‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 91 sur 182 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tissu, qui constitue ce qu’on appelle la nutrition proprement dite.

En même temps que tout organe s’approprie ainsi de nouveaux matériaux, il faut qu’il se débarrasse d’une partie de ceux qui le formaient préalablement , sinon son volume augmenterait indéfiniment. Les absorbants lymphatiques ou veineux, ou ces deux ordres de vaisseaux à -la -fois, y reprennent donc sans cesse et en même proportion quelques matériaux : ceux-ci fondus dans la lymphe et le sang veineux , rentrent avec ces fluides dans le sang artériel, et par conséquent dans le torrent de la circulation ; portés alors , avec ce sang artériel, dans les organes sécréteurs , ceux de ces organes qui effectuent les sécrétions excrémentitielles, en opèrent le tirage : c’est ainsi qu’enfin ces matériaux , qui sont retirés des organes pour que la décomposition en équilibre la composition , sont rejetés dehors de l’économie sous les formes d ‘‘exhalation cutanée , on transpiration insensible , et de dépuration urinaire.

Tel est le mécanisme de la nutrition qui exige dans l’homme le concours de la digestion

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de la respiration , de la circulation , et des sécrétions.

Le mouvement continuel de composition et de décomposition au moyen duquel la nutrition s’opère, a été démontré par des expériences que l’on a tentées avec des aliments teints en rouge , et dont l’idée est due au hasard : Belchier , chirurgien à Londres, mangeant d’un cochon qui avait été nourri chez un teinturier, remarqua que les os de cet animal étaient rouges , il attribua cette particularité à ce que l’animal avait été nourri avec des aliments teints en rouge, et conçut dèslors la possibilité de se servir de ce fait pour prouver que nos organes vont en se composant et se décomposant sans cesse. Il essaya donc sur divers animaux, qu’il nourrit avec des substances colorées, et ses essais justifièrent ses conjectures. 11 communiqua ses expériences à la Société royale de Londres. Sloane, président de cette Société , en instruisit l’Europe, et les mêmes expériences furent répétées alors dans plusieurs pays , et avec les mêmes résultats ; en France, par Duhamel; par Baroni, en Italie; par Bohmer, Ludwig,

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Delius, en Allemagne. Or, si les os, les parties les plus dures de notre organisation, vont en se renouvellant sans cesse, en se composant et se décomposant continuellement, ou conçoit qu’il doit en être de même des autres parties. D’ailleurs, lorsque l’on voit le crâne aller en augmentant de capacité dans un enfant , à mesure que le cerveau qui est dans son intérieur croît lui-même , et ce crâne, cependant demeurer également solide et plein, qui pourrait douter que le crâne n’ait été en proie à cette action sourde de composition et de décomposition qui seule permettait à l’ossification de se faire chaque jour sur de plus grands contours?

Puisqu’en même temps que nos organes s’approprient de nouveaux matériaux, ils rejettent ceux qui les composaient préalablement, on doit penser qu’il arrive une époque où le renouvellement matériel de notre corps est complet, c’est-à-dire où nous ne conservons plus rien de la matière qui , à une époque antérieure, entrait dans la composition de nos organes, c’est ce qui est en effet. Il est sûr que nous n’arrivons pas au terme de

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notre carrière avec la même matière qui nous formait au commencement, et M. le professeur Rieherand a parfaitement représenté ce changement par l’ingénieuse comparaison qu’il fait de notre corps au vaisseau des argonautes, qui, radoubé mille fois dans la traversée, n’avait plus, au terme de sa course, aucune des parties qui le formaient lorsqu’il commença le voyage.

On a cherché à préciser le temps qui était nécessaire pour que ce renouvellement entier de la matière qui compose notre corps fût achevé; les anciens ont prétendu qu’il avait lieu en sept années; Bernoulli tous les trois ans; mais on conçoit que ce temps ne peut être connu, la nutrition étant une fonction moléculaire dans laquelle on ne peut saisir ni ce qui entre pour la composition, ni ce qui sort pour la décomposition. D’ailleurs la nutrition n’est pas plus que toute autre fonction de notre économie, identique et constante, puisqu’elle varie selon les circonstances individuelles, et qu’elle n’est pas la même dans les divers âges; par exemple, dans l’enfance, elle est beaucoup plus rapide ; dans l’âge adulte, elle est déjà plus modérée; et enfin,

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