CHAPITRE VIII
décoloration des fluides, et surtout du sang; la chute des forces; une grande sensibilité avec insomnie, et des tiraillements douloureux dans la région de l’estomac.
On meurt de faim d’autant plus promptement qu’on est plus jeune et plus robuste. C’est ainsi qu’Ugolin, dont le Dante nous a transmis l’épouvantable histoire, condamné à périr d’inanition avec ses quatre fils, mourut le dernier, au huitième jour, après avoir vu expirer ses enfants, dans les cris du désespoir et les convulsions de la rage.
Au rapport de quelques physiologistes, on cite des individus qui ont passé dix-huit mois, deux, trois, quatre, cinq, et même dix années sans prendre aucune nourriture. On trouve dans les Mémoires de la Société d’Édimbourg, l'histoire d’une femme qui vécut avec du petit-lait seulement pendant cinquante années; mais les sujets de ces observations, dont quelques-unes manquent du degré d’authenticité nécessaire pour qu’on puisse y ajouter foi, sont, pour la plupart, des femmes faibles et délicates, vivant dans la retraite, livrées à une inaction absolue, et chez les-
DE LA DIGESTION
quelles la vie, en partie éteinte, ne se manifestait que par un pouls presque insensible, et une respiration rare et peu marquée.
On a cherché à expliquer de diverses manières la cause prochaine de la faim, et l’effet qu’elle produit; mais les phénomènes de la nature qui se passent hors de nos sens, sont audessus de toute explication. Cependant tout fait penser que l’on doit considérer la faim comme une sensation nerveuse qui, existant dans l’estomac, se fait ressentir sympathiquement dans toutes les parties, et, entretenant un excitement vif et soutenu dans l’organe où elle a principalement son siège, y appelle de toutes parts les humeurs. Ce phénomène , comme tous ceux qui dépendent de l’action nerveuse, est soumis aux lois de l’habitude, à l’influence du sommeil et des passions de l’ame , dont l’empire est si grand que l’on a vu des gens de lettres, absorbés par les travaux de l’esprit, oublier totalement qu’ils avaient besoin de nourriture.
Tout ce qui réveille la sensibilité de l’estomac d’une manière directe ou sympathique, augmente l’appétit et occasionne la faim, qui