CHAPITRE XI
Cabanis, qui a employé un beau talent à nier l’arae; Cabanis, à qui Rousseau aurait dit comme à Helvétius : ton génie clément tes principes, fait de la sympathie morale l’instinct luimème, et la définit : la tendance d’un être vivant vers d’autres êtres vivants de même ou de différentes espèces. Il appelle déterminations sympathiques de l’instinct, le penchant social, la tendresse, les appétits et les dégoûts de certains malades, confondant ainsi, sous une dénomination commune , des actes intellectuels et des sensations intérieurs. Ce qu’il qualifie de sympathies morales, c’est la faculté de partager les idées et les affections des autres; le désir de leur faire partager ses propres idées et ses affections ; le besoin d’agir sur leur volonté; le penchant d’inclination qui caractérise toute nature sensible , et particulièrement la nature humaine.
Abstraction faite de toute définition, la sympathie morale existe; dépend-elle de l’instinct? Cette hypothèse est peut-être la plus probable; mais comme ses effets sont trop variés, pour qu’on puisse jamais en tirer des généralités qui amènent à en déduire quelques con-
DE LA SYMPATHIE
séquences, il y a tout lieu de croire que la sympathie morale dont on parle, dont on raconte les effets, et qui existe dans la nature, sera toujours inexpliquable.
Au nombre des effets les plus extraordinaires de la sympathie morale et physique réunie, on cite deux jumeaux , qui, liés par une amitié réciproque , offraient le même caractère et les mêmes goûts; dès que l’un était malade, l’autre se sentait indisposé, et quoiqu’à une grande distance l’un de l’autre (plus de cent lieues ), ils éprouvaient les mêmes affections : si l’un ressentait des douleurs de tête ou de dents , l’autre les éprouvait aussitôt. Enfin arrivés à l’àge de trente et quelques années , le plus délicat fut attaqué d’une fluxion de poitrine; l’autre, qui souffrait beaucoup dans la poitrine, pendant la maladie de son frère, mourut subitement, au moment où ce dernier venait d’expirer.
La sympathie physique , aussi cachée dans ses causes que la sympathie morale, peut du moins être étudiée dans ses effets. Une irritation affecte un organe; elle est ressentie dans le système vivant tout entier; mais plus vive-