion hij inira-jiuhnovary vifer/ions ; rejiort ofacase ofrecover;i {Med. record. N. Y., 188G).
grande étendue du parenchyme pulmonaire, ou déjà répandu dans toute l'économie. La communication récente du D"" Singieton Smith (1) au congrès de Washington, ne nous fait pas changer d'opinion. Que peuvent en pareil cas les injections d'une substance antiseptique qui n'ont d'action, quand elles en ont, que sur le point même où elles ont été pratiquées? Comment espérer que ces injecjections ainsi localisées auront le pouvoir d'empêcher la pullulation du parasite, dans tous les points oii il existe, et où il trouve un milieu propice à son développement et à sa propagation. Ce qu'il faudrait, ce serait trouver une méthode thérapeutique qui modifierait l'organisme tout entier, et mettrait cet organisme en état de résistance contre le microbe envahisseur.
c. Injections sous-cutanées. ■ — ■ C'est là l'idée fondamentale des injections sous-cutanées. Ces injections préconisées par Scarenzio, Martineau, Smirnoff, Balzer, etc. expérimentées dans la tuberculose par Hiller {loc. cit), par Ley (2), Filleau et Léon Petit (3), Dujardin-Beaumetz (4) et beaucoup d'autres, sont aujourd'hui entrées dans la pratique médicale, et elles semblent donner de bons résultats. Depuis surtout que le D'' Albin Meunier (5) de Lyon, a montré qu'en dissolvant les agents thérapeutiques, même les plus irritants, dans un produit nouveau, huile de vaseline, vaseline liquide médicinale., on obtient l'absorption immédiate de ces agents sans douleur, sans réaction inflammatoire, cette méthode thérapeutique a pris une grande extension. Le passage dans le torrent circulatoire, la diffusion du liquide des injections sont si rapides, que le patient perçoit le goût spécifique du médicament quelques minutes après l'injection.
Les substances employées sont principalement l'acide phénique, l'eucalyptol, l'iodoforme; mais Meunier a montré que l'on peut injecter de cette façon l'iode, le brome, le phosphore, le sulfure de carbone, le thymol, le menthol, l'hélénine, le chloroforme. Il a établi par l'expérimentation les titres des substances à base de vase-
(1) Singletou Smith, Traitement de la phtisie par la mét/iode des injections intrapulmonaires iodoformées, septembre 1887.
(2) Ley, Des injections liydopermiques antiseptiques à hase d'huile minérale et végétale dans le traitement des affections jJuhnon [Bull, de thérap., 1887).
(3) Filleai] et Léon Petit, Traitement aseptique de la phtisie pulmonaire, 1887.
(4) Dujardin-Beaumetz, Soc. de thérap. ei Bull, de thérap., 1S87.
(5) Albin Meunier, Bull, de thérap., janvier 1887, et Acad. de méd., mars 1887. Nouscroyous devoir rappeler que dès 1882 Pierre Vigier préparait des solutions de pilocarpine dans la vaseline liquide et que, quelques jours avant Meunier, Balzer annonçait à la Société de biologie (20 novembre 1886) qu'il était parvenu à faire des injections sous-cutanées de sels de mercure en suspension dans une huile minérale qu'il appela huile de vaseline ; mais ces injections amenaient quelquefois des abcès qui ne s'observent plus avec les huiles de vaseline purifiées du Dr Albin Meunier.
Phtisie pulji., 2« édit. 43
line qui doivent servir à ces injections, et la quantité qui doit être injectée à chaque fois (1).
