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rieurs qui enflent, ainsi que les pieds; les ongles se rétractent ; les épaules deviennent minces et faibles ; la gorge se remplit d'une espèce de duvet ; elle siffle comme à travers un tuyau. La soif est vive durant toute la maladie et le malade éprouve une impuissance générale. Les choses étant ainsi, 1l succombe misérablement à la consomption au bout d’un an!.
Autre part, Hippocrate nous dit: « Le phtisique tousse surtout le matin et dans le milieu de la nuit, mais 1l tousse aussi le reste du temps ?. »
Et puis 1l y a des prédisposés à cette maladie terrible. Qui ne connaît pas la phrase célèbre du grand maître : «at ëx Dhivwdeos ©Ovwdne, d’un phüsique, naïl un phtisique?
Elle sévit surtout sur les hommes à corps glabres, aux yeux fauves, à la chair molle et boursouflée, aux omoplates saillantes, chez les ‘hommes roux. Elle survient principalement de dix-huit à trente-cinq ans” redoutable en automne, mauvaise aussi au printemps, quand les feuilles du figuier égalent en longueur les pattes de la corneille ?
En aucun endroit, il ne signale la contagion de la phtisie, el pourtant, c'était chose connue de son temps. Le rhéteur Isocrale* en fait mention dans son Discours
! Hippocrate, Des Affections internes, p. 189.
Hippocrate, Des Maladies, iv. Il, p. 73.
3 Hippocrate, De la Maladie sacrée, p. 365.
4 Hippocrate, Epidémie, lv. I, K 14.
5 Hippocrate, Aphorisme, sect, V, $ 9.
Hippocrate, Aphorisme, sect. IIF, $ 10.
7 Hippocrate, Epidèmie, liv. VI, S9
Isocrate, Discours Eginélique, B: 403, trad. du duc de Clermont-Tonnerre, Paris, 1862.
Le7]
"10 Éginétique, dont voici le sujet : Thrasylochus, phtisique, fait son testament en faveur de son fils adoptif, qui le soigne avec dévouement. Le testament est contesté par une sœur naturelle du testataire. Alors plaidoyer d’Isocrate, qui fait tenir à l'héritier de Thrasylochus les paroles suivantes :
… J'étais dans un telétat, que tous ceux de mes amis, qui venaient me visiter, me témoignaient leur crainte de me voir périr avec lui et m'engageaient à me garantir MOImême, en me disant que la plupart de ceux qui avaient soigné cette maladie en étaient devenus les victimes.
Cette digression faite, revenons à Hippocrate et voyons le traitement qu'il imposait à ses phtsiques.
Et d’abord cette phrase si juste, si souvent répétée dans les siècles à venir : « oûros Âv €Ë apync Oepaneu6ñ, dyins yweræ, le malade, s’il est traité dès l’abord, guérit! ».
… Mais il faut traiter avec le plus grand soin et restaurer. D'abord on fera boire l’ellébore, et, par le bas, on évacuera avec l’'épithymum ou le péplium, ou le grain de cnide, ou le tithymalle, On prescrira ces évacuants quatre fois par an, deux fois par le haut, deux fois par le bas. On donnera aussi pour l'évacuation le lait cuit d’ânesse ou de vache ou de chèvre. Il boira le lait cru de vache, avec addition d'un tiers de mélicrat et en y mêlant de l’origan pendant quarante-cinq jours. On purgera auparavant la tête par l'application d’un errhin. Les aliments de céréales et les mets ne seront ni huileux, ni gras, ni trop âcres... Il usera des promenades en proportion des aliments, et aura soin de ne pas prendre froid. En hiver, il prendra son domicile près du feu, Il boira un vin astringent, noir, très
1 Hippocrate, Des Maladies, iv. IL, K 49.
Tate vieux et très agréable, mais en petite quantité. S'il vous paraît convenable d'administrer une fumigation, avant de donner un évacuant, évacuez après fumigation.., Le malade marchera, si la marche lui est utile; sinon il gardera le repos autant que possible. Le malade, ainsi traité, supportera le plus facilement la maladie; mais elle est dangereuse, et peu en échappent : 7 dE voucos Oavasiun, ai Tapor Tavtny Laquyydyouor!.
