CHAPITRE V
frances est un acte religieux, par respect pour la divinité, on les laisse mourir sur la route sans leur porter aucun secours.
Le christianisme , en dissipant les erreurs païennes, détruisit partout où il pénétra l’opinion qu’il est permis de se tuer pour honorer la divinité, et proscrivit cette coutume, de même qu’il fit cesser les sacrifices humains qui souillaient le culte des dieux.
Les passions sont, de toutes les causes de suicide, les plus fréquentes. Lorsque l’ame est fortement ébranlée par une affection violente et imprévue, les fonctions organiques sont bouleversées, la raison est troublée, l’homme perd la conscience du moi ; il est dans un vrai délire, et commet les actions les plus irréfléchies , les plus contraires à ses intérêts : ainsi la terreur lui ôte la pensée de fuir, et le pousse souvent dans des périls plus grands que le danger qu’il voulait éviter; la colère , la jalousie portent l’homme le plus doux à tremper ses mains dans le sang de son semblable ; un chagrin violent, l’amitié trahie, l’ambition déçue, l’honneur compromis, la perte de sa fortune, en livrant l’homme au délire des passions, le
r;B DES FONCTIONS DU CERVEAU.
privent de toute réflexion, et le conduisent souvent à se donner la mort. Les hommes forts, d’un tempérament sanguin , d’une grande susceptibilité , sont poussés au suicide avec d’autant plus de force que l’impression a été plus inattendue, et que la passion dont ils sont victimes est une passion sociale.
Mais le délire des passions est passager , le suicide qu’il provoque est instantané ; s’il n’est consommé, ordinairement il ne se renouvelle point. La tentative infructueuse semble avoir été la crise de l’affection morale. Tel est le suicide involontaire , bien différent, sous ce rapport , du suicide réfléchi , qui , presque toujours, se renouvelle lorsqu’il a échoué la première fois.
Toute monomanie peut conduire au meurtre de soi-même, soit que le monomaniaque obéisse à une idée réfléchie, soit qu’il agisse conduit par une passion délirante.
Le docteur Ruggiéri, pharmacien à Venise, a publié l’observation suivante , qui prouve toute l’influence de la lypémanie sur la détermination au meurtre de soi-même.
Mathieu Lovât, cordonnier à Venise, dominé