TROISIÈME DEGRÉ
Guéris 0
Très améliorés 6
Améliorés 8
Stationnaires 5
Aggravés 3
Morts 5
Total 27
La conclusion à tirer de ce tableau, c'est que les chances de guérison sont d'autant plus considérables que le traitement est appliqué à une époque plus rapprochée du début; que la phtisie au premier et même au second degré peut parfaitement guérir ; au troisième degré les résultats sont beaucoup plus problématiques.
Ajoulons que les D""^ Filleau et Léon Petit ont, dans un certain nombre de cas, complété le traitement hypodermique par l'emploi de l'acide phénique, administré à l'intérieur et sous forme d'inhalations, sans négliger les agents de l'hygiène susceptibles de fortifier l'organisme et de le rendre plus résistant contre les parasites envahisseurs.
EucalyptoL
Comme l'acide phénique, l'encalyptol a été employé dans la phtisie sous forme d'inhalations (à l'aide d'appareils ou dans des chambres saturées des vapeurs d'eucalyptol) et surtout en injections hypodermiques.
Dès le mois de février 1884, le professeur Bail, à la demande du D"^ Roussel, de Genève, commençait dans son service à l'hôpital Laënnec une série de recherches qu'il communiquait à l'Académie
de médecine dans la séance du 2:2 mars 1887. Les principaux résultats obtenus de ce mode de traitement se résumaient pour lui dans la cessation des sueurs nocturnes et de la diarrhée, la diminution de la toux, de l'expectoration et de la fièvre, et bientôt après dans une amélioration sensible de l'état général et de l'appétit. Chez un malade les bacilles tuberculeux trouvés dans les matières expectorées avaient disparu complètement d'octobre à janvier. Dans une note publié dans Y Union médicale (1887), le D^ Roussel écrivait : «Quant aux bacilles après deux ou trois mois de traitement, l'examen le plus sévère n'en décèle pas de traces. Cet agent provocateur a complètement disparu ». Hâtons-nous de dire que cette action antiparasitaire n'a pas été vérifiée par d'autres observateurs. » « Jamais, dit Dujardin-Beaumetz, je n'ai constaté la disparition des bacilles dans les crachats sous l'influence de ces injections. L'eucalyptol modifie l'expectoration et en diminue la quantité; c'est une médication balsamique qui présente cet avantage, qu'elle peut agir sans troubler les fonctions de l'estomac, mais ce n'est pas une médication spécifique de la tuberculose » [Acad. de méd., mars 1887).
Tous les médecins qui depuis lors ont fait connaître le résultat de leurs expérimentations, Bouveret et Péchadre (1), Biot (2), Laplane (3), Guiffart (4), etc., sont arrivés à peu près aux mêmes conclusions. Selon Bouveret et Péchadre, l'eucalyptol est sans action sur le développement du bacille, sans action sur la fièvre provoquée par l'infection tuberculeuse, sans action sur la fièvre hectique des tuberculeux; donc les phtisies fébriles, quelle que soit la cause de la fièvre, ne sont nullement modifiées par cette médication; l'état du malade a paru même dans ces cas notablement aggravé. Chez les phtisiques apyrétiques l'amélioration à été marquée, et a porté sur le catarrhe bronchique, la toux diminue, les quintes de la nuit sont atténuées ou même disparaissent et les malades dorment d'un sommeil pluscalme. En même temps l'expectoration a été moins abondante et épaisse et sous cette influence l'état général s'est heureusement modifié; le faciès est devenu meilleur, plus coloré, la nutrition s'est relevée, et le poids du corps a augmenté. Dans les phtisies fébriles les bacilles restent très nombreux; dans les formes apyrétiques, ils diminuent lorsque les crachats sont moins abondants ou lorsqu'ils sont devenus plus fluides et contiennent moins de pus.
(1) Bouveret et Péchadre, Injectio7is sous-cutimées d'eucalyptoL dans le traitement de la phtisie {Li/on médical, février 1887).
(2) Biot , Quelques mots sur les injections hypodermiques d'eucal'jplol [Lyon médical, mai 1887).
