CHAPITRE XII
de Crotone, le géomètre un Archimède. On dit quelquefois qu’un homme de génie peut être un sot, parce qu’il est enfoncé uniquement dans ses études, et ignore les usages de la société. C’est encore une preuve de l’influence des habitudes, et en même temps de la démonstration que par elles, les facultés de l’esprit ont été absorbées et concentrées dans les plus hautes méditations. Moins les habitudes sont variées, plus elles sont fortes et profondes.
Les habitudes prennent un ascendant si grand sur la constitution de certains individus, quelles peuvent quelquefois changer entièrement les meilleures dispositions naturelles. Que d’exemples n’a-t-on pas de jeunes gens, nés avec toutes les qualités de l’esprit et du cœur, qui ont porté leur tête sur un échafaud, pour avoir été entraînés au crime par suite des habitudes vicieuses qu’ils avaient contractées avec des amis pervertis. Combien l’horrible coutume de répandre le sang, de repaître ses yeux du spectacle de la douleur et des supplices, rend non-seulement insensible, mais cruel, et même bourreau! ainsi le mal peut
ve l’habitude.
se naturaliser comme le bien ; ainsi l’on se façonne à tout, et l’on parvient & se complaire jusque clans la souffrance.
Si nos organes prennent des habitudes dans l’état de santé, ils en contractent aussi avec les maladies. Telles sont pour la plupart les retours périodiques des affections nerveuses, l’asthme, l’hypochondrie , l’hystérie , la migraine, l’épilepsie, etc. ; des inflammations, soit des membranes muqueuses , soit rhumatismales; la goutte, les hémorrhoïdes, etc.
Il est certains sujets chez lesquels la santé est tellement robuste, qu’ils ont, pour ainsi dire, l’habitude de n’être jamais malades; mais chez eux aussi, lorsqu’une maladie survient elle est, en général, très-violente, et cède rarement aux secours de l’art. Au contraire, les individus dont la santé est toujours débile, et qui ont contracté l’habitude d’être continuellement indisposés , n’éprouvent pas de fortes maladies , et souvent parcourent une longue carrière, tantôt mal, tantôt bien , sans trop rompre l’équilibre par de grands balancements.
L’habitude des médicaments finit par les
CriAIMÏJÎE XII.
rendre nuis, en diminuant chaque jour leurs effets sur nos organes, à moins d’en augmenter la dose.C’est ainsi qu’un médecin de Paris, prenant habituellement de l'éther pour calmer des étouffements qu’il éprouvait, fut obligé d’en augmenter la dose, au point qu’il en buvait une demi-livre par jour, sur la fin de sa carrière.
L’habitude ou la coutume est, après la nature, le pouvoir le plus grand, le plus profond, le plus durable de tous, surtout chez l’espèce humaine; il nous moule et nous repétrit à son gré; il peut nous dépraver horriblement, comme il peut nous perfectionner, nous élever à la plus haute dignité physique et morale dont notre organisation soit susceptible. La santé, les maladies, sont soumises à son empire. L’habitude nous tyrannise, mais elle nous rend aussi propres à tout et capables de tout, dans les limites de l’humanité. Les plus étranges métamorphoses de l’esprit, et même du corps sont un jeu pour elle; elle nous vient saisir dès le berceau, et nous conduit jusqu’à la tombe. Enfin elle devient la règle, l’opinion, la reine de tous les hommes de la terre.
DE L’HABITUDE
Le plaisir et la douleur , ces deux grands mobiles de nos actions volontaires, ne peuvent se soustraire aux effets de l’habitude qui les réduit tous les deux à X indifférence.