‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 49 sur 182 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

par des idées mystiques, se persuada que Dieu lui ordonnait de mourir sur la croix. Il réfléchit pendant deux ans sur les moyens d’exécuter son projet, et s’occupa de préparer les instruments de son sacrifice. Enfin , le jour arrivé, Lovât se couronne d’épines, dont trois ou quatre pénètrent dans la peau du front; il se couvre le bas-ventre d’un mouchoir blanc, serré autour des flancs ; le reste du corps est nu; il s’assied sur le milieu d’une croix qu’il a faite, et ajuste ses pieds sur un tasseau fixé à la branche inférieure de la croix ; le pied droit repose sur le pied gauche; il les traverse l’un et l’autre d’un clou de cinq pouces de longueur, qu’il fait pénétrer à coups de marteau jusqu’à une grande profondeur dans le bois; il traverse successivement ses deux mains avec des clous longs et acérés, en frappant la tête de ces clous contre le sol de sa chambre, élève ses mains ainsi percées, et les porte contre les trous qu’il a pratiqués d’avance à l’extrémité des deux bras de la croix , et y fait pénétrer les clous afin de fixer ses mains; avant de clouer la main gauche, il s’en sert pour se faire, avec un trauchet, une large plaie au côté gauche

8o DES FONCTIONS DU CERVEAU.

de la poitrine. Cela fait, à l’aide de cordages préparés et de légers mouvements du corps, il fait trébucher la croix qui tombe hors de la croisée, et Lovât reste ainsi suspendu à la façade de la maison. Le lendemain on l’y trouva encore, la main droite seule était détachée de la croix et pendait le long du corps; on détacha ce malheureux , on le transporta aussitôt à l’école de clinique; pansé par M. Ruggiéri, qui reconnut qu’aucune plaie n’était mortelle, Lovât guérit de ses blessures, mais non de son délire. Tranféré à l’hôpital des insensés, il s’y épuisa par des jeûnes volontaires, et mourut phthisique, le 8 avril 1806.

La nostalgie porte aussi au suicide. Le ranz des vaches , les sons de la cornemuse ramènent le regret de n’être plus dans le pays natal , le chagrin d’ètre éloigné des objets de ses premières sensations, d’ou naît le désir violent de revoir les lieux témoins de son enfance ; le désespoir d’en être séparé domine toutes les autres affections, et les soldats suisses et écossais se tuent s’ils ne peuvent déserter.

On a souvent confondu le dégoût , l ennui de vivre, avec la haine de la vie; cependant ces

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