\^-\) Laplane, Injections d'eucali/ptol [Marseille médical, 1887). (4) Guiffart, //?/ec'i/o;is hypodermiques d'eucalyptol dans la tuberculose pulmonaire [Union médicale, juia 1887).
Très vraisemblablement les bacilles diminuent parce qu'il y a diminution des sécrétions bronchiques, ou bien les crachats plus fluides constituent-ils un milieu de culture moins favorable au développement rapide du microphyte pathogène?
Les injections sous-cutanées d'eucalyptol dissous dans l'huile de vaseline sont exemptes d'inconvénients, à la condition d'éviter de trop fortes doses, inutiles et quelquefois dangereuses. Une dose quotidienne de 25 centigrammes d'eucalyptol pour une seringue Pravaz ( au quart par conséquent) est généralement suffisante. Si l'on veut injecter une dose plus forte, 30 centigrammes par exemple, il faut l'injecter en deux fois, une dose le matin une dose le soir. Toutes les injections faites par Biot étaient pratiquées avec une solution sortant du laboratoire même de Meunier et contenant par seringue Pravaz entière 23 centigrammes d'eucalyptol et un centigramme et demi d'iodoforme. Avec cette solution, Biot a toujours obtenu huit à quinze minutes après la piqûre la modification spéciale de l'haleine. Au début le temps nécessaire à la production de ce phénomène était plus long, et la durée assez restreinte (quelques heures).
A mesure que le traitement se continue, il semble qu'il y ait une imprégnation des éléments anatomiques du malade, que le sang soit saturé d'eucalyptol, et alors trois à quatre minutes seulement après la piqûre, la saveur et l'odeur caractéristiques se produisent pour durer pendant toute la journée, souvent même pendant vingtquatre heures. Cette persistance de l'odeur de l'haleine résultant de l'élimination de l'eucalyptol par le poumon peut avoir ses inconvénients, en donnant aux aliments un goût désagréable et en troublant l'appétit. Chez quelques malades Bouveret et Péchadre ont observé des phénomènes d'excitation cérébrale, tels que sensation de chaleur et de pesanteur à la tête, étourdissement, épistaxis.
D'après ces auteurs, la méthode est un peu pénible pour les malades en raison des douleurs persistantes et de l'empâtement qui se manifeste au niveau des injections. On diminuera cet empâtement et on favorisera la diffusion du liquide en pratiquant quelques frictions sur la peau.
Le docteur Perret (1) a employé l'eucalyptol en injections rectales mélangées à l'acide carbonique. Les résultats obtenus sont très comparables à ceux que donne l'association de l'acide sulfhydrique et de l'acide carbonique suivant la méthode Bergeon.
(I) Perret, Traitement de la tuberculose par les injections rectales gazeuses d'acide carbonique et d'eucalyptol [Société de médecine du Lyon, 1887).
Térébenthine. Goudron. Houilles.
La térébenthine est souvent employée dans les bronchites catarrhales à l'instar du goudron, du baume de Tolu et des autres agents balsamiques, mais en outre quelquesmédecins ont pensé que par ses propriétés antifermentescibles et antiputrides bien connues elle peut rendre de grands services dans le traitement de la phtisie. Aldovie (1) expérimentant comparativement divers antiseptiques dans la tuberculose donne la préférence à l'essence de térébenthine. Il la considérait comme le plus puissant des antiseptiques et comme un modificateur énergique des sécrétions bronchiques. De Renzi, de Naples (2), partage cette manière de voir, et il place les inhalations térébenthinées sur le même rang que les inhalations d'hydrogène sulfuré. C'est surtout sous forme d'inhalation que la térébenthine a été prescrite, soit pure, soit mélangée à d'autres substances, l'iodoforme en particulier.
Nous avons eu l'occasion d'employer ces inhalations assez fréquemment, et elles nous ont paru douées d'une réelle efficacité, surtout dans les cas d'expectoration sanglante et même d'hémoptysie. Burney-Yeo, Constantin Paul (communication orale), ont fait la même remarque. On sait du reste que la térébenthine entre dans beaucoup de préparations hémostatiques.
