CHAPITRE XV. 3‘A
nent, et cet espoir, que tous peuvent avoir, est au moins un dédommagement pour ceux qui n’y arriveront pas.
Laissons-nous donc conduire à la bonne nature et aux simples goûts qu’elle inspire, autant que le comportent les choses humaines et nos conventions sociales. En écartant de nous toutes les passions ardentes, la colère et surtout la haine, l’envie, la jalousie, les vengeances, nous passerons de plus durables et de plus heureux jours.
La modicité des biens, le doux loisir, une vie tempérante et active, et, ce qui l’embellit sans cesse de nouveaux charmes, la paix de l’ame, un cœur noble et généreux, de vrais amis , dont la société s’acquiert par un caractère bienfaisant: voila des biens inestimables et les plus conformes à notre condition mortelle, les plus capables de prolonger notre course. Il est rare, quoi qu’on dise, que le méchant subsiste long-temps, car il ne saurait être aimé, ni par conséquent heureux en ce monde, où la nature a voulu que nous ayons besoin du secours les uns des autres. Heureux celui qui coule de douces journées au sein de ses de-
DES AGES
voirs, de sa famille, qui fait le bien, vit content de peu, mais dans l’indépendance; car quelle chaîne ne devient pesante à porter? De longues années attendent l’homme libre et satisfait de son sort, et sa carrière est une suite non interrompue de félicité.