CHAPITRE XVI
DE LA MORT
L'homme sait il est vrai qu’il est né pour mourir, Mais, lorsqu'à sou esprit cet arrêt vient s’offrir, D’un avenir heureux son ame possédée,
Joint un espoir flatteur à celte affreuse idée.
Un nuage éternel lui dérobant le jour Où la mort doit venir l’enlever sans retour ,
Cet objet menaçant est d’autant moins terrible Qu’éloigné de nos yeux , il est presque invisible; De concert avec nous, habile à se cacher,
Il approche toujours, sans paraître approcher.
PorE.
Parvenu à l’extrême vieillesse, l’homme n’a plus que la Mort à attendre : c’est le dernier terme de son existence physiologique.
En vain les secours de l’art tâchent d’en reculer l’instant; mais ni la puissance, ni la fortune ne peuvent l’arrêter, et la mort est le moment où la nature prouve le mieux l’égalité des hommes.
DE LA. MORT
La mort naturelle est donc un résultat nécessaire de la nature des êtres vivants; chaque année enlève au vieillard quelqu’un de ses rapports avec ses semblables; il' meurt en détail : la chute des cheveux qui blanchissent, l’affaiblissement de plus en plus considérable de l’imagination, de ia mémoire, du jugement, surtout des sensations; le dépérissement rapide du corps, la débilité des muscles, la difficulté, la lenteur des mouvements, l’extinction de la voix, avertissent l’homme avancé en âge de se préparer à subir l’arrêt commun à tous les êtres vivants. Ses yeux distinguent à peine les objets ; son oreille reçoit faiblement les rayons sonores ; son odorat est émoussé; il est privé presque entièrement du toucher et du tact; cependant le goût se soutient encore avec quelque énergie, tandis que l’appareil digestif conserve une activité trèssupérieure à celle des autres fonctions ; il vit en lui-même, son existence est tout intérieure. Sans désirs, désabusé de toutes les illusions, étranger à toutes les impressions vives, le vieillard s’isole de plus en plus des hommes, il cherche le repos ; ses membres roidis ne lui