Le Dr Chevandier préconise les inhalations du pin Mugho. Il se sert, pour les pratiquer, d'une grille munie d'une gouttière sur laquelle on place les morceaux de pin Mugho, préalablement trempés dans l'eau froide. On allume une lampe placée au-dessous de la grille, et les vapeurs résineuses se produisent.
Une des remarquables propriétés de la térébenthine, c'est d'attirer très énergiquement l'oxygène qu'elle transforme en oxygène actif, en ozone, et d'accroître ainsi les proportions de ce corps contenues dans l'air ambiant.
C'est une opinion traditionnelle que l'habitation dans le voisinage des bois de pin jouit d'une certaine elficacité dans le traitement de la phtisie. On a cherché à utiliser cette propriété de la térébenthine en faisant passer par des bains de vapeur la térébenthine dans le torrent circulatoire. Pendant son séjour dans le sang, qui paraît démontré par l'élimination de cette substance dans les sécrétions, l'essence de térébentinetransoformerait l'oxygène du sang en ozone. Il en résulterait une assimilation organique plus complète, une nu-
(1) Aldovie, Inhalation de l'essence de térébenthine dans la phtisie [British med. Journ., 1881).
(2) De Renzi, Il siglo medico, 1885.
trilion plus parfaite sous l'influence d'un agent oxydateur plus actif que l'oxygène.
D'après le docteur Leven qui a expérimenté dans son service à l'hôpital Rothschild cette méthode thérapeutique imaginée par ledoct eur Brémond fds, on obtiendrait très rapidement dans l'économie une sorte de saturation plus ou moins analogue à l'imprégnation de l'organisme par les injections sous-cutanées, et, comme résultat thérapeutique, une augmentation du poids du corps, la diminution des crachats et des bacilles, le réveil de l'appétit, la diminution des sueurs nocturnes et de l'insomnie.
Ces faits sont intéressants, mais ils demanderaient à être confirmés par d'autres observateurs tant au point de vue de la théorie qu'au point de vue de l'action thérapeutique.
Le goudron a été depuis longtemps préconisé dans le traitement de la phtisie. Dès 1744, Berkeley (1) l'avait proposé comme l'agent curatif par excellence de la tuberculose pulmonaire quand l'expectoration était abondante.
Plus tard, Chricton (2) à Berlin et Cayol en France eurent recours avec succès aux inhalations goudronnées. Hufeland les avait expérimentées de son côté et avait conclu que ces inhalations conviennent surtout aux phtisies avec sécrétions abondantes. C'est le résultat auquel ont abouti les recherches modernes. Le goudron est un balsamique qui a son utilité pour diminuer, l'expectoration, mais il ne faut pas lui demander plus qu'il ne peut donner et sous ce rapport dans le traitement de la tuberculose pulmonaire la préférence devra être accordée aux médicaments qui, en outre de l'action modificatrice des sécrétions bronchiques, possèdent une action plus profonde anti-bacillaire, la créosote en particulier.
A l'occasion des inhalations de goudron nous croyons devoir rapporter les observations de quelques médecins anglais relatives à l'influence favorable des émanations de feux de tourbe, émanations renfermant des substances antiseptiques diverses, particulièrement du goudron et de la créosote. — Morgan (3), qui a surtout insisté sur ces faits, signale que dans les hauts pays du nordouest de l'Angleterre et en Ecosse la plupart des habitants respirent un air très chargé de vapeurs produites par la combustion lente de la tourbe sur le plancher de la chambre qu'ils occupent, le luxe des cheminées étant inconnu. Or généralement les highlan-
(1) Berkeley, Série de réflexions philosophiques el de recherches sur les vertus de /'eau de goudron. Londres, 1744.
(2) Chricton, Practical observations on the treatment of puLmonary consumptton and on Ihe effects of the vapor of boiling tar in that diseuse. Londres, 18"23.
