‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 46 sur 182 · CH A. PITRE V · texte numérisé non relu

CH A. PITRE V

Dans aucune langue il n’y a de terme pour exprimer l’action par laquelle l’homme met fin à ses jours, et le mot suicide , qui manquait pour désigner une action devenue malheureusement trop fréquente, fut créé dans le dernier siècle par le fameux Desfontaines.

Les mœurs , les croyances religieuses , les lois ont singulièrement contribué à modifier l’opinion des peuples sur le meurtre de soimème, et à rendre cette action plus ou moins fréquente. Les philosophes anciens n’ont pas été d’accord : les uns, Démétrius et Zénon à leur tète , non-seulement l’ont approuvé, mais l’ont justifié par leur exemple; quelques autres, tels que Platon, Cicéron, ont eu des opinions incertaines ; le plus grand nombre , avec Pythagore, Socrate, condamnent le suicide. La législation a varié aussi chez divers peuples, et même dans le même pays. Là, le suicide est autorisé par la loi; ici, il n’est toléré que dans des circonstances déterminées; ailleurs, il est condamné comme un crime. Toutes les lois de l’Europe moderne et civilisée , même le Coran, condamnent et flétrissent l’homicide de soi-mème. Cependant, l’opinion qui fait re-

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garder le suicide comme l’effet d’une maladie ou d’un délire, semble avoir prévalu de nos jours, même contre le texte des lois et les anathèmes du christianisme.

Le meurtre de soi-même a lieu dans des circonstances si opposées, il est déterminé par des motifs si divers, qu’on ne peut le confondre sous une même dénomination. Quelque variés que soient les motifs et les circonstances qui font prodiguer la vie et braver la mort, presque toujours ils exaltent l’imagination, ou pour un bien plus précieux que de vivre, ou pour un mal plus redoutable que de mourir.

En se donnant la mort, des malheureux, victimes des croyances religieuses, des usages de leur pays, ont cru faire une action mémorable et digne de récompense; cet espoir embrassé avec ardeur a inspiré le sacrifice de la vie, non-seulement à quelques individus, mais à des peuplades, à des nations entières : tels furent les Thraces,les Germains, les Arabes; tels sont encore les Indiens.

Les gymnosophites, vivant dans les forêts, apprenaient à mépriser la vie ; méditant sans cesse sur la mort, ils la regardaient comme le

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