CHAPITRE V
les arrête , et demandent avec instance à subir la peine capitale.
Cette variété du suicide est l’effet du délire des passions; la détermination est ordinairement prompte et instantanée; quelquefois, cependant, elle est lente et offre tous les caractères d’un acte réfléchi et volontaire.
Une dame , dans un accès de monomanie qui lui fait craindre d’être arrêtée pour être jugée et conduite à l’échafaud, désespérée du chagrin qu'elle causerait à son mari, veut le tuer en lui portant un coup de pierre sur la tète , et se tue après.
Les journaux ont rapporté qu’une dame beige, en i8i5, après avoir jeté quatre de ses enfants dans un puits, s’y précipita ensuite. Elle eût fait subir le même sort à un cinquième qui s’échappa; elle avait envoyé un gâteau empoisonné à un sixième enfant qui était en pension.
Un cordonnier , mélancolique depuis dix ans, s’imagine que l’achat qu’il a fait d’une maison a causé son malheur et celui de sa femme. Dans un accès de désespoir, il tue sa femme, trois de ses enfants , et eût tué le
quatrième, si celui-ci ne s’était soustrait à sa rage. Après cet horrible sacrifice , il s’ouvrit le ventre d’un coup de tranchet; ne mourant pas de suite, il retira l’instrument et se perça le cœur d’outre en outre.
Ainsi, parmi les malheureux qui tuent avant de se tuer, il en est qui obéissent à des passions véhémentes qui les portent promptement à ce double homicide; les autres sont mus par des passions lentes. Il en est qui, aveuglés par le délire, tuent les personnes qui leur sont le plus affectionnées, pour les préserver des peines de la vie; quelques-uns, n’ayant pas le courage de se suicider, commettent un assassinat dans l’espoir que ce crime les conduira à la mort; tel que ce prisonnier, détenu à Bicètre, qui , condamné aux galères à perpétuité, tua un des gardiens de la prison , afin de subir la peine capitale , et de se délivrer par là du supplice qui l’attendait.
Le suicide a quelquefois été réciproque.
Deux individus, conduits par la même passion et partageant les mêmes peines, se sont donné mutuellement la mort.
L’Angleterre, en 1726, fut témoin d’un