(3) Morgan, Les parasiticides dans le traitement de la phtisie {British rned. Journ. 1885).
ders sont remarquablement vigoureux, vivent longtemps et jouissent d'une singulière immunité vis-à-vis de la tuberculose. Morgan est porté à croire que la cause de cette immunité doit être cherchée dans l'inhalation permanente de ces substances balsamiques et antiseptiques. Il aurait remarqué que, quand ces habitants s'expatrient, ils cessent d'être réfractaires à la tuberculose.
Nous devons dire que si quelques médecins, Murray (1) notamment, paraissent convaincus de l'exactitude de l'assertion de Morgan, d'autres, comme Thompson (2), ne trouvent pas que la preuve ait été suffisamment faite, et réclament un supplément d'informations.
Tannin.
Un clinicien éminent, Woillez (3) , dans un mémoire j ustement estimé, avait, en 1863, appelé l'attention des médecins sur l'utilité, dans le traitement de la phtisie, du tannin, déjà en usage au dernier siècle, mais depuis lors tombé dans l'oubli. Woillez considérait ce médicament comme un moyen d'améliorer l'état général des malades en modifiant favorablement la nutrition. Indépendamment de son action tonique qu'il comparait à celle du meilleur quinquina, il lui reconnaissait une influence marquée sur l'état local. Étudiant les conditions dans lesquelles se produisent les râles humides dans la phtisie, il cherchait à démontrer que le tannin produit de très bons résultats, que les râles soient la traduction d'une congestion pulmonaire péri-tuberculeuse, ou bien qu'ils dépendent du ramollissement tuberculeux. Dans le premier cas, l'action du tannin sur la disparition plus ou moins rapide des râles est telle que l'on peut considérer l'emploi de ce médicament comme la pierre de touche qui permet de distinger ces râles congestifs passagers des râles plus persistants des cavernules et des cavernes. Il modère dans ces derniers cas la dyspnée, la fréquence de la toux et l'expectoration. Les signes s'améliorent sensiblement au bout de huit à quinze jours. Cette amélioration est caractérisée parla diminution prononcée des râles humides. La respiration soufflante ou caverneuse devient plus nette ainsi que la bronchophonie, et les râles parfois peu nombreux se perçoivent presque exclusivement à la fin des inspirations ou seulement au moment de la toux, ce qui leur donne leur véritable valeur. Les principales conditions dans les quelles le tannin paraissait échouer dans la phtisie étaient la continuité de la fièvre, la rapidité de la marche de la maladie et l'existence d'un accouchement récent.
(1) Murray, British médical journal, 1885.
(2) Thompson, Bi-ltisk médical journal, 1885.
(3) Woillez. Archives génèr. de médecine, 18G3.
Les faits annoncés parWoillez ont été vérifiés par un certain nombre d'observateurs ; mais néanmoins on doit reconnaître que la médication tannique n'était pas entrée profondément dans la thérapeutique de la phtisie et qu'on ne la considérait guère que comme susceptible de modifier favorablement certains symptômes graves, notamment les sueurs, la diarrhée. Récemment Raymond et Arthaud (l)ont repris cette intéressante étude, après avoir établi dans une série d'expériences très bien conduites que le tannin communique à l'organisme un pouvoir de résistance remarquable à l'action du virus tuberculeux.
Connaissant cette particularité déjà signalée parGohier et Bouley, que l'alimentation tannique avait la propriété de rendre imputrescibles les tissus des animaux qui en avaient été nourris, ces savants expérimentateurs se sont demandé si l'immunité acquise par les tissus contre les bactéries de la putréfaction ne s'étendrait pas aux bactéries pathologiques, et si les animaux ainsi nourris ne seraient pas devenus plus ou moins impropres à servir de terrain de culture au microbe tuberculeux. Pour vérifier cette hypothèse, ils ont nourri des lapins pendant un mois au moins en mélangeant aux aliments du tannin à la dose d'un gramme par jour ; les animaux l'acceptaient sans répugnance ; l'un des lapins ainsi traités étant mort spontanément et un autre ayant été sacrifié, nous avons placé, disent Raymond et Arthaud, les cadavres dans un lieu humide et chaud (l'écurie du laboratoire) où les fermentations s'accomplissent rapidement d'habitude, et nousavons pu constaterqueles cadavres étaient devenus imputrescibles; pendant plus de quinze jours il ne s'était produit d'autre modification qu'une dessiccation rapide et le développement de mucosités à la surface des masses musculaires; par conséquent, au bout d'un mois de régime tannique, les lapins étaient en quelque sorte tannés et impropres au dévoloppement des bactéries de la putréfaction.
