CHAPITRE xnr
petit nombre d’idées justes sur le sommeil. Quelques philosophes l’ont comparé à la mort. Homère a joint à son nom le mot airain , pour désigner l’insensibilité et l’immobilité qui sont deux de ses plus remarquables phénomènes; il observe ailleurs que le sommeil est d’autant plus doux, que le réveil est plus difficile et les apparences de la mort plus grandes; enfin, c’est lui qui a fait le sommeil et la mort jumeaux. Mais le sommeil, qui paraît un état purement passif, une espèce de mort, est, au contraire , le premier état de sommeil vivant, et le fondement de la vie. Ce n’est pas un anéantissement, c’est une manière d’être, une façon d’exister tout aussi réelle et plus générale qu’aucune autre. Nous existons de cette façon avant d’exister autrement, puisque nous naissons, pourainsi dire, endormis, que tous les êtres
organisés qui n’ont point de sens existent de cette façon, qu’aucun n’existe dans un état de mouvement continuel, et que l’existence de tous participe plus ou moins à cet état de repos.
Avant de chercher à déterminer en quoi consiste le sommeil, nous allons commencer par décrire ses phénomènes.
s3o DU REPOS ET DU SOMMEIL.
Les causes du sommeil ont été long-temps ignorées , sa nature l’est encore , mais ses phénomènes extérieurs sont connus depuis un grand nombre de siècles, par les peintres, les poètes et les philosophes. Buffon a fait en peu de lignes une brillante description du sommeil; l’homme qu’il anima de son génie raconte lui-même ce qu’il a éprouvé : « Une langueur « agréable s’emparant peu-à-peu de tous mes « sens, appesantit mes membres, et suspendit « l’activité de mon ame; je jugeai de son inac- « tivité par la mollesse de mes pensées ; mes « sensations émoussées arrondissaient tous les « objets, et ne me présentaient que des images « faibles et mal terminées; dans cet instant, « mes yeux, devenus inutiles, se fermèrent, et « ma tête n’étant plus soutenue par la force « des muscles, pencha pour trouver un appui « sur le gazon. Tout fut effacé, tout disparut, « la trace de mes pensées fut interrompue, je « perdis' le sentiment de mon existence : ce « sommeil fut profond, mais je ne sais s’il fut « de longue durée , n’ayant point encore l’idée « du temps, et ne pouvant le mesurer; mon « réveil ne fut qu’une seconde naissance, et