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CHAPITRE XIII

L’intensité du sommeil varie suivant les individus : certains se réveillent au bruit le plus léger; d’autres, profondément endormis, n’entendent pas les détonnations les plus fortes, même celles du tonnerre. Ce sommeil est, au reste, beaucoup plus profond pendant les premières heures du repos que pendant les dernières.

Les sensations internes, la faim et la soif, sont suspendues, ou du moins ont perdu la plus grande partie de leur intensité, pendant le sommeil qui , prolongé un jour entier, soutient les forces un jour entier, quoique les voies digestives ne contiennent aucun aliment. C'est sans doute ce résultat qui a donné lieu au proverbe: Qui dort, dîne.

Pendant le sommeil, ceux des actes de la digestion qui exigent le concours de la volonté, sont suspendus : la mastication, la déglutition , ne peuvent s’exercer ; les évacuations alvines sont retardées; cependant tous les phénomènes intermédiaires de la digestion s’exercent, et on a tout lieu de présumer qu’alors la conversion des aliments en chyle est plus facile.

La distention de l’estomac par les aliments sollicite le sommeil chez le plus grand nombre des individus, non pas chez tous, car plusieurs ne sauraient dormir s’ils se couchaient immédiatement après le souper.

Lorsque l’homme est endormi, le repos de ses sens , de ses organes locomoteurs , de ses facultés intellectuelles, favorise les fonctions de l’estomac et des intestins : l’activité de ces viscères s’accroît de l’inertie des organes qui établissent des relations entre l’animal et les objets extérieurs. 11 est difficile de préciser le degré d’énergie que le sommeil donne à la nutrition; les phénomènes de cette fonction se succèdent si lentement, qu’on ne peut en remarquer les effets qu’après plusieurs jours, et non après un petit nombre d’heures. La maigreur tient moins à la diminution de volume des organes qu’à la soustraction de la graisse qui circule dans le tissu cellulaire, et elle succède très - rapidement aux veilles prolongées. Au contraire, le sommeil habituellement trèsprolongé paraît disposer à l’embonpoint.

La respiration est modifiée pendant le sommeil : elle est ralentie, moins parfaite, mais

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elle est. plus profonde, plus égale; ce bruit qu’on nomme ronflement , paraît dépendre du balottement que l’air imprime au voile du palais. Des physiologistes ont placé son siège dans le larynx, d’autres dans l’isthme du gosier; ainsi sa cause, comme son siège, n’est pas déterminée avec beaucoup d’exactitude. Dans le chat, animal chez lequel il présente un caractère particulier qui le distingue de celui de l’homme endormi , il paraît dépendre de la structure particulière des fosses nasales. Le ronflement présente, au reste, beaucoup de variétés : très-fort chez certains individus, il est imperceptible chez d’autres. Ceux-là font entendre ce bruit pendant toute la durée de leur sommeil; ceux-ci seulement pendant quelques heures. Il est modifié par l’état de liberté ou d’oblitération des fosses nasales. On peut dire, d’une manière générale, que le ronflement est un effet de l’imperfection de la respiration.

Pendant le sommeil, les fonctions animales sont dans un repos parfait; cependant, si l’esprit a été occupé fortement de quelque pensée, ou de quelque action pendant la veille, la mé-

ll\0 DU REPOS ET DU SOMMEIL.

moire et l’imagination associent des idées incohérentes et bizarres : tels sont les rêves , que le réveil dissipe. D’autres fois , les idées sont liées entre elles, mieux senties, et ont une apparence de raison : dans ce cas , elles prennent le nom de songes ; la mémoire de ceux-ci se conserve encore après le réveil.

Le sommeil exerce une influence marquée sur la température du corps humain , et refroidit le sang. L’homme le plus robuste prend froid en dormant, s’il n’est pas mieux couvert que durant la veille; tandis qu’il supporte, lorsqu’il est éveillé, un froid qui lui donnerait la mort s’il dormait.

La durée naturelle du sommeil varie suivant lage, le sexe, la constitution et les habitudes. Le sommeil des enfants est plus long que celui des adultes. En général, plus un individu est jeune et faible, et plus il dort long-temps et profondément; mais, lorsque les années et une bonne constitution augmentent ses forces, son sommeil devient plus court et plus léger. L’homme, dans l’âge viril, dort moins que l’adulte; le vieillard, ramené par l’âge à un état analogue, sous quelques rapports, à celui de

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