Les lapins vivants présentaient-ils une immunité analogue pour les microbes tuberculeux ? c'est ce qu'il importait de vérifier. Pour cela, ayant pris trois lapins témoins, Raymond et Arthaud inoculent six lapins tannisés avec de la tuberculose aiguë d'un coati mort depuis quelques heures. L'un des trois lapins témoins meurt peu de temps après l'injection, ne présentant pas d'autres lésions qu'une légère induration au point d'inoculation à la patte postérieure; mais on trouve dans l'intestin et le foie une quantité de corps oviformes qui sont la cause probable de la mort. Les deux autres lapins témoins
(i) Raymond et Arthaud, iVo^e sur l'ac lion thérapeutique du tannin dans le traitement de la tuberculose [Compte srendus de la Société de biologie, novembre 1886, et Études expérimentales et cliniques sur la tuberculose, 1887).
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présentent les phénomènes ordinaires de l'inoculation tuberculeuse et succombent dans les trois mois.
Les lapins tannisés restent indemnes trois mois pleins; après cette première expérience les même lapins et trois autre lapins témoins sont inoculés à nouveau avec la tuberculose miliaire d'un malade de l'hôpital. Les lapins soumis au régime tannique continuent ce régime sans en offrir d'inconvénients notables pendant toute la durée des expériences; les autres reçoivent la même dose de nourriture, mais sans addition de tannin; depuis cette époque six mois se sont écoulés: les lapins au tannin n'ont encore rien éprouvé, mais deux lapins témoins sont morts des suites de l'inoculation.
Partant de ces recherches expérimentales qu'ils sont les premiers à considérer comme trop peu nombreuses pour autoriser des conclusions définitives, Raymond et Arthaud ont essayé les préparations tanniques chez les phtisiques, et leurs tentatives thérapeutiques ont été couronnées de succès. Nous avons observé, disent-ils, sur plus de cinquante malades, soit de la pratique civile, soit de la clientèle hospitalière, que le tannin administré en cachets ou sous forme de vin iodo-tannique, à la dose de 2 à 4 grammes par jour, était bien toléré et déterminait une amélioration tellement sensible des symptômes qu'en une dizaine de jours la moitié au moins des malades ont présenté une augmentation de poids qui s'est poursuivi durant toute la durée du traitement. Même dans des cas de tuberculose aiguë, on voyait soit chez l'enfant, soit chez l'adulte, les symptômes s'amender en huitou quinze jours, la maladie rétrocéder et cela chez des malades au sujet desquels un pronostic fatal avait été porté. On trouvera dans la thèse d'un des élèves de Raymond, le D^ Rertrand(l) des observations détaillées qui ne peuvent laisser aucun doute sur l'efficacité du tannin employé même dans des cas très graves ; c'est donc une médication qui nous parait devoir entrer dans la thérapeutique de la phtisie.
En dehors des agents thérapeutiques que nous venons de passer en revue et qui sont le plus généralement employés dans le traitement de la phtisie, il est un certain nombre de médications actuellement à l'étude et dont la valeur pratique ne peut encore être nettement déterminée.
Nous avons déjà parlé de V aniline préconisée par Kremiansky.
Nous dirons quelques mots des inhalations d'acide picrique expérimentées par le D' François Hue, professeur suppléant à l'école de médecine et chirurgien des hôpitaux de Rouen.