Aïlleurs, Hippocrate recommande l’eau de lentilles, comme aliments, si la fièvre n’est pas trop aiguë, les viandes de mouton bouillies, de volailles. Le phtisique ne prendra ni bouillon, ni sauce et mangera des poissons gras, des scorpios et des poissons cartilagineux. La salaison est aussi conseillée, si toutefois l'état du malade le permet, ainsi que le pain qui est un aliment meilleur pour tous ceux qui ne sont pas habitués à la polenta. Le malade se promènera en évitant le soleil, le vent, les endroits humides. Il se lavera à l’eau chaude, excepté la tête, et ne se baignera pas si la fièvre est forte. Signalons enfin les cautérisations auxquelles Hippocrate attachait une grande importance, et, pour finir, l’abstention des plaisirs de Vénus ?.
Chez celui qui doit s'en tirer heureusement, il faut que l'expectoration soit rendue avec facilité et soit incolore, uniforme, de même couleur et sans pituite ; que ce qui coule de la tête se tourne vers les narines; qu'il n'y ait pas de fièvre ou qu'il n’y en ait pas assez pour faire interdire le dîner ou pour causer de la soif; que le ventre évacue tous les jours, et que l'évacuation soit dure et en
! Hippocrate, Des Affections internes, $ 10.
? Hippocrate, Des Maladies, hv. IL, $ 48.
= fo rapport, pour la quantité, avec les aliments ingérés, et que le sujet ne soit aucunement exténué. On louera une poitrine carrée et velue; le cartilage en sera petit et bien garni de chair’.
Contemporain d'Hippocrate, Platon (430 av. J.-C.) n’était pas d'avis de soigner les phtisiques, d'ailleurs les maladies chroniques en général, et cela pour une raison sociale. Si vous ouvrez son Traité de la République?, vous lirez ceci :
Le médecin ne prescrira de traitement que pour ceux qui, étant d’une bonne complexion et menant une vie frugale, sont surpris de quelques maladies passagères. A l'égard des corps radicalement malsains, il n'entreprendra pas de prolonger leur vie et leurs souffrances par un régime suivi, ni de les mettre dans le cas de donner à la République des sujets qui leur ressemblent; enfin, il ne traitera pas ceux qui, par leur mauvaise constitution, ne peuvent atteindre au terme ordinaire de la vie marqué par la nature, parce que cela n'est avantageux ni pour eux, ni pour l'Etat.
Cela rappelle la pratique du médecin hindou, vis-à-vis de toute maladie jugée incurable, mais pour une raison différente, afin de ne pas s’exposer « à perdre sa réputation et sa fortune, et à voir ses amis s'éloigner de lui ».
Passons maintenant aux successeurs d'Hippocrate, au nombre desquels, nous signalerons Praxagoras de
* Hippocrate, Prorrhéliques, liv. I, 7.
? Platon, Œuvres, trad. de Grou, liv. II, p. 427.
* Liétard, Lettres historiques sur la médecine des Hindous. Paris, 1863.
ns Cos {1v° s. av. J.-C.), le maître d'Hérophile, qui, au dire de Cœlius Aurelianus, recommandait au phtisique de prendre de l’ellébore.
Dioclès de Caryste (350 av, J.-C.), qui prescrivait la diète au début, puis les sudorifiques, les purgatifs, les vomitifs, les bains froids, donnait au malade de l'ail à manger, lui faisait boire du vin jaune ou noir, âpre, et lui disait de se promener. Il conseillait également contre l'hémoptysie de la colle de taureau, cuite dans l'eau avec des ronces et de la farine !.
