‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 112 sur 182 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

tion , n’ont pu rien y changer. Nous trouvons, au contraire, que les mœurs et les habitudes éprouvent des révolutions perpétuelles parmi les nations de l’Europe tempérée, et même de la plupart des régions septentrionales. Il serait impossible de fixer le Français , l’Anglais et d’autres peuples aujourd’hui les plus civilisés du globe dans un état permanent de coutumes et de modes; les religions , les gouvernements, tout a varié parmi eux depuis environ vingt siècles. Les seuls hommes qui tiennent le plus à leurs habitudes , sont les habitants des lieux très-froids et très-élevés, comme les Suisses dans leurs âpres montagnes, les Norwégiens, les Lapons sous leurs tristes cieux , dont ils supportent l’éloignement avec tant de chagrin, que souvent ils en meurent de nostalgie.

Ces faits remarquables nous montrent comment se fortifient les habitudes , et par quelles causes elles s’altèrent. Un ciel uniforme, une température constamment froide ou chaude, donnent également de l’uniformité , de la constance aux actes de la vie; les habitudes une fois acquises , persévèrent chez l’Indien comme chez le Lapon; elles sont déterminées

DE LHA.BITUDE.

par l’influence grave et profonde du climat, qui sans cesse imprime son cachet sur ses productions. Mais dans nos régions tempérées, nous passons avec inconstance de l’hiver à l’été, du printemps à l’automne; un même jour est chaud et froid; nos fibres sont perpétuellement tendues ou détendues, et comme tiraillées en divers sens; elles se façonnent à tout et ne se tiennent à rien , par conséquent notre sensibilité, notre mobilité, sont sans cesse variables, et même on peut devenir inconstant, brusque, fantasque dans toutes ses manières, selon que le vent tourne, ou que le soleil brille ou se cache.

Nous n’avons qu’une quantité déterminée de forces vitales à dépenser, soit par jour, soit par année, et par durée de notre vie; nous ne sommes susceptibles que d’une somme mesurée d’actions et d’impressions. Les habitudes que nous contractons doivent donc avoir des limites à cet égard. Par exemple , nous prenons chaque jour l’habitude de manger, de dormir, en une proportion déterminée, à des heures à-peu-près fixes. La coutume prend pied à cet égard; nos forces vitales se propor-

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