CHAPITRE XII
tionnent et s’attendent à ces choses ; elles comptent chaque jour sur ces moyens de restauration, presque aussi régulièrement que le ferait une horloge. Avons-nous coutume de dîner précisément à telle heure? notre estomac n’a pas besoin de montre pour sonner le moment du repas, quand le temps en approche. Le sommeil, le réveil, viennent de même à point nommé, comme si le tour d’un rouage ramenait les mêmes mouvements dans l’économie animale.
À l’égard des quantités, si l’on s’accoutume à manger et boire en certaines proportions fixes, l’on sentira le besoin de s’y arrêter; car, pour peu qu’on se tienne en deçà, ou qu’on aille au-delà, l’individu ne se trouvera plus dans son état ordinaire, et peut-être sera-t-il incommodé.
Tous nos organes se peuvent prêter à une certaine mesure de rapport ou d’harmonie avec les objets extérieurs, comme ils savent s’astreindre à un degré fixe d’action, d’emploi, de sensations, de certaines circonstances indifférentes à tout autre individu ; de là vient bientôt une nécessité , une tyrannie ; on ne 1. i5
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peut plus se passer de fumer la pipe, ou de telle autre chose aussi peu nécessaire (i); il faut à un autre son café ou son thé chaque matin, sous peine d’être triste, maussade, mal à son aise tout le jour. Ote-t-on son gilet de flanelle, si l’on a la coutume d’en porter continuellement , aussitôt il survient un rhume de cerveau ou de poitrine; la nature finit par vouloir ce qu’elle refusait dans le principe. L’on a connu un célèbre professeur qui par l’habitude de parler en avait acquis un si grand
(1) A. l’à-propos de fumer la pipe, nous citerons un fait assez curieux, dont nous avons été témoin: Un jeune homme, habitué à fumer cinq à six fois par jour, voulant se marier, crut devoir renoncer entièrement à la pipe, pour éviter l’odeur de la fumée de tabac que l’on porte avec soi; mais au bout de quelques jours il se sent indisposé, perd l’appétit, a des frissons, des douleurs dans la région du foie; sa peau devient jaune, et il est obligé de garder le lit. Les médecins consultés ne pouvaient découvrir la cause de la maladie, lorsqu’ils furent informés que le malade avait cessé tout-à-coup l’usage de la pipe. Conduits par cette indication , ils lui ordonnèrent alors de la reprendre, et en peu de temps ce jeune homme, sans autre médication, recouvra la santé.