Nous retrouvons l'idée de la phlisie, maladie contagieuse, reprise par un homme qui fut « l'esprit le plus scientifique de son siècle » Aristote, (384-322 av. J.-C.) philosophe et médecin à la fois.
Quel sujet n’a-t-1l pas traité ?
Pourquoi, dit-il, lorsqu'on approche de phtisiques, de gens qui ont une ophtalmie ou de galeux, contracte-t-on leur mal, tandis qu’on n'est pas atteint ni d’hydropisie, ni de fièvre, ni d’apoplexie, ni de tant d’autres maux ?... L'action de la phtisie tient à ce que l’haleine est mauvaise et lourde... En s’approchant du malade, on respire cet air pernicieux. On prend la maladie, parce qu'il y a dans cet air quelque chose de morbide ?.
Mais les Ecoles de Cnide et de Cos touchaïent à leur fin. Mentionnons encore Chrysippe de Cnide (336), qui voyait dans le chou le remède universel, imité en cela à Rome par Caton l'Ancien. C’est alors qu'une
* Meunier, Histoire de la médecine jusqu'à nos jours, Paris,
2 Aristote, Problèmes, trad. Barthélemy Saint-Hilaire, sect. VHI, $ 8.
ze ÉD = autre école va s’élever, celle d'Alexandrie, célèbre par
ses recherches anatomiques.
$ 2. La phtisie pulmonaire à Alexandrie.
Nous serons bref sur cette période, faute de documents. À signaler seulement deux noms 1llustres, Hérophile et Erasistrate.
Hérophile (3r7 av. J.-C.), disciple d'Hippocrate, ordonnait aux phtisiques, fait rapporté par Galien, de manger de la salaison avec du pain : « Herophilus autem salsamentum eum pane exhibit, postea vero aquam potare jubet, dicens, quum sal in salsamento alvum perturbat, vinum quidem datum solvit!. »
D'Erasistrate (304), nous ne savons que peu de choses : éviter la fatigue et le travail ; se faire des ligatures aux cuisses, jambes et bras, lors d'hémoptysie?. C’est tout.
Et maintenant, 11 nous faut quitter Alexandrie et aller à Rome, où « subissant le contre-coup des événements politiques, la médecine va revenir à la suite des armées victorieuses? » (Liétard).
S 3. La phtisie pulmonaire à Rome
« Jusqu'à deux siècles avant Auguste, Rome avait
! Galen, De remed.. parabil., lib. Il, cap. xm, édit. Kuhn, 20 volumes, Lipsiæ, 1825-1833.
? Celse, Œuvres, trad, Védrènes.
$ Liétard, article Ménecne de la Grande Encyclopédie.
te vécu sans médecin, mais non pas sans médecine » (Pline l'Ancien), Etquelle médecine! Ce fut le règne de la superstition et de l’empirisme, poussé au plus haut degré. Elle resta longtemps théurgique, invoquant non pas un dieu, comme en Grèce, mais une foule. Chaque maladie, que dis-je, chaque symptôme avait sa divinité particulière. Parmi les plus en vogue, nous citerons Apollon, supplié par Tibulle ‘, dans une de ses plus gracieuses élégies, de rendre à la santé son amante, atteinte de consomption. Ecoutez-le implorer le dieu de sa voix harmonieuse :
Viens et guéris les maux de la plus tendre amante ; viens, Ô Phœbus à la longue chevelure, orgueil de ta tête. Hâte-toi, dieu puissant, et tu ne regretteras pas, crois-moi, d'avoir consacré ton art à la guérison d’une belle. Empêche que la maigreur ne consume ses membres pälissants et qu'une livide couleur ne flétrisse la blancheur de son teint. Viens, divin Apollon, apporte avec toi les sues et les secrets magiques qui réparent les forces languissantes. Ne réduis pas au désespoir un jeune amant qui redoute pour sa maitresse un destin cruel et qui fait pour elle des vœux que tu pourrais à peine compter... Bannis tes larmes, à Cérinthe, Apollon n'afflige pas ceux qu'il aime... Protège-nous, Apollon : quelle gloire pour toi d’avoir, en conservant une seule existence, sauvé deux mortels à la fois! Pour toi, quel doux triomphe, alors qu’au pied de tes autels sacrés ils viendront, tout joyeux, acquitter à l’envi la dette de la reconnaissance ! La foule des dieux proclamera ton bonheur,et chacun d’eux enviera le pouvoir de ton art!
