‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 150 sur 182 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

sont point constantes : souvent elles n’existent point , ou elles se confondent dans l’espace d’un petit nombre d’années; d’autres fois elles dépassent le terme ordinaire, et se prolongent indéfiniment chez certains individus heureusement constitués; en général, elles reçoivent dans leur durée des modifications dépendantes d’une foule de causes qu’il serait trop long de détailler ici , et qui expliquent pourquoi l’on observe, par exemple, des individus décrépits avant soixante ans , et d’autres qui ne le deviennent qu’après quatre-vingt-dix.

Abstraction faite des causes accidentelles qui peuvent abréger l’existence, la longueur de la vie est presque toujours proportionnelle à la quantité qu’on a reçue et à celle qu’on a dépensée; elle est surtout en rapport avec la durée de l’accroissement du corps. Ainsi, plus les périodes seront lentes, plus le cercle de la vie s’étendra.

L’expérience a fait connaître que l’homme, plus encore que les mammifères, pouvait vivre six à sept fois le temps qu’il mettait à s’accroître jusqu’à la puberté. Or, comme il devient pubère vers l’âge de quatorze ans en-

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DES AGES

viron, sa vie peut s’étendre jusqu’à cent ans et bien au-delà; s’il n’atteint pas souvent ce grand âge, c’est encore plus sa faute que celle de la nature, puisque ses passions, ses excès et les maladies qui en sont la suite, abrègent extrêmement ses jours.

Il existe de nombreux exemples de longévité dans notre espèce ; que sert toutefois que le terme de la vie soit reculé, quand on ne peut plus goûter les douceurs de l’existence, et pourquoi boire à longs traits la lie amère du vieil âge? Il n’y a de bon que le milieu de notre carrière, encore est -il rempli des plus fortes passions et des plus pénibles travaux. Peut-être que si nous savions mieux employer notre temps, nous aurions moins de regrets de le voir s’écouler? combien de jours perdus pour le bonheur ! car si nous séparons de notre existence toutes les années de sommeil ou d’indolence, toutes les infirmités de l’enfance et la caducité chagrine de la vieillesse ; si nous retranchons les temps de maladies, ceux de fatigue que nous avons éprouvés, les heures perdues dans l’ennui, le désœuvrement, les soucis et toutes les douleurs

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