‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 108 sur 182 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sait-il crier, sucer la mamelle, et avaler le lait maternel?

Si les mouvements du cœur ont été originairement volontaires, pourquoi ne le sontils plus? Voilà donc une volonté involontaire , c’est-à-dire une absurdité; car, quoique nous nous accoutumions à cligner les yeux involontairement, il dépend toujours de notre volonté de cligner et de ne pas cligner, avec une légère attention. Les mouvements primitivement volontaires ne sont donc pas soustraits au libre arbitre par l’habitude, ils reviennent en notre pouvoir, parce qu’ils émanent de notre pouvoir. Au contraire , nous aurions beau vouloir dilater notre pupille à une lumière éclatante, elle se resserrerait toujours involontairement, dans la crainte que nous ne soyons trop éblouis, ou aveuglés. Voilà donc une preuve que ce resserrement n’est point le résultat d’une habitude volontairement acquise. Nous ne pouvons rien sur cette action, parce qu’elle n’émane pas de notre vouloir.

La nature , en nous, agit donc indépendamment de la volonté; elle agit toujours de la même manière, ne fait ni plus, ni moins;

DE L’HABITÜDE.

elle seule n’est pas moins savante à la naissance que dans la vieillesse; et comme elle n’est point susceptible de perfectionnement ni de détérioration, elle n’a point le caractère des habitudes.

Il est donc une limite entre la nature et Y habitude, et la première n’est pas l’autre, ni le résultat de l’autre; seulement la nature peut se prêter plus ou moins à diverses coutumes; mais celles-ci, qualifiées du titre de seconde nature , ne détruisent jamais le germe de la première.

Si la nature n’était qu’une habitude transmise par la génération, comment des sots engendreraient-ils des hommes de beaucoup d’esprit naturel? La nature est donc indépendante, et sait s’affranchir ou des imperfections, ou des vicieuses accoutumances, par sa propre énergie.

La première fois qu’un être fait une action volontaire , éprouve une impression , exerce une faculté, un organe quelconque, il éprouve de la difficulté , quelquefois de la douleur. Par l’inaccoutumance et l’ignorance des choses, l’individu agit d’abord gauchement, pénible-

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