CHAPITRE XII
ne s’aperçoivent presque plus des odeurs au milieu desquelles ils sont plongés. Il en est de même pour les émanations fétides. L’accoutumance à l’air pur et inodore rend très-subtil, au contraire, l’odorat.
On s’habitue sans beaucoup de peine à dormir pendant le bruit, comme dans le tintamare continuel des moulins, des tambours, ou chez les chaudronniers. On cite des hommes d'études qui, s’étant familiarisés à méditer au milieu du vacarme, ne pouvaient se livrer à leurs travaux d’esprit dans le calme de la campagne. Par l’habitude du silence, au contraire, l’ouïe acquiert une finesse très-grande.
Enfin, la vue parvient, au moyen de l’habitude, à percer plus ou moins les ténèbres d’un cachot, ou bien à s’étendre très-loin chez le matelot qui observe en pleine mer, du haut de sa dunette; mais la vue s’use et se perd par l’usage d’une trop vive lumière.
L’exercice fréquent en toute chose, fait acquérir une grande facilité , soit aux actions du corps, soit à celle de l’esprit. Ainsi le danseur est adroit de ses pieds, le musicien habile de ses mains, et l’acteur exerçant continuelle-
ao6 de l’habitude.
ment sa mémoire, finit par en avoir une qui est prodigieuse.
Rien n’est plus convenable pour prendre des habitudes que de n’en avoir encore aucune, comme les enfants. Aussi se plient-ils très-aisément à toutes celles qu’on veut leur inculquer : c’est même en cela que consiste la principale éducation , savoir : les bonnes et utiles coutumes , l’apprentissage , le perfectionnement des sens , des organes et des facultés intellectuelles ou morales.
L’enfant doit aussi son aptitude aux accoutumances, à la grande flexibilité de son organisation, à une susceptibilité vive et neuve qui est avide de sentir et de tout connaître. Voilà pourquoi l’enfant montre tant d’inconstance. Sa sensibilité n’étant encore déterminée par aucune habitude, toutes lui semblent à peu près égales, et le plaisir qu’il éprouve à se livrer à tous les genres de sensations ou d’exercices , fait qu’il s’y livre tour-à-tour sans effort.
Le vieillard, au contraire, ayant beaucoup senti, beaucoup éprouvé de choses, s’étant constamment livré à plusieurs actes, ayant répété souvent les usages, les opérations or-