Le point de départ de ces recherches est identique au point de dé-
(1) Bertrand, Essai crUique sur le traitement étiologique de^ la tuberculose, 18SG.
part du traitement par l'acide fluorhydrique et par l'acide sulfareux. Le directeur d'une usine de produits chimiques ayant observé qu'un de ses ouvriers, franchement tuberculeux, avait été amélioré rapidement, puis guéri à partir du moment, où il avait été employé à la fabrication de l'acide picrique, fit part au D'" Hue de ce fait intéressant. Depuis le mois de mars 1886, sur le conseil de notre savant confrère, une centaine de malades consentirent à se soumettre aux inhalations de cet acide. Elles donnèrent comme résultats quatre guérisons qui ont été publiés dans la Gazette hebdomadaire (13 mai 1887). Depuis ces quatre premiers cas, qui datent déjà d'un an et demi, on n"a constaté que des améliorations, parfois très notables, mais pas encore de guérisons confirmées par un laps de temps suffisant ; tous les malades traités présentaient les bacilles caractéristiques.
Le traitement a consisté à se rapprocher le plus possible des conditions dans lesquelles s'était trouvé le premier ouvrier guéri. Celui-ci passait ses journées à remuer le contenu de grandes cuves dans lesquelles de l'eau renfermant un excès d'acide était portée à l'ébullition. Il se trouvait ainsi dans une atmosphère de vapeur d'eau chargée d'acide picrique. Le procédé thérapeutique employé a consisté : 1° à l'hôpital, à faire séjourner pendant une, deux ou trois heures les malades dans une pièce saturée de vapeurs d'acide picrique; 2° en ville, à faire inhaler ces mêmes vapeurs produites dans un vase en terre, coiffé d'un manchon de carton et contenant une solution de 30 grammes d'acide picrique pour 1 litre d'eau.
Dans la plupart des cas, les premiers effets ont été la diminution des crachats et des quintes de toux, le retour de lappétit, la disparition momentanée des sueurs, l'augmentation du poids du corps. Mais ces résultats ne se sont pas toujours maintenus. Les malades, d'ailleurs, étaient tous au moins à la deuxième période, et une bonne moitié avaient des cavernes. On n'a pas noté la disparition complète des bacilles.
Les malades traités peuvent être divisés en deux classes. Les uns ont été vite découragés et n'ont pas tardé à renoncer au traitement. Les autres ont continué pendant plusieurs semaines. C'étaient surtout les malades de la ville désireux de se guérir. C'est parmi ces derniers qu'ont été observés les quatre cas de guérison et presque toutes les améliorations notables.
Le D' Hue signale quelques inconvénients de cette médication. Les vapeurs ont une amertume très prononcée, mais franche. Elles colorent la face des malades en jaune, facile à enlever, du reste, par le lavage au savon. L'acide picrique attaque les métaux, quelques-uns faiblement, car les récipients fortement étamés résistent longtemps. On a trouvé cependant préférable d'employer des récipients en terre
ouen poi'celaine. Il n'est pas à craindre que l'acide détone tant qu'il est en solution dans l'eau, et il suffit, pour éviter ce danger, de renouveler celle-ci à mesure qu'elle s'évapore.
A côté des recherches chimiques, le D'' Hue a entrepris des recherches de laboratoire avec son collaborateur Douard, et il a obtenu des résultats qui présentent un certain intérêt.
Les cultures du bacille de la tuberculose sur des tubes d'agar glycérine et additionné d'acide picrique sont entravées à partir du millième. La dose nécessaire pour arrêter complètement toute culture parait être de 1/500.
D'un autre côté on n'a pu découvrir trace d'acide picrique dans les poumons des lapins qui venaient d'inhaler des vapeurs picriquéés pendant quinze jours trois heures par jour.
Les expérimentateurs se sont demandé encore si l'aciae picrique n'avait pas une action sur les produits bacillaires en formant avec eux un composé inoffensif, d'autant plus que les bouillons de culture renfermant une faible quantité d'acide picrique et sur lesquels les bacilles se développent avec plus ou moins de retard, prennent une coloration noire très marquée qui semble annoncer l'apparition d'un composé nouveau. Le D"" Hue se propose d'approfondir ces différents points en même temps qu'il continuera l'étude thérapeutique du médicament.
Phtisie pclm., 2^= édit. 51