‹ La physiologie généraleChapitre 123 sur 218 · Dictionnaire'de physiologie de 'Richet, lac. cit · texte numérisé non relu

Dictionnaire'de physiologie de 'Richet, lac. cit

deux protophytes commencent par sécréter un ferment soluble — invertive dans le premier cas, pepsine dans le second — qui dédouble et liydrate l'aliment dont ils se nourrissent, et qui ne peut entrer qu'après cette modification préalable en contact avec les substances plastiques de leur protoplasma. Il en est exactement de même chez les animaux les plus élevés en organisation, dont les parois digestives sécrètent aussi des ferments solubles qui déterminent dans les aliments des transformations identiques.

Il en est de même encore durant les phénomènes de la germination, et l'embryon végétal, qui sécrète des diastases capables de transformer et de rendre assimilables les matériaux de réserve accumulés dans l'albumen et dans la graine, donne lieu, commme le dit Van Tieghem, à de véritables digestions, lesquelles ne diffèrent pas essentiellement de celles qui s'accomplissent dans l'appareil digestif des animaux. Mais chez les végétaux adultes, pourvus de chlorophylle, rien de pareil ne se produit, car tous les éléments iitiUsés du milieu nutritif sont difïusibles. Les actions fermentatives qui transforment les substances colloïdales du milieu nutritif animal en substances cristalloïdes n'ont donc pas ici, la plupart du temps, à intervenir. C'est pourquoi il n'y a pas, normalement, de digestion chez les plantes vertes.

Pour comprendre la signification physiologique des phénomènes digestifs, il faut étudier ces phénomènes chez les animaux monoplastidaires, comme l'a fait récemment Le Dantec'. Prenons, par exemple, un amibe. Gomme son protoplasma n'est pas miscible à l'eau, les particules alimentaires que les pseudopodes englobent ne se trouvent pas en contact direct avec le protoplasma, mais baignent dans l'eau de la vacuole qui se forme par suite de la tension superficielle du protoplasma. La vacuole ainsi creusée au sein du protoplasma de l'amibe jouit de propriétés physiques remarquables et indépendantes de la

l. La Diyestion intracellulaire chez les protozoaires (thèse de Paris, 1891).

nature, digeste ou non, de la substance cnvacuolée. La pression y est très grande par le fait môme de la tension superficielle, et les actions moléculaires y créent une difTusibilité extrêmement rapide. Les conséquences de ces propriétés se manifestent immédiatement.

On sait que, dans la dialyse, Facide passe plus vite que la base. Le contenu de la vacuole, quelle que soit sa réaction primitive, va donc devenir acide. En même temps, et comme conséquence des actions moléculaires qui accompagnent cette dialyse, un ferment soluble, mis en liberté, diffuse vers la vacuole. Dans le cas de l'amibe, ce ferment soluble est de la pepsine, mais il pourrait tout aussi bien être de l'invertine ou d'autres diastases.

Sous rinfluence de Tacide et du ferment, Talbuminoïde alimentaire est digéré, c'est-à-dire qu'il se transforme, par simple hydrolyse, d'abord en syntonine ou acidalbumine, puis en peptone. Or, la sjutonine et la peptone sont les termes de plus en plus simples du dédoublement des albuminoïdes, et les dimensions de leur édifice chimique sont beaucoup plus petites que celles de falbuminoïde. Cette catamérisation, qui se produit également pour le saccharose, l'amidon et pour beaucoup d'autres corps, est un phénomène préliminaire rendu nécessaire par ce fait que, pour réagir avec le protoplasma (substances plastiques), les matériaux ahmentaires doivent être solubles et diffusibles, et que, par conséquent, dans le cas de membranes à traverser pour que ces réactions se produisent, les molécides de ces matériaux doivent être plus petites que celles des substances de la membrane.

Au fond, les choses se passent exactement de la même manière chez les métazoaires et les vertébrés supérieurs, et l'ensemble de la cavité digestive y joue le rôle de la vacuole chez les protozoaires, au point de \ue, au moins, des actions chimiques qui s'accomplissent. Une différence intervient cependant, abstraction faite même de finfluence du système nerveux. En effet, tandis que, chez les monoplastidaires, les éléments, modifiés par les phénomènes digestifs, entrent im-

médiatement en contact avec les substances plastiques du protoplasma, chez les métazoaires complexes, ce contact n'est pas immédiat, et les matériaux élaborés sont préalablement absorbés et versés dans le milieu intérieur ; c'est ce milieu intérieur qui fournit ensuite aux divers éléments anatomiques les substances Q dont ils ont besoin pour leur vie élémentaire manifestée, c'est-à-dire pour assimiler et fonctionner. L'intervention de ce milieu intérieur ne modifie en rien la signification des phénomènes digestifs ; elle est simplement la'conséquence de la forme de l'organisme, du nombre de ses éléments et de l'association synergétique des plastides qui le constituent. C'est pourquoi Le Dantec ^ dit avec raison : « Les phénomènes macroscopiques de la physiologie, respiration, digestion, excrétion, sont des échanges entre le milieu extérieur et le milieu intérieur, c'est-à-dire la respiration, la digestion, l'excrétion du milieu intérieur du vertébré. »

La différence que nous venons de signaler entre les protozoaires et les métazoaires rend compte de la complexité des phénomènes digestifs que présentent ces derniers. En effet, puisque tous les éléments anatomiques, quelle que soit leur différenciation, des organismes les plus complexes puisent dans le miheu intérieur qui les baigne (sang ou lymphe) les substances Q, il faut que la composition de ce milieu intérieur soit telle, que chaque cellule puisse y trouver à chaque instant les substances spéciales qui lui sont nécessaires. Gela n'est possible que si sa composition moyenne reste à peu près invariable. Comme il ne peut compenser le déficit qui résulte de l'utilisation des substances Q par certaines cellules que grâce à l'apport des matériaux digérés, comme cet apport est intermittent et localisé et comme enfin il n'y a aucune communication directe, chez les animaux supérieurs, entre la cavité digestive et le milieu intérieur, certains phénomènes s'intercalent entre la digestion d'une part et l'assimilation proprement dite de Fautre, — digestion et assimilation qui se suc-

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