CHAPITRE XIII
inductions, tirées de ce fait, sembleraient prouver que les hommes méchants dorment moins profondément que ceux qui sont bons.
La cause générale qui provoque le besoin du sommeil est l’exercice prolongé des fonctions qui nous mettent en relation avec les objets dont nous sommes environnés, d’où suit la lassitude des organes qui appartiennent à ces fonctions.
La nature semble avoir fait coïncider l’alternative de la veille et du sommeil avec celle du jour et de la nuit. Le Lapon consomme en dormant une grande partie du temps pendant lequel son climat le condamne à vivre dans les ténèbres.
Cependant le sommeil n’est pas une conséquence de la nuit ; quelques animaux veillent la nuit et dorment le jour; l’homme a pris plusieurs fois la même habitude sans inconvénient, et il n’y a point de rapport nécessaire de l’un à l’autre , mais seulement coïncidence.
La nuit invite au sommeil, parce qu’alors les causes d’excitation qui ont agi pendant la veille sur les organes des sens de l’intelligence
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et des mouvements volontaires, et fatigué ces mêmes organes, cesse d’exister plus ou moins complètement. Ces organes s’endorment, nonseulement parce qu’ils sont las, mais encore parce qu’ils ne sont plus excités.
Le frais sollicite l’assoupissement , et le froid rigoureux détermine un besoin de dormir trèsimpérieux, qui, s’il était satisfait, conduirait à une mort infaillible. Il importe beaucoup , dans ces circonstances, de le combattre, et l’exercice est le principal moyen de lui résister; il sauva de la mort plusieurs soldats de Xénophon , qui , éprouvant un froid extrême , étaient pris d’un besoin presque irrésistible de dormir. Boerrhaave, qu’un froid rigoureux invitait au sommeil de la manière la plus pressante , quoiqu’instruit de l’imminence du danger, ne parvint à l’éviter qu’avec une peine extrême. Le docteur Solander, surpris, dans l’une de ses savantes excursions, par un froid très-vif, voulait absolument céder au besoin de dormir malgré toutes les représentations de ses amis, qui lui sauvèrent la vie en le contraignant à faire de l’exercice. Le froid provoque le besoin du sommeil par son action sur les nerfs qu’il