Parallèlement à cette médecine religieuse, il y eut
! Tibulle, Œuvres, liv. IV, 1v, trad. Nisard, Paris, 1878.
RE une médecine populaire, composée des absurdités les plus incroyables, venues des régians voisines, de l'Etrurie en particulier, et qui subsista très longtemps, même après la venue des Grees à Rome.
Son représentant fut Caton l’Ancien ! (232-147 av. J.-C.), l'ennemi acharné des médecins d'Athènes. «Il croyait, nous dit Duruy, aux remèdes de bonnes femmes et nous a laissé quantité de recettes, que nos derniers sorciers de village n'auraient pas désavouées?. » Jugez-en. Un malade se présentait-1l à lui, ayant mal à l'estomac? Caton lui prescrivait du chou ! Un autre souffrait-il de la tête ? Du chou! La phüsie menaçait-elle la vie d’un autre ? Encore du chou ! Du chou et pour toutes les affections, et à Loutes les sauces : confit dans du vinaigre, ou en infusion avec du cumin pour l’aromatiser, ou arrosé de vinaigre miellé, de menthe sèche, de rue, de coriandre pilés... Mais il se gardait bien d’en donner à ses esclaves : c'était trop fin pour leur palais ! Enfin, si (par hasard) le premier remède était impuissant à guérir la maladie, Caton conseillait alors un traitement infaillible : les bains d'urine tiède, provenant d'une personne ayant mangé du chou! Qui de nos jours aurait le courage de se soumettre à une pareille pratique ?
Plutarque* mentionne le régime que Caton prescrivait à ses malades :
! Les Agronomes latins (Gaton, Varron...), dir. Nisard, Paris,
? Duruy, Histoire des Romains, 7 vol.
* Plutarque, Vie des Hommes illustres, trad. Ricard, 14 vol., Paris, 1840.
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Il ne leur imposait jamais une diète sévère ; il les nourrissait d'herbes, de chair de canard, de palombe ou de hèvre; il trouvait cette nourriture légère, facile à digérer pour les gens faibles et sans autre inconvénient que de causer la nuit beaucoup de rêves.
Heureux Caton, s'il a pu guérir de la sorte ses phtisiques !
Vers l'an 219 avant Jésus-Christ, l’art médical grec fut implanté à Rome par un habitant du Péloponèse, Archagatus, fils de Lysanias. Mais il ne devint réellement florissant, qu'avec Asclépiade de Prusa, en Bithynie {100 av. J.-C.), l’ami de Cicéron et de tous les grands de Rome. Il voulait guérir « tuto, celeriter et jucunde » (Celse), et cela par le régime. 11 traitait ses phtisiques par les frictions, « qu'il faisait faire jusqu’à ce que le malade tombât dans un sommeil qu'il croyait très salutaire ‘ ». Il leur recommandait la gestation en litière, la déclamation, excepté s'ils étaient sujets aux hémoptysies, le rire, le chant, la musique, le jeu de l’escarpolette... Le lait était souverain à ses yeux. En somme, tous remèdes agréables.
Son élève, Thémison de Laodicée (63 av. J.-C.), lui succéda et édifia sa théorie du méthodisme, d’après laquelle la maladie était due à une perturbation des solides de l'organisme, alors que, pour Hippocrate, elle tenait à un trouble des humeurs. Cœlus Aurelianus? rapporte qu'il ordonnait à ses poitrinaires les
! Chancerel, Historique de la gymnastique médicale (thèse de Paris, 1864).
