CHAPITRE XIH
prêter à la lecture des pages les plus éloquentes, ne peut contempler l’objet le plus séduisant, lorsque depuis long-temps ii est ouvert à la lumière: fatigué de ses rayons, il réclame l'ombre bienfaisante de la nuit, et le sommeil abaissant ses paupières étend sur lui le voile qui va le soustraire à tout exercice. L’organe reprend dans cet heureux repos la force nécessaire pour revenir à de nouvelles contemplations. Supposons l’oreille frappée par les sons du plus harmonieux concert, ses fibres délicates ne résisteraient pas à des émotions trop prolongées, sa sensibilité serait bientôt usée, si un silence absolu ne la disposait à de nouvelles impressions. L’odorat, tenu dans une excitation continuelle par l’usage ou l’abus des poudres sternutatoires, devient bientôt insensible au parfum exhalé des fleurs les plus suaves. Le goût, dont trop de mets ont fatigué l’exercice, est incapable de distinguer les saveurs, tant qu’un repos nécessaire ne lui a pas rendu sa délicatesse. Les papilles nerveuses, qui donnent au tact tant de promptitude à percevoir ies sensations, ne le rendraient plus sensible, si le toucher n’était momentanément suspendu.
Ainsi tons les organes, tous les sens destinés à favoriser et maintenir nos relations avec les objets extérieurs , ne peuvent soutenir une continuité d’action. La providence a voulu que le besoin indispensable du repos fût attaché à l’exercice des fonctions les plus importantes, comme aux jouissances des plaisirs les plus délicats.
Le repos physique ou moral est toujours un bien lorsque les lois de la nature ou celles de la sagesse en règlent la durée. Toutefois, l’excès aurait aussi ses dangers, les muscles per draient leur souplesse , les nerfs leur sensibilité, les sens leur finesse; les fonctions languissantes seraient mal exécutées , les facultés morales s’éteindraient, si un exercice fréquent, mais sagement modéré, ne succédait au repos, et n’en abrégeait la durée.
Le repos le plus absolu que l’homme puisse prendre, n’a lieu que pendant le sommeil ; cet état, qui met une interruption momentanée dans la communication des sens avec les objets extérieurs , peut être défini : le repos des organes des sens et des mouvements volontaires.
Les causes d’excitation auxquelles nos or-
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ganes sont soumis durant la veille, tendent à en accroître progressivement l’action; les battements du cœur, par exemple, sont bien plus fréquents le soir que le matin, et ce mouvement, graduellement accéléré, serait bientôt porté à un degré d’activité incompatible avec la conservation des organes, si le sommeil ne modérait chaque jour cette force d’action, et ne la ramenait au terme convenable.
Pendant le sommeil, les fonctions intérieures s’exécutent : la circulation, la respiration, la digestion, l’absorption, les sécrétions, la nutrition, s’opèrent; les unes, comme l’absorption et la nutrition, avec plus d’énergie que pendant la veille, tandis que les autres sont manifestement ralenties. Durant le sommeil, le pouls est plus lent et plus faible, les inspirations sont moins fréquentes, la transpiration insensible, et toutes les autres humeurs émanées du sang, sont séparées en moindre quantité; l’absorption est, au contraire, fort active; de là le danger de s’endormir au milieu d’un air insalubre. On sait que les fleuves marécageux, qui rendent si malsaine la campagne de Rome , occasionnent presque infailliblement
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des fièvres intermittentes, lorsqu’on y passe la nuit, tandis que les voyageurs qui la traversent sans s’y arrêter, n’en ressentent aucune atteinte.
L’homme et les animaux sont soumis à l’alternative du sommeil et de la veille. Veiller, c’est exercer les fonctions qui nous mettent en rapport avec les objets dont nous sommes environnés, sentir, penser, se mouvoir; dormir, c’est ne plus recevoir les impressions extérieures, c’est ne plus vivre que pour soi-même. Ce retour régulier du sommeil répare les forces et est une cause puissante de la conservation de la santé. On ne tarde point à éprouver de grands désordres lorsqu’il est supprimé.
Comme le sommeil est extrêmement remarquable par ses effets et ses phénomènes, les médecins, les physiologistes et les philosophes ont cherché de tout temps à connaître sa nature, à donner une histoire exacte des changements qui ont lieu dans l’animal pendant sa durée. Le succès était subordonné aux progrès de l’anotomie et de la physiologie; peu versés dans ces sciences, les anciens et les modernes, jusqu’à Boerhaave et Haller, n’ont eu qu’un