‹ La Phtisiothérapie dans l'Antiquité: Orientaux - Grecs - ArabesChapitre 10 sur 30 · HD · texte numérisé non relu

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d'Arménie, une plante l’Asclepias gigantea. Par contre, à chaque instant, nous voyons prescrits contre la toux et le crachement de pus, la violette, la figue, la datte, la rose, la mauve, le pavot, la jujube, la réglisse, la pomme de pin, les raisins, la manne, le styrax, l'huile de sésame, d'amandes douces, de nénuphar, de lentisque… : contre l'hémoptysie, le chêne, la fleur de grenadier, le mimosa, l'acacia, la résine de genièvre, la pierre hématite, la terre de Samos, l’ambre, la présure...

Dans la suite, plusieurs auteurs s’inspireront de cet ouvrage pour rédiger leur traité de matière médicale ; ainsi feront Mir Mohammed Zemant en 1669 et Najm Ad-Dyn Mahmoud? au vu siècle de l'hégire, qui nous ont laissé quantité de remèdes efficaces dans la phtisie ; en plus des médicaments précités, signalons les graines de coton, les concrétions de bambou, le corail, le spode, le soufre, l’orpiment, le poumon de renard, les araignées, donnés sous forme de sirop, looch ou trochisque.

En l’année 1673, un Français, le chevalier Chardin*, visitant la Perse, étudiera l’état des sciences persanes, notamment celui de la médecine.

Iis suivent, nous dit-il, religieusement Galien...; les autres grands maîtres des Persans sont Hermes Trismègiste, qu'ils appellent Ormous; Avicenne ou Abou-sina, ce grand

* Ouvrage reproduit sous le nom de Pharmacopée persique, par le moine J, de la Brosse, Paris, 1681.

? Cet ouvrage, le Livre de l'Art du Traitement (4-5° partie), a été traduit par Guigues (thèse Beyrouth, 1902).

* Ghardin, Voyage en Perse el autres lieux de l'Orient, 10 vol.,t. V, Amsterdam, 1711.

et célèbre philosophe et médecin, le plus célèbre de l'Asie : peu Averroës,.

Les maladies de la poitrine sont rares. Auraientelles même été fréquentes, qu'elles seraient passées inaperçues, « les médecins jugeant des maladies en tâtant le pouls ou seulement en observant les urines ; car ils apprennent tous à traiter les maladies sans les voir, à cause du sexe féminin, les Persans ne laissant Jamais voir leurs femmes, pour quelque cause et quelque occasion que ce soit. » [ls emploient les médicaments que nous avons énumérés plus haut, font usage de la saignée, des ventouses, des cautérisations, et toujours ils prescrivent un régime :

.… Il ne faut pas changer de linge, ni d’habits, tant que dure la maladie, ne pas manger de pain; on nourrit le malade de riz, cuit à l’eau, et, quand le mal diminue; on y met du lait d'amande, et puis, avec le temps, on leur donne de petits poulets cuits au riz avec des herbes, y mêlant du poivre entier et de la cannelle en quantité, qu'on laisse sucer, mais non pas avaler.

Et le malade s’en va, après avoir reçu la bénédiction du médecin, accompagnée de ces mots : c’est Dieu qui donne la santé.

S5. Les Chinois,

Pour trouver des documents relatifs à la phtisie dans la Chine ancienne, pas n'est besoin de remonter aux temps fabuleux où l’empereur Chin Nong (3216 av. J.-C.) était le père de la médecine, où l’empereur Hoang Ti (2637 av. J.-C.) composa sa fameuse encyclopédie, le Nuéi King. Interrogeons seulement le

ut

médecin chinois actuel etil nous « servira » la science de ses pères, telle qu’elle existait 1l y a 5.000 ans, sans rien y avoir ajouté, Car la Chine est un des rares pays où l’art de la médecine, autrefois très cultivé, ainsi que le prouve la quantité de vieux livres, renfermés à la Bibliothèque Impériale de Pékin, est tombé en pleine décadence. La thérapeutique moderne est la même que celle de jadis ; « elle n’a pas plus varié que le costume ou la coupe des cheveux » (Matignon).