? C, Aurelianus, De Morbis acutis et chrontcis, ib, VIIT, édit. Conradus Amman, Amstelodami, 1722, cap. xiv.
er repos sur lit saspendu, les frictions sur les bras et les cuisses, le bain tous les deux ou trois jours, l’ail, les purgatifs à l’'orobe, à la chicorée, au plantain, et qu'il les couvrait d’emplâtres, d’onguents, de ventouses, de sinapismes. | Après lui vient un grand nom, Aurélius Cornélius Celse! (25 av. J.-C., 45 ap.), surnommé l'Hippocrate latin, le Cicéron des médecins. Ce n'était guère un praticien, mais, comme le dit Laétard « l'historien de la médecine scientifique, de même que Pline sera l'historien de la médecine populaire ». Il nous a résumé les connaissances des hippocratiques et des alexandrins, et notamment sa description de la phtisie et le pronostic qu'il porte, sont copiés dans Hippocrate. Nous ne pouvons en dire autant de son traitement, qui est personnel et qui mérite d'être cité :
Il faut remédier à la phtisie dès le commencement, car cette maladie est difficile à guérir lorsqu'elle est invétérée. Il faut, si les forces le permettent, entreprendre de longues navigations, changer de climat et passer dans un air plus épais que celui que l’on quitte. On se trouve, par exemple, très bien d'aller d'Italie à Alexandrie ; les malades sont presque toujours en état, dans les commencements, de faire un pareil voyage, parce que cette maladie ne survient ordinairement que dans l’âge le plus robuste, c'est-à-dire de dix-huit à trente-cinq ans. Si les forces ne permettent pas d'entreprendre de longues courses sur mer, on se trouve très bien de naviguer à proximité des côtes. Si quelque chose s'oppose à la navigation, il faut se faire porter en litière ou autrement ; on doit renoncer
! Celse, Traité de méd., liv. II, sect. XXII, trad, Fouquier- Ratier, Paris, 1824. |
aux affaires et à tout ce qui cause de l'inquiétude ; il faut dormir beaucoup, prendre garde de s’enrhumer, de peur que le rhume ne détruise les bons effets des précautions qu'on a prises ; éviter pour la même raison les indigestions, les extrêmes de la chaleur et du froid ; se tenir la bouche et le col bien couverts ; calmer la toux par les remèdes appropriés et tâcher de faire cesser la fièvre tantôt par la diète, tantôt par les aliments convenables et donnés à propos... Pendant tout ce temps-là, ne boire que de l’eau et du lait... S'il n’y a point encore eu de fièvre ou si elle est passée, 1l faut avoir recours aux exercices modérés, surtout à la promenade et aux légères frictions. Le bain est contraire. Les aliments doivent d'abord être âcres, comme l'ail, le poireau, préparés avec du vinaigre, ou la chicorée, le basilic, la laitue que l'on prépare de même. Plus tard, la nourriture doit être adoucissante ; elle se composera de crèmes faites avec de l'orge mondé, ou la fromentée, ou l’amidon et le lait. Le riz ou tout autre graine céréale mondée, si on n’a pas autre chose, fait le même effet... On fait principalement usage de cervelles, de petits poissons et d’autres choses semblables. La farine cuite avec de la graisse de brebis ou de chèvre sert aussi de remède. Le vin qu’on boit doit être austère et léger. Tant que la phtisie demeure dans cet état, on s'oppose à ses progrès sans beaucoup de peine; mais si le mal est plus considérable, si la fièvre et la toux sont continuelles, si le corps commence à se décharner, il faut avoir recours à des remèdes plus efficaces. Il faut faire avec un fer brülant un ulcère artificiel sous le menton, un autre à la gorge, deux vers les mamelles, un pareil nombre au bas des os des épaules, que les Grecs appellent omoplates ; et l’on ne laisse pas fermer ces ulcères que la toux ne soit entièrement finie. Ce dernier symptôme exige aussi un traitement particulier. On fait donc par jour trois ou quatre fortes frictions sur les extrémités ; on en fait aussi sur la poitrine, mais seulement d’une main légère ; une heure
