CHAPITRE XIII
leurs accès les plus considérables, l’effusion d’une grande quantité de larmes apaise les violentes douleurs morales, et le sommeil les suit facilement.
Le sommeil léthargique qui s’empare de plusieurs quadrupèdes vivipares pendant l’hiver, est un phénomène fort remarquable : ils ont perdu toute sensibilité , ils respirent à peine, leur circulation est imperceptible, leur chaleur naturelle considérablement diminuée, et cependant ils vivent. Cette léthargie ajoute même à la durée de leur existence ; aussitôt que les circonstances qui Font produite disparaissent , l’animal se réveille , et toutes ses fonctions entrent en exercice de nouveau. En Islande , les brebis abandonnées passent six mois de l’hiver endormies sous la neige et les broussailles; des ours, plusieurs espèces de rats, les loirs, les hérissons, les marmottes, les taupes, dorment pendant la plus grande partie de l’hiver.
Le sommeil peut être figuré chez l’homme par la léthargie , certaines asphyxies , et K apoplexie; mais, dans ces divers états pathologiques, le sommeil n’est qu’apparent, et ne doit
2 5o DU REPOS ET DU SOMMEIL.
être considéré que comme une espèce de paralysie générale.
L’homme peut, par divers moyens, prolonger et tromper le besoin du sommeil; une ferme résolution suffit quelquefois. En exécutant avec ardeur des travaux physiques, en exerçant beaucoup les muscles, on prolonge plus facilement la veille qu’en se livrant à des travaux intellectuels. Des objets capables d’exciter vivement les sens, un bruit aigu et inattendu, une lumière éclatante, peuvent éloigner le besoin du sommeil. Ce besoin perd de son énergie aussitôt que nous avons dépassé l’heure ordinaire à laquelle nous y cédons; enfin on peut encore le tromper, en s’abandonnant à lui pendant quelques instants, dans une position qui ne permet pas un sommeil de longue durée.
Une forte affection de l’ame , une vive douleur, certaines boissons stimulantes, comme le café, par exemple, sont des causes très-ordinaires de l’insomnie.
Le sommeil fuit les soucis rongeurs, il délaisse l’ambitieux; il aime les hommes paisibles et les consciences tranquilles.
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Le réveil est la cause naturelle de la fin du sommeil. 11 est déterminé par les sensations internes qui nous avertissent de nos besoins, principalement de celui des évacuations alvines, et par les excitants externes, spécialement le retour du bruit et de la lumière. L’influence de l’habitude décide aussi le retour de la veille. Mais le réveil ne paraît pas dépendre constamment d’une excitation, soit interne, soit externe, et il est quelquefois extrêmement difficile de l’attribuer à une cause connue.
On observe peu de phénomènes intermédiaires entre le sommeil et le réveil; mais celui-ci laisse ordinairement après lui une sensation plus ou moins incommode et fatigante.
L’homme qui va s’éveiller n’ouvre pas brusquement les yeux, il les frotte avec ses mains. Ce mouvement involontaire peut être nuisible, spécialement après l’opération de la cataracte; aussi , quelques chirurgiens, pour prévenir ses effets, ont-ils la précaution de lier les mains de leurs opérés.
Certains individus éprouvent en se réveillant quelque peine, et même de la douleur, pour ouvrir les paupières.
Le bâillement est un effet remarquable du réveil; il est involontaire, et répété ordinairement plusieurs fois. Camper raconte qu’une femme bâillait si fort en se réveillant , que la mâchoire inférieure était luxée quelquefois.
Au moment du réveil, la respiration et la circulation reprennent leur type naturel; mais les battements du cœur sont d’abord fort vifs, grands, et ne reviennent qu’après quelques instants à leur état ordinaire.
Il faut un certain temps après le réveil pour que le cerveau ait récupéré toute son énergie, l’attention sa force , le jugement sa netteté , et ce temps est, chez quelques individus, assez long.
Tels sont les phénomènes que présente l’histoire du sommeil, que nous ne pouvons mieux terminer qu’en donnant un aperçu du somnambulisme et du magnétisme animal.
Somnambulisme , veut dire : dormir en se promenant. C’est un état intermédiaire entre la veille et le sommeil, dans lequel la mémoire, l’imagination et les sens sont dans une sorte d’exercice imparfait, ou d’activité partielle.
Lorsque nous nous endormons , le sommeil