La phtisie est désignée sous le nom de /40-ping, Elle frappe les poumons, se caractérise par l’amaigrissement, la toux, des crachements de pus et de sang, Sa nature est inconnue et sa contagion‘ non mentionnée, Sa guérison est jugée difficile et le pronostic est basé sur l'état du pouls, perçu à l'extrémité supérieure du bras : s’il est superficiel et saccadé, la phtisie n’est pas sans remède ; au contraire, s'il est fort et dur, elle est incurable, et le malade est abandonné, car « le médecin peut dompter la maladie, mais non pas le destin ».

Quant à la thérapeutique chinoise antiphtisique?,

! Les Annamites ont très peur de la phtisie au moment de Ja mort d'un malade : « en vue de préserver du terrible mal toutes les personnes qui ont vécu au contact du poitrinaire, l'on attache un coq sur le lit de mort, afin que le principe de la maladie soit légué à cet animal » (D' Gaide, Note sur la tuberculose au Tonkin (Annales d'Hygiène el de Médecine coloniales, t. VIIL, 1905).

2 Nous avons consulté les ouvrages suivants : Abbé Grosier, Description générale de la Chine, 2 vol. , Paris, 1787; Regnauit, Médecine chez les Chinois et les ARE Soubeyran et Dabry, Matière médicale chez les Chinois, Paris, 1784; Hurrier, Matière médicale el pharmaceutique sino-annamile (thèse pharmacie, Paris, 1907),

nr c'est une collection de remèdes bizarres, quelques-uns sensés, certains tenant de la magie, et la plupart répugnants. Voici d’ailleurs une longue liste de préparations très vantées, puisées dans la matière médicale sino-annamite :

Le Ngo-kiao, ou colle de peau d’âne noir: on coupe la peau de l'animal en petits morceaux, qu'on fait bouillir dans de l’eau, retirée d’un puits spécial de Pékin, et on y ajoute des simples, Cette décoction « dissout les phlegmes, facilite le jeu et l’élasticité du poumon ». Malheureusement, la peau d'âne est souvent remplacée par la peau de mule, de cheval, de chameau et quelquefois par de vieilles bottes, — Les testicules de chien, « obtenus en castrant la bête au soixantième mois lunaire et séchés pendant cent jours », — Les poumons de porc, la chair de corbeau, de perdrix, de gecko; « pour savoir si la substance est bonne, on en mâche un peu, puis on court pendant une heure; si on ne vomit pas, la drogue est bonne », — Les Ou-pæy-tsé, « nids que certains insectes ou vermisseaux construisent sur les feuilles et les branches de l’arbre nommé Yen-fou-tsé, » et paraît-il, très astringents, — Les os fossiles en breuvage,

Dans le règne végétal mentionnons : l’infusion de feuille du mürier. >

Un champignon, le Sphæria sinensis, pris de la façon suivante : « On en place 5 grammes environ dans le corps d’un canard, qu’on fait euire dans son jus à petit feu, et dans la chair duquel passe toute sa vertu »; — le Citrus madurensis, dont l'écorce verte ou sèche est employée; — les feuilles du Tussilago japonica en cigarettes; — le fameux Panax (inseng, dont la racine ressemble à un être humain.

Ajoutez à cela les moxas, à la région lombaire et

a sur les côtés de l’épine, faits avec une laine végétale, recueillie sur les feuilles de l’armoise.. et quantité de pratiques superstitieuses, consistant « en l'application sur les tempes de petits ronds de papier de différentes couleurs, protégeant du « fong », cause de la maladie ; en incantalions, prononcées par le bonze, si le malade est fortuné ! ».

La thérapeutique symptomatique est très riche. Signalons, prescrits contre la toux et empruntés au règne végétal : le Kin choeiï, ou tisane faite avec :

Extrait hydro-alcoolique de rehmania . . . 20 gr. Racine d'Arum trilobatum préparée . .

Rsd'Achem those Se RM TRES âà 8 gr.

Pachymartocos-mx #4: nn (et SOS

Réglisse torréfiée ‘"15,,1042 er

Ecorce de mandarine préparée. . . . âa 4 gr.