er
après le repas, on frictionne les jambes et les bras, et dix jours après, on met le malade dans un bain d’eau tiède et d'huile. Pendant tout ce temps, il ne faut boire que de l'eau ; ensuite, on prend du vin froid pour boisson, s'il ne reste plus de toux; s'il en reste, on le boit tiède. On se trouve bien de donner tous les jours de la nourriture dans la rémission de la fièvre et de faire également usage des frictions et de la gestation. Tous les quatre ou cinq jours, on revient aux aliments âcres désignés plus haut, et de temps en temps on prend de la pimprenelle ou du plantain trempés dans du vinaigre. Le suc de plantain seul ou celui de marrube, cuit avec du miel, sert aussi de remède ; la dose du premier est d’un verre; celle du second est d’une cuillerée qu'on laisse couler lentement dans le gosier ; ou bien on mêle et on fait cuire ensemble une demi-partie de résine de térébinthe et une partie de beurre et de miel. Mais les moyens qui tiennent le premier rang sont : le régime, l'exercice en voiture, la navigation et les crèmes farineuses. Il faut surtout veiller à ce qu'il n'arrive point de dévoiement ; le vomissement fréquent, principalement le vomissement de sang, est pernicieux dans cette maladie. Lorsqu'on commence à se trouver un peu mieux, il faut augmenter l’exercice, les frictions et la nourriture; ensuite se frotter soi-même en retenant son haleine et s'abstenir pendant longtemps du vin, du bain et des plaisirs de l'amour.
Dans le crachement de sang!, Celse avait recours à la saignée, aux ligatures faites au-dessus des aines et des malléoles, au haut des épaules et au bras. Il faisait mettre immédiatement ses malades au lit, la tête élevée, prescrivant le silence absolu. Comme nourriture, très peu de chose : de la crème d'orge légère, à la
1 Celse, Liv. IV, sect: 4, p. 198.
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rigueur quelques œufs frais, et de l’eau comme boisson. Quant aux remèdes, il faisait avaler au malade du vinaigre ou du suc de plantain, ou du poireau dans lequel on avait fait dissoudre de l’encens. Le moins de frictions possible et surtout pas à la poitrine. Habiter, l'hiver, le bord de la mer et, l'été, les endroits situés dans le milieu des terres.
Donc, le régime avant tout, et, en somme, très bien compris, à part le plat d'aliments âcres, ail, poireau, chicorée au vinaigre, qu'il donnait au début de la maladie. Peu de médicaments : l'hysope, les figues cuites, la menthe, le marrube, la scille, la térébenthine contre la toux; le plantain et le poireau contre l’hémoptysie, et quelques expectorants, tels que le malagme attractif suivant, composé de : résine sèche, natron, gomme ammoniaque, galbanum, cuivre. Remarquons enfin l'emploi fréquent qu'il faisait de la saignée, des ligatures aux membres, des frictions, des cautérisations, des ventouses…..
Après lui, et cela pendant tout le premier siècle de notre ère, la science médicale fut désorientée, sortit du chemin que lui avait tracé Hippocrate. La pharmacologie surgit, mais une pharmacologie peu sérieuse, digne de charlatans. On se mit à fabriquer des recettes, des drogues, toutes plus fameuses les unes que les autres. On les rédigea en vers. La fhériaque! d’Andromaque est de cette époque, cette panacée célèbre qu’il fit en « carmes élégiaques » et dédia à Néron.
Elle eut la gloire d'éclipser non seulement les drogues
! M. Albert, les Médecins grecs à Rome, Paris, 1894.
