CHAPITRE XIII
« je sentis seulement que j’avais cessé d’ètre. » Le passage de la veille au sommeil est parfaitement décrit dans cette ingénieuse fiction. Ainsi, aux approches du sommeil, les sens deviennent peu susceptibles d’impressions , le cerveau ne réagit plus sur les sensations, les facultés intellectuelles s’affaiblissent graduellement, la voix devient faible et peu sûre, la force musculaire diminue, les yeux se ferment involontairement, et l’on cherche des appuis propres à soutenir le corps; la respiration ne se fait plus avec la même énergie; la circulation se ralentit dans les poumons; de là la stagnation du sang dans les cavités droites du cœur, et un sentiment de malaise que le bâillement fait cesser momentanément , par la longue aspiration qui l’accompagne ; enfin l’homme cesse d’agir, s’endort, et n’a plus le sentiment de son existence.
On a distingué trois périodes dans le sommeil : la première est le passage de la veille au sommeil ( somnolence ); la seconde, le sommeil complet; la troisième, le passage de cet état à celui de la veille (réveil.)
Le sommeil est léger , lorsqu’une faible exci-
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tation le trouble; il est profond , lorsqu’une stimulation énergique est indispensable pour produire le réveil.
L’homme ne s’endort pas tout d’un coup; mais le sommeil s’empare de lui promptement dans les circonstances où, accablé par une longue veille, il cesse de cherchera la prolonger. Certains individus s’endorment avec une facilité étonnante; d’autres, au contraire, n’y parviennent qu’après un temps très-long, quoiqu’ils aient beaucoup veillé et fatigué les organes des sens et des mouvements volontaires.
Le besoin du sommeil est chez certains sujets tellement impérieux, qu’on a vu des soldats, après plusieurs jours de veille, se coucher pendant une action sous des canons démontés, et dormir tout le temps de la bataille, malgré le bruit et les dangers qu’ils couraient. Des malheureux, épuisés par de longues insomnies, ont trompé la rage de leurs bourreaux, en dormant au milieu des souffrances de la torture.
Tous les animaux connaissent le besoin du sommeil; ceux des quadrupèdes qui vivent avec l’homme, s’y livrent sous ses yeux fré-
Cil A PITli I. XIII.
quemment et long-temps; ceux qu’il n’a pu dompter reposent dans le silence des forêts.
Lacépède dit que lorsque les poissons, dans le moment où ils commencent à s’endormir, ont leur vessie natatoire très-gonflée et remplie d’un gaz très-léger, ils peuvent être soutenus à différentes hauteurs par leur seule légèreté, glisser sans efforts entre deux couches de fluide, et ne pas cesser d’être plongés dans un sommeil paisible, qui n’est point troublé par un mouvement très-doux, et indépendant île leur volonté. Néanmoins, ajoute ce célèbre naturaliste, leurs muscles sont si irritables, qu’ils ne dorment profondément que lorsqu’ils reposent sur un fond stable , que la nuit règne, ou , qu’éloignés de la surface des eaux et cachés dans une retraite obscure, ils ne recoivent presque aucun rayon de lumière dans des yeux qu’aucune paupière ne garantit, qu’aucune membrane clignotante ne voile, et qui, par conséquent, sont toujours ouverts.
Les reptiles, les insectes, les zoophites, sont asservis au besoin du sommeil.
Aussitôt qu’on éprouve la nécessité du sommeil, on cherche une attitude convenable; en
effet, si le sommeil est un état de repos, la position qui le favorisera davantage sera celle dans laquelle le relâchement des muscles sera plus grand. Aucune n’est moins pénible que le décubitus sur le dos; aussi elle est choisie de préférence par les personnes fatiguées. En dormant, le corps est fort rarement allongé dans une rectitude parfaite, et, presque toujours, il est abandonné à la prédominence des muscles fléchisseurs sur les extenseurs, c’est-à-dire qu’il se trouve dans un état de demi-flexion. Au reste, on change plusieurs fois d’attitudes pendant le sommeil, et celle que l’on choisit pour s’endormir est rarement celle que l’on conserve en dormant; comme la plus commode devient gênante lorsqu’elle a été gardée un certain nombre d’heures, nous la remplaçons par une autre, ordinairement sans nous en apercevoir.
L’homme ne peut dormir debout, le maintien de la rectitude de la colonne vertébrale exige le concours d’action d’un grand nombre de muscles sur lesquels le sommeil exerce son empire; une chute serait donc inévitable si l’on essayait de dormir ainsi, car tous les mus-