‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 164 sur 182 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

reur la mort s’approcher : de grands rois , de grands capitaines se sont illustrés par une mort admirable ; des hommes vertueux condamnés au dernier supplice, ont marché à l’échafaud avec un courage que leurs bourreaux n’avaient pas.

On ne peut fixer rigoureusement l’époque à laquelle survient la mort naturelle ; le genre de vie contribue beaucoup à abréger ou à prolonger la vie. La plupart des individus qui sont morts dans un âge très-avancé s’étaient livrés continuellement à des travaux pénibles. La nature du climat , les passions retardent ou accélèrent le moment de la mort ; certaines races humaines ont en général une vie courte : les Nègres, les Hottentots vivent moins longtemps que les Européens.

L’état de l’homme en naissant ne peut servir qu’à établir des probabilités plus ou moius fondées sur la durée de sa vie : tel individu qui vient au jour mourant, et qui traîne dans les douleurs une existence débile, ne meurt cependant que dans un âge très-avancé. C’est le régime, c’est l’emploi bien entendu des règles hygiéniques qui éloignent l’époque de la

1)E LA MOUT

mort naturelle. Pour vivre long-temps, disait Fontenelle, il faut avoir un bon estomac et un mauvais cœur.

Mourir est pour les êtres vivants une loi générale de l’univers , et les végétaux y sont soumis comme les animaux et l’homme. Telle plante dans la même année naît, se développe, porte des fruits et meurt; telle autre, après avoir éprouvé pendant l’hiver une mort apparente, renaît au printemps suivant, fleurit encore, et lorsque son fruit est parvenu à sa dernière maturité, perd son feuillage qui d’abord a jauni, se dessèche et meurt enfin pour jamais; mais les grands végétaux résistent longtemps aux causes qui tendent à les détruire; ils vivent plus long-temps que les animaux, ils paraissent immortels , et cependant à l’époque où la couche qui se développe chaque année cesse de se produire , lorsque la végétation s’affaiblit dans ce colosse , plusieurs branches ne produisent qu’un petit nombre de bourgeons et point de fleurs; les branches voisines, les années suivantes, cessent également de porter des fruits; enfin l’arbre est mort, et l’humidité, le froid, une putréfaction

CUAPITKF. XVI.

lente et continuelle détachent les branches , renversent le tronc et font enfin disparaître jusqu’aux moindres vestiges de cette masse immense qui avait vécu tant de siècles.

Les animaux vivent moins que ces grands arbres qui bravent le temps et les intempéries des saisons; mais plusieurs vivent beaucoup plus long-temps que l’homme; tous meurent enfin : comme les végétaux ils sont décomposés par la putréfaction, et leurs éléments isolés vont concourir à la formation de nouveaux êtres. Tout meurt et rien n’est perdu dans la nature; plus compliqués dans leur organisation que les plantes, les animaux sont décomposés plus tôt : l’hydrogène, l’oxigène, le carbone et l’azote sont la base des substances animales; et l’azote manque à la plupart des végétales. Lorsque l’eau et l’air favorisés par une certaine température agissent sur les corps organisés, ceux-ci perdent leur forme, dégagent divers gaz et cessent enfin complètement d’exister dans un temps plus ou moins long. La mort, dans un sens général, n’existe pas en quelque sorte, si on la considère comme l’anéantissement d’un être doué de la vie ; ce

DE LA MORT

corps que l’ame vient de quitter a tous ses principes constituants; ces principes vont subir de nouvelles combinaisons, et la nature vivante n’est , dans un sens rigoureux , qu’une métamorphose continuelle et variée à l’infini dans ses modes : ainsi le système de Pythagore, absurde dans l’application qu’en a faite ce grand philosophe, est fondé sur une idée première qu’on ne saurait trop admirer.

Mais par quelle cause, comment les éléments de ce corps organisé qui se décompose, vontils former d’autres combinaisons ? l’oxigène, l’hydrogène, le carbone et l’azote, base des tissus de ce cadavre humain, se dégagent dans l’air atmosphérique, où ils formeront de nouveaux composés, ou entrent dans l’organisation de ces végétaux, qui eux-mêmes subiront des transformations nouvelles. Quellejoi préside à tous ces changements? avouons notre ignorance et admirons le pouvoir de l’artisan suprême, qui a dérobé toutes les causes premières à noire curiosité. Savons-nous ce que c’est que la vie? le scapel des anatomistes at-il pu découvrir le siège de l’ame ? tout est mystère dans la nature, tout confond notre in-

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