‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 47 sur 182 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

bien suprême. Les maladies, les infirmités et la vieillesse passaient chez eux pour un opprobre, et la dernière honte était attachée à la mort naturelle. Aussi , dès qu’ils étaient malades, vieux ou infirmes, ils mettaient fin à leurs jours en se faisant brûler sur un bûcher.

Les anciens habitants des îles Canaries, pour honorer leurs dieux , avaient la coutume de se précipiter dans un gouffre, espérant aller jouir de la félicité qui leur était promise pour une aussi belle mort. Le Japonais se noie pour mieux célébrer la divinité Amidas, ou bien il s’enferme dans un tombeau muré de toutes parts, n’y laissant qu’un petit trou pour le passage de l’air; enseveli tout vivant, il appelle sans cesse Amidas , Amidas, jusqu’à ce qu’il succombe de lassitude et de faim.

La fête du Ticonnal n’a jamais lieu , au Bengale, sans qu’elle n’occasionne un grand nombre de victimes. Il est difficile de se faire une idée de cette atroce et brillante fête, qui attire des dévots et des curieux des parties les plus éloignées de l’Inde. Après dix jours de préparatifs, la procession, ou mieux, la course du char a lieu. Ce char se compose de trois

socles immenses, posés les uns sur les autres, et supportés par des essieux montés sur des roues. Sur le socle le plus élevé est un dais sous lequel on place la niche qui renferme l’idole. Les ornements qui décorent ce char sont magnifiques, on y emploie les plus riches étoffes, les pierreries les plus précieuses; on brûle les parfums les plus exquis dans des cassolettes placées autour de l’idole; des musiciens sont assis sur les marches du char; des bayadères chantent des hymnes; des brames, debout devant l’idole , éventent le dieu avec des paucas (éventails). On attache au char des cordes assez longues pour que des milliers d’indiens puissentle traîner. Pendant la marche, qui est d’environ vingt milles, les dévots se précipitent et se font écraser (au nombre au moins de quatre à cinq cents) sous les roues du char ; d’autres se font des incisions aux bras, aux jambes, sur tout le corps, et tout dégoûtants de sang, ils bravent les ardeurs du soleil, la douleur, et suivent le cortège en poussant des cris de joie. Plusieurs d’entre eux , épuisés par leurs blessures , tombent dans le chemin; mais comme la cause de leurs souf-

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