CHAPITRE XVI
longe d’autant plus, que la composition est plus simple, ses principes constituants moins nombreux et moins volatils.
Pour que la putréfaction s’établisse dans un corps, il faut qu’il soit absolument privé de vie ; qu’il se trouve dans une température douce , c’est-à-dire , au-dessus de dix degrés du thermomètre de Réaumur ; qu’une certaine humidité puisse le pénétrer, et qu’il soit exposé au contact de l’air. Au contraire, un froid glacial ou une chaleur excessive et voisine du degré d’ébullition empêchent la putréfaction; le premier, en condensant les parties; la seconde, en leur enlevant cette humidité dont l’absolue privation explique la conservation des momies égyptiennes.
Lorsque les circonstances propres à établir la putréfaction se trouvent réunies, les matières animales se ramollissent si elles sont solides, deviennent plus tenues, si elles sont liquides, leur couleur s’altère et tire plus ou moins vers le rouge brun ou le vert foncé; leur odeur surtout prend un cacactère trèsremarquable ; après avoir été un instant fade, elle contracte une fétidité insupportable; une
ÜL LA MOUT.
odeur ammoniacale temporaire s’y mêle bientôt et lui ôte un peu de son excessif désagrément ; mais elle persiste, en grande partie du moins, pendant presque tout le temps de la putréfaction. Les liquides se troublent et se remplissent de flocons, les parties molles se fondent et se transforment en une espèce de gelée et de putrilage ; on observe un mouvement lent, un boursouflement léger qui soulèvent la masse ; et qui sont dus à des bulles de fluides élastiques qui se dégagent en petite quantité à la fois. Outre le ramollissement général de la substance animale solide, il s’en écoule une sérosité de diverses couleurs qui va en augmentant; peu à peu toute la matière fond, le boursouflement cesse, la couleur se fonce, à la fin l’odeur devient souvent comme aromatique et se rapproche même de celle qu’on nomme ambrosiaque. Enfin la substance animale diminue de masse, ses éléments s’évaporent et se dissolvent, il ne reste qu’une sorte de terre grasse, visqueuse, encore fétide.
Dans la terre, les matières animales subissent une décomposition putride qui se modifie suivant le terrain : comme il y a toujours une
CHA.PITUE XVI.
humidité plus ou moins abondante, elles tendent au gras qui n’est pas de l’ adipocire , comme le croyait Fourcroy , mais une espèce de savon ammoniacal, d’après M. Chevreul , composé de la graisse du cadavre et de l’ammoniaque qui se dégage des matières animales. Il faut à peine six semaines pour transformer en gras un cadavre dans l’eau; il faut un an ou dix-huit mois dans le sein de la terre.
La destruction des cadavres dans la terre est avancée par une circonstance dont les auteurs ne parlent pas, bien que la connaissance en soit populaire : Ce sont les vers qui s’y développent et qui , sans doute , s’en nourrissent; au bout de dix à vingt jours, et peutêtre avant, il naît sur les corps ensevelis de petits vers blancs qui paraissent être les larves de la mouche-carnière ; il est probable que ces vers proviennent de la ponte que cet animal, qui ne manque jamais d’arriver là où il sent de la chair qui tend à la putréfaction , aura faite sur le cadavre , et dont le développement a lieu ensuite.
Il y a, au surplus, une différence essentielle entre la putréfaction qui a lieu à l’air et celle
DJE LA MORT.
qui se passe en la terre ; dans le premier cas , une portion de la substance animale entière est enlevée et dissoute par l’atmosphère ; les produits qui se volatilisent sont également emportés et dissous par l’air. La destruction totale et complète , sauf un léger résidu terreux que les pluies dissolvent ou vont pénétrer en terre, s’opère avec plus ou moins de rapidité, et les événements de cette composition sont très-rapprochés les uns des autres. Sous terre, au contraire, les altérations sont lentes et successives; l’air n’ernporte point les produits qui se forment ; tout est concentré ; le résidu est considérable , et il faut vingt fois plus de temps pour achever la destruction des matières animales. On retrouve par fois des cadavres encore presque entiers au bout de quinze et vingt ans, mais ordinairement il faut six années pour que leur destruction ait lieu , sauf les os qui demandent le double de temps, au moins, pour disparaître. Au surplus, chaque partie ou tissu différent a une putréfaction qui offre quelque variété dans la durée et les phénomènes de la septicité.
La décomposition putride donne naissance à