Plus loin, à propos de chacune des médications que comporte le traitement de la phtisie, nous étudierons les résultats obtenus de ces injections. D'une manière générale nous pouvons dire que cette méthode thérapeutique constitue une sorte d'antisepsie médicale, qu'elle est rationnelle et qu'elle semble efficace; seulement nous nous hâtons d'ajouter qu'elle serait tout à fait insuffisante, si elle ne se combinait pas avec le traitement dit hygiénique, seul capable de donner à l'organisme affaibli la force de résistance nécessaire pour la lutte. Il est facile de comprendre que plus l'organisme sera fort et résistant, moins le bacille trouvera de facilités pour se développer dans un terrain devenu infertilisable. On connaît l'expérience de Wargunin (2), faisant inhaler à des chiens des crachats tuberculeux, et remarquant que ceux qui étaient bien nourris et placés dans de bonnes conditions hygiéniques guérissaient, tandis que ceux qui étaient mal nourris et débilités succombaient. N'avons-nous pas tous les jours la preuve que, quand l'organisme est affaibli par une cause quelconque, physique ou morale, il est bien plus apte à recevoir l'impression morbide des agents infectieux. Il n'est pas de médecin qui n'en puisse citer des exemples tirés de sa propre pra-
(1) Voici quelques-unes des solutions les plus employées :
Titres des solutions Quantité injectable.
Solution d'eucalyptol à 20 p. 100 5 grammes
— d'iodoforme à 1 — 10 —
— d'hélénine à 1 — 10 —
— d'iode à 1 — 10 —
— de thymol à 1 p. 203 10 —
— de sulfure de carbone à 5 p. 100 2 —
— de phénol à 5 p. 100 10 —
La solution de phénol ne peut se faire qu'à 1 p. 100 à la température de 15° et à 1,5 vers 25°. Pour avoir une solution plus forte, il faut préalablement dissoudre le phénol dans l'eucalyptol et ajouter la vaseline. C'est ainsi qu'on peut obtenir une solution qui est supportée sans douleur par tous les malades ; à cette solution on peut ajouter 1 p. 100 d'iodoforme et ainsi sont établies les deux formules suivantes très fréquemmeut utilisées (Meunier) :
; Phénol 5 grammes.
Solution de phénol j Eucalyptol 5 —
( Vasehne 90 —
/Phénol 5 grammes.
Solution de phénol iodoformé ]j , ','^ . ,
^ ilodoforme 1 —
'vaseline 89 —
(2) Wargunin, Ueher die bei Hunden diirch inhalation der sputaphtisisclier individuen und anderer organische Substanzenerzeugten lungener Krankungen {Arch. f. patU. Anat. Berlin, 1884).
TRAITEMENT. 67o
tique. Celui que rapporte Hallopeau (1) est sous ce rapport bien démonstratif :
Un externe fait en 1870 son service à l'hôpital Lariboisière, dans les salles des varioleux. Il est revacciné plusieurs fois sans succès, il ne semble donc pas susceptible de contracter la variole. Or il se trouvequ'auboutdeplusieursmois,il estatteint d'unrhumatismearticulaire, qui le retient pendant six semaines hors de l'hôpital. Quand il retourne dans son service, anémié et débilité par cette maladie, il contracte dès la première visite une varioloïde, dont les symptômes se développent douze jours après. N'est-il pas évident, dit avec raison notre savant collègue, que dans ces cas les conditions de réceptivité pour le contage variolique ont été modifiées par la maladie accidentelle. Les mêmes faits s'observent à propos de la tuberculose. Pour la prévenir, aussi bien que pour ralentir sa marche et la guérir, le traitement hygiénique occupe encore le premier rang ; mais si les moyens hygiéniques sont de beaucoup les plus efficaces, il ne s'ensuit pas que les moyens médicamenteux ne puissent revendiquer dans la cure une place importante. Ils viennent puissamment en aide à l'hygiène, en s'attaquant non seulement aux complications locales si nombreuses, que l'on voit surgir dans le cours de la phtisie, mais aux causes mêmes, diathésiques ou bactériennes, qui président au développement de la maladie, et sous ce rapport, n'est-il pas bien intéressant de constater que les médicaments qui jouissent d'une réputation séculaire dans le traitement de la tuberculose pulmonaire, tels que le soufre, l'iode, l'arsenic, etc., sont précisément ceux que les recherches modernes nous montrent comme doués de propriétés antiseptiques, antiparasitaires. On peut dire qu'ici, comme pour la fièvre intermittente et la syphilis, l'empirisme a devancé la science.
(1) Hallopeau, Traité élémentaire de pathologie générale^ 2° édit., 1887.