‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 151 sur 182 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

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de l’ame, il nous restera à peine quelques journées de plaisir. Un auteur a calculé qu’une vie moyenne produisait à peu près trois années de bonheur délayés dans soixante à quatre-vingts ans de misères ou d’insipidité.

Heureusement pour l’homme, tout est songe, illusion, ou inconséquence, en sa conduite; c’est comme un sommeil plus ou moins profond, que l’accoutumance nous rend supportable, et dont nous ne sommes désabusés, qu’à l’époque où il va cesser. Vivre, ce n’est pas végéter, traîner de longues journées dans l’apathie , c’est penser , c’est sentir , c’est agir. Tel homme de quatre-vingts ans n’a pas vécu dix années de sa vie. Que de journées perdues dans les illusions des sens, et combien d’humains ne s’éveillent qu’à l’heure de la mort!

Tant que nous proportionnons nos besoins et nos désirs à la sphère de nos moyens et de nos facultés, nous pouvons vivre heureusement et longuement; mais lorsque, sortant de notre condition, nous voulons nous étendre par delà nos véritables bornes, nous sommes infortunés, parce que nous sentons toute notre impuissance et le joug inflexible de la néces-

DES AGES

sité : tel berger vit content toute sa vie , qui serait inconsolable s’il avait été roi. Dans un état au-dessous de la médiocrité, on peut jouir de ce bonheur qui prolonge la santé et la vie plus que chez les enfants des rois, par cette bienfaisante habitude qui nous fait trouver la félicité dans nous-même , en quelque circonstances que nous ait placé la fortune.

Ainsi , un homme très-malheureux trouvera les moindres plaisirs extrêmement vifs, tandis qu’un homme constamment heureux n’en sera pas seulement effleuré. Tel mourant de faim trouve une volupté inexprimable à dévorer un aliment grossier, tandis qu’un gastronome, rassasié de bonne chère , ne rencontre partout que dégoût. Pour le premier , la vie paraîtra très-courte, en raison de ses désirs et de ses plaisirs; pour le second, elle semblera fort longue, par la satiété et l’ennui dont elle aura été accompagnée.

On sait fort bien que l’art macrobiotique , ou de prolonger la vie, consiste dans \ abstinence de tous les excès , même de ceux du bien , puisque la santé, le plus précieux des dons, et sans lequel on ne saurait jouir de tous les au-

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