Racine de buplèvre : +1,08 (0

Le gingembre, la cannelle, les feuilles de thuya oriental, le suc de jeunes bambous, les graines de cardamome du Siam, les violettes, le lis du Japon, les jujubes, le tussilage, l'opium, les graines de Tribulus campestris, la tige de clématite, etc.

Empruntés au règne animal et minéral :

L'écaille de tortue brûlée, le lézard desséché, la bave de crapaud, la gelée de corne de cerf, l'os de tigre, « la terre d'un vieux torchis exposé pendant longtemps au soleil

levant ».

Comme expectorant, le médecin chinois a surtout

* A.-F, Legendre, la Tuberculose en Chine {Presse médicale, 7 juin 1905).

Re recours à la réglisse ammontiacale, où extrait d’excréments humains, ainsi préparée :

On bourre un bambou de réglisse finement pulvérisée, on le bouche à la cire, on le dépose pendant tout l’automne dans des fosses d’aisance, fréquentées exclusivement par des hommes; ce bambou est ensuite retiré, nettoyé avec soin, gratté même extérieurement, pour enlever toute trace de matière fécale, puis conservé dans un endroit frais jusqu'au moment où le contenu doit être mis en vente.

Les crachements de sang sont combattus par :

Le sang d'un vieux cerf pris au piège et bu chaud (« poursuivi par les chiens, il ne vaudrait rien »): — la gelée de peau de buffle; — les cendres de cheveux («s'ils n'étaient pas bien brülés, ils donneraient naissance à un ver qui dévorerait les intestins »); — l'urine de femme et d'enfant; — les crottins de cheval; — l’os de dragon fossile ; — les feuilles d’Urtica nivea, le cachou, le sang-dragon, les feuilles rouges du Punica granatum en insufflation dans les narines et la tisane célèbre, composée de :

Extrait hydro-alcoolique de rehmania. . 12 gr. Gentiane croisette de Kouang-sei . . . 8 gr.

Racine de dioscorée . . pu ] 6 gr.

Racine d'Ophiapogon spicatus.

Palma tds TENTE 017 à Racine d’Atractylis ovata . .

Graines d’achyrante du Japon. . .

Racine d'aconit préparée . . . . . . 1 gr. 60 Graines de schizandra (Kadsura sinensis.), 10 graines

44 À gr.

Certes, voilà un amas de recettes bien étranges, bien disparates, et qui, au premier abord, nous font frémir :

{ Regnault, loc. cit.

Ur les cendres de cheveux, les os fossiles, la corne de cerf, les testicules dé chien, ete. Et pourtant, en y réfléchissant bien, ces préparations n'ont rien d’extraordinaire, C’est une façon de donner de l’arsenic, des phosphates, des sels de Ca. La colle de peau d'âne, qu'est-ce? sinon de la gélatine. La bave de crapaud n’est autre chose que de la mucine, et l'opothérapie pulmonaire est encore employée actuellement. D'ailleurs, nous trouvons dans le Codex des formules aussi repoussan{es, témoin ce bouillon pectoral, fait d’eseargots, de cœur de mouton, de mou de veau et de lichen d'Islande.

Plusieurs des plantes mentionnées sont employées de nos jours comme {oniques, calmants, astringents ; quant à celles dont nous ne comprenons pas les effets, leur présence nous est expliquée par la Doctrine des signatures que nous rencontrons à chaque pas dans la pharmacopée chinoise : selon cette théorie, la Providence aurait marqué les remèdes de certains signes permettant à l’homme de reconnaître facilement leur utilité, C’est ainsi que les plantes à feuilles ou fleurs rouges seraientbonnes pour les hémorragies, etc.

En somme, soyons modestes, Ne méprisons pas la médecine chinoise, car « souvenons-nous, comme l’a dit Gübler, qu’on a cru à la pulmonaire pour guérir la phtisie, au grémil pour chasser les graviers, et à la carotte pour dissiper la jaunisse‘ ».

‘ Soubeyran et Dabry, Matière médicale chez les Chinois, Paris, 1874 (voir en tête le Rapport lu à l'Académie de médecine, de Gübler, 19 novembre 1872),

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