CHAPITRE XII
besoin, que , pour satisfaire à ce désir insurmontable, hors le temps de ses cours, il faisait des leçons chez lui en présence de ses amis, des gens de sa maison, ou de ses domestiques.
Rien n’est plus sage que de suivre ce grand précepte de Celse, de ne s'astreindre à aucune habitude fixe, de ne faire contracter aucune obligation à notre santé; de la soustraire par la plus grande indépendance à tout ce qui peut nous asservir. En effet , l’importance de ne s’arrêter à nulle habitude, autant qu’on le peut, se démontre aisément; car l’habitude du repos, par exemple, devient fatale si l’on est ensuite forcé de travailler. Qui peut se promettre de rester toute sa vie dans un même état, puisque la fortune peut tout dans le monde, et que, de leur trône, elle a renversé des rois?
Le propre de l’action d’un organe ou d’un sens, est d’émousser et de perdre sa sensibilité à mesure qu’il sent plus souvent, ou que les impressions qu’il éprouve sont plus fortes et plus répétées. De même, moins un sens agit, moins il dépense sa sensibilité, plus il devient délicat , apte à percevoir les impres-
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sions les plus exquises et les plus subtiles. Ces deux effets opposés sont augmentés par les deux sortes d’habitudes qui les favorisent.
Si un homme s’exerce tous les jours à la course, ses jambes acquerront une force et une agilité prodigieuses; et nous ne conseillerions pas à un savant, accoutumé à méditer en repos dans son cabinet, de jouter avec ce coureur; de même, nous croyons qu’un fort de la halle serait peu propre à résoudre de hautes questions d’algèbre et de géométrie transcendante.
On voit donc que nos facultés vitales se distribuent plus ou moins, soit aux muscles, soit au cerveau, par l’effet des répétitions du mouvement et de l’action de ces organes.
Qu’un homme exposé à la vive lumière du soleil , descende dans une cave obscure et sans lumière, ses yeux sont tellement accoutumés au grand jour, qu’au premier moment il croit être dans les plus profondes ténèbres, et ne peut rien apercevoir. S’il demeure quelque temps dans cette cave, ses yeux, s’accommodant peu à peu à l’obscurité, ramassent pour ainsi dire toutes leurs facultés visuelles, di-