CHAPITRE XII
<] inaires de ia vie, a contracté nécessairement des habitudes. Sa structure devenue rigide et dure, ayant long-temps ployé en certains sens, ne peut plus, sans des efforts pénibles, changer de direction. Les facultés ont pris leur cours d’une manière déterminée et de longue date. Le vieillard est donc esclave et même martyr de ses habitudes; il ne trouve rien de plus salutaire que de les suivre; il a horreur du changement et de la nouveauté, autant que l’enfant et le jeune homme auraient de peine à s’astreindre uniformément aux mêmes actions , aux mêmes impressions. Jusqu’aux modes et aux mœurs, jusqu’aux choses les plus indifférentes, rien ne plait au vieillard que ce qui est conforme à ses antiques habitudes; la moindre innovation choque ses goûts et ses idées. Au contraire, les jeunes gens sont sans cesse amoureux de changements et de nouveautés; voilà pourquoi les voyages et la guerre leur plaisent tant.
Les femmes ayant beaucoup de délicatesse et de flexibilité d’organisation , un système nerveux sensible et mobile à toutes les impressions , cèdent plus facilement que les
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hommes à l’empire de toutes les habitudes.
Les divers tempéraments ont aussi différents degrés d’aptitude pour contracter certaines habitudes de préférence à d’autres qui seraient moins conformes à leur disposition naturelle.
Un sanguin, par exemple, tiendra des qualités de la jeunesse à cet égard; comme il est vif, ses habitudes seront inconstantes et légères, analogues à la tournure riante et gaie de ses idées, de ses goûts pour le plaisir et la dissipation.
Le bilieux ne prend point des habitudes tempérées, mais des fougues et des engouements violents et passionnés. C’est une suite d’élans impétueux et énergiques, soit par rapport à l’ambition dans toute la carrière qu’il entreprend, soit relativement à l’irascibilité, au jeu, à la guerre, ou à d’autres propensions. Sa persévérance ne viendra point de l’habitude, mais d’une opiniâtreté ambitieuse qui ne veut pas céder ou reculer. Il dompte plutôt la nature qu’il ne lui obéit.
Le lymphatique , au contraire, est la bète d’habitude la plus machinale : il trouve plus
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commode de suivre ainsi une routine tracée que de faire le moindre effort pour se diriger par la volonté. La grande raison : nos pères ont fait ainsi , et c’est la coutume , est toute puissante sur son esprit. Il aime tous les actes réguliers, constants, uniformes, incapable de prendre de nouvelles habitudes. Mais c’est par tiédeur et mollesse qu’il s’abandonne à ces coutumes toutes passives; car, dans sa texture lâche et ramollie, il n’offre aucune résistance à de nouvelles directions.
Dans le tempérament musculaire , les habitudes sont lentes et difficiles à s’établir , à cause que l’organisation massive et robuste ne se plie que par de violentes secousses ou des stimulants très-énergiques. Chez ces individus lourds et inertes, certaines habitudes de force physique , soit pour le mouvement musculaire, soit pour la faculté digestive, sont les seules qui se contractent pour l’ordinaire, et qui donnent à la machine organisée un jeu presque automatique.
Chez les individus nerveux , énervés ou efféminés , rien n’est moins constant que l’habitude; leur mobilité qu’aucun moyen ne saurait
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fixer, les soustrait à tous les empires, en les soumettant sans cesse à toutes les impressions du présent. Aussi tout en eux est caprice, inégalité d’humeur, idées incohérentes, goûts disparates , passions explosives et impétueuses qui changent d’objets vingt fois par jour. Malheureux de trop sentir, et de sentir trop vite, ils tâchent de s’en consoler par leur inconcevable inconstance, qui est le seul genre d’habitude qu’ils puissent conserver.
A l’égard des climats, on remarque aussi des différences dans les degrés d’aptitude à prendre des habitudes. Les peuples des contrées situées sous l’équateur et les tropiques, tenant beaucoup, en général, de la complexion mélancolique , manifestent la même ténacité qu’elle dans leurs habitudes, et la même difficulté d’en admettre de nouvelles; c’est pourquoi l’on voit de nos jours persister, dans l’Inde , exactement les mêmes mœurs et les mêmes coutumes qui subsistaient il y a plus de quarante siècles. C’est encore ainsi que les Chinois persévèrent tellement dans les habitudes de leurs ancêtres, que ni les conquérants tartares, ni des progrès ultérieurs de civilisa-