CHAPITRE V
deux états de famé sont bien différents. La haine de la vie est un état actif; elle suppose une sorte d’irritation , d’exaltation de la sensibilité; l’ennui de vivre est un état passif produit par l 'atonie de la sensibilité. La haine de la vie est fréquente, parce que mille causes la provoquent; elle détermine le plus souvent le suicide; elle n’épargne aucune classe de la société, quoiqu’elle s’attache plus fréquemment aux hommes qui sont comblés de richesses et de dignités, parce que ces individus ont plus de passions, et des passions plus violentes. En proie à des chagrins réels ou imaginaires , l’homme monomaniaque se dégoûte d’abord de la vie , finit par la haïr, et se tue ; on n’a point d’aversion pour la vie, mais on hait les souffrances qui la traversent, on a horreur du mal être; on ne désire pas la mort que l’on ne connaît point-, mais on désire être délivré des peines, des contrariétés, des chagrins, et on a recours à la mort, comme au moyen le plus certain.
L’homme a besoin de changer ses impressions, il a besoin de désirer; mais s’il a épuisé sa sensibilité par l’habitude des émotions trop
vives, par l’abus des plaisirs; si, ayant tari toutes les sources du bonheur, il n’est plus rien qui puisse lui faire sentir qu’il vit, tous les objets extérieurs lui sont indifférents; plus il a eu de moyens pour se satisfaire, moins il rencontre d’objets nouveaux propres à exciter ses désirs; l’homme reste alors dans un vide affreux ; il tombe dans la satiété de la vie, dans l’ennui de l’existence, et, ne pouvant plus la supporter, finit par se donner la mort.
La cause de ce suicide est connue chez les Anglais sous le nom de spleen.
Ainsi, il est des individus qui, au sein de la fortune, des grandeurs , des plaisirs, jouissant de toute leur raison, après avoir embrassé leurs parents , leurs amis ; après avoir mis ordre à leurs affaires , après avoir écrit des lettres parfaites, tranchent le fil de leurs jours.
Montesquieu et Voltaire, appuyés de quelques grands exemples , prétendent que ce sont les heureux du siècle qui terminent volontairement leur vie , et non pas l’homme en proie au besoin, et condamné à travailler pour se nourrir.
Cette proposition est trop générale : la mi-