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de ses confrères, mais même l’antidote de Mithridate!, cet électuaire fameux qui, depuis la découverte qu'en avait fait Pompée dans la bibliothèque du roi de Pont, était très répandu dans le monde romain et universellement employé. Cet électuaire s’appella thériaque parce qu'il était un spécifique contre le venin des bêtes malfaisantes, et surtout parce que la chair de vipère entrait pour une grande part dans sa composition... Après avoir coupé la tête et la queue de la bête, afin que le sang répandu emportât avec lui le venin, on séparait la chair des entrailles et des os, on la lavait et on la faisait cuire. Quand elle avait bouilli dans l’eau salée, parfumée d’aneth, on la pétrissait avec de la mie de pain... On ajoutait de nombreux ingrédients, des simples communs, des gommes, des aromates, de l'essence de rose, d'iris, de térébinthe et de laurier-casse, de la cannelle, du gingembre, de l'huile de baume, de la valériane, du pavot... Ces substances pulvérisées et dissoutes dans du vin de Crète, passées dans un tamis et mélangées de miel attique, ressemblaient à un suc épaissi, et prenaient la consistance, la viscosité et l'éclat de la poix.
En prendre gros comme une noisette dans du vin, de l’eau, ou bien encore la valeur d'une fève d'Egypte, à jeun.
Arrivons maintenant au Trailé de matière médicale?, de Pédacius Dioscoride d’Anazarbe (75 ap. J.-C.), qui resta célèbre jusqu’au milieu du xvi° siècle el l’est encore aujourd'hui en Orient. Il y a là, rassemblés pêle-mêle, une foule de médicaments, empruntés à tous les règnes : le malade n'avait que l'embarras du choix. Nous allons en citer quelques-uns propres aux phtisiques
! Cet électuaire ne diffère de la thériaque que par la chair de vipère et quelques plantes en moins.
? Ped. Dioscoridis, De curalionthus morborum, trad, Moibanus Argentorati, 1565.
PT A L’agaric à la dose de deux oboles, infusé dans du passum!,le suc de plantain et la plante elle-même cuite, prise avec sel et huile : elle nettoie les ulcères de la poitrine et calme le crachement de sang ; les baies de laurier mélangées à du miel ; Le cresson d'hiver desséché, absorbé avec du miel ou une décoction d’orge ; les racines de férule, de persicaire, de myrte en décoction avec du miel: les cônes de pin, récemment cueillis, broyéset cuits avec du passum, à la dose de trois verres tous les jours; le poireau le marrube, la rue ; le raifort cuit dans de l’eau ; les têtes de rose, le grenadier contre le crachement de sang ; l’opium contre la toux; un mélange de beurre, de miel et de cumin ; l’hydromel ; l'oxymel; la térébenthine prise simplement ou sous forme de looch avec du miel ; la poix, le vin « empoisé » ; le vin à l'hysope de Cilicie ; le vin à la résine de pin ; le vin de lentisque ; le goudron ; le pisasphaltum ; le lait de femme, chèvre, brebis, vache, ânesse, jument ; le blanc d'œuf contre le crachement de sang ; les écrevisses cuites dans l’eau; les grenouilles ; le poumon de renard; la graine de cerf fraîche ; la corne de cerf brûlée, réduite en cendres, lavée et prise à la dose de deux cuillerées ; l'écume de cheval, contrela toux ; la sandaraque en fumigation contre la toux chronique, ou avec du vin miellé, ou du miel, ou en pilules: le soufre, incorporé à à l’œuf, contre les crachats purulents ; la pierre hématite contre les crachements de sang, etc.
Pline l'Ancien (23 av. J.-C.-79 ap.), esprit universel, étonnant ses contemporains par sa puissance de travail, fut l'historien de la médecine populaire. Nous ne saurions mieux le caractériser qu’en rappelant les paroles de Littré à son égard : « On peut voir dans quelques anciens, Pline entre autres, un amas
1 Vin de raisins séchés au soleil,