COU- LEUVRE
Traces
11 nous faut examiner maintenant d'une manière plus complète la composition du plasma, c'est-à-dire de la partie liquide du sang, car c'est dans ce plasma que nous allons retrouver tous les matériaux alimentaires absorbés pour servir à la nutrition des diverses cellules de Forg-anisme.
Ce plasma est un liquide un peu visqueux, ambré^ alcalin, salé, qui, abandonné à lui-même, se divise de nouveau en deux parties, la fibrine qui coagule, et le sérum qui contient, à l'état de dissolution, tous les autres matériaux du plasma.
Quel est le mécanisme du phénomène de la coagulation du sang? Il est encore assez obscur. Divers auteurs, Denis, Hammarsten, Eichwald, Heynsius, Wooldridge, Lussana, etc., ont proposé des tliéories pour expliquer ce phénomène. Celle qui paraît aujourd'hui la plus acceptable est due à A. Schmidt. D'après cet auteur, la coagulation du sang est simplement due à la production de la fibrine, qui résulte elle-même de la combinaison de deux substances albuminoïdes coexistant dans le plasma, le fibrinogène et le fibrinop las tique ou sérumglobuline, sous l'influence d'un ferment spécial soluble,dont la production est entravée parle froid (0° C.) et les solutions salines et favorisée au contraire par le contact de l'air et des corps étrangers (les parois malades des vaisseaux agissent de la même manière que les corps étrangers), à l'exception des corps gras qui ne semblent pas agir sur la coagulation. Le ferment coagulant et le fibrinoplastique se forment aux dépens des leucocytes, dont le rôle semble encore ici considérable, et au
moment de la sortie des vaisseaux; il en résulte que le contact de Tair ou de ses germes, non plus que l'action de la température, n'agissent pas sur la coagulation, qui n'est dépendante que de la présence du ferment-fibrine. Ce qui le prouve, c'est qu'un mélange de fibrinogcne et de fibrinoplastique ne se coagule pas tant qu'on n'y ajoute pas le ferment, d'ailleurs isolable. Les parois des vaisseaux sains n'ont pas non plus une action anticoagulante, bien que le sang ne se coagule jamais normalement dans les vaisseaux, puisqu'il suffit d'injecter un peu de ferment-fibrine dans une anse vasculaire saine pour obtenir immédiatement la coagulation. C'est pourquoi A. Gautier définit la coagulation : « La transformation du fibrinogène sorti des globules ou préexistant dans le plasma à l'état soluble et durant la vie en une substance qui devient insoluble et se change en fibrine en s'unissant aux sels de chaux du plasma sous l'influence du ferment-fibrine extravasé des globules blancs^ ^). Il en résulte que la fibrine doit être considérée, non comme une matière de synthèse nutritive ou un aliment, mais comme un produit excrémentitiel. Aussi la fibrine se montre-t-elle surtout abondante dans le surmenage, la fièvre, dans le muscle qui a beaucoup travaillé.
La coagulation est un phénomène constant, mais elle se produit plus ou moins rapidement. Presque instantanée chez les oiseaux, très rapide chez le cobaye, elle se manifeste au bout de deux à trois minutes chez le chien, trois à six minutes chez la femme, quatre à huit minutes chez l'homme, dix ou quinze minutes chez les bœufs, au bout de plusieurs heures, en hiver, chez le cheval. Il en est de même chez les hémophi ligues, où le sang étant pauvre en fibrine, elle est retardée ou absente.
La fibrine, blanchâtre, élastique et translucide quand elle est humide (80 pour 100 d'eau), cassante et d'apparence cornée quand elle est sèche, est une matière albuminoïde qui renferme un peu de soufre, des phosphates de chaux et de magnésie, du carbonate de chaux, etc. Très soluble dans l'eau pure,
■1. Cité par Langlois et de Varigny, op. rit., p. 208 209.
LA PHYSIOLOGIb: GÉN. 19
soluble dans une solution de sel marin, de sulfate et de phosphate de soude, elle se coagule par les acides. Le sang en renferme, en moyenne, 3 pour 100.
Nous savons que la fibrine résulte de la combinaison du fibrinogène et du fibrinoplastique sous l'influence d'un ferment-fibrine. Que sont ces substances ?
Le fibrinogène est très analogue à la fibrine; il est précipité par le sulfate de magnésie et le chlorure de sodium ; sa solution trouble à -Hoo'^C.; il existe dans le sang vivant en assez grande quantité. Le fibrinoplastique, sérumglobuline ou hydropmne{Gannal), est, au contraire, très peu abondant dans le sang vivant; il est insoluble dans l'eau pure, mais soluble dans l'eau, chargé d'air, d'oxygène et d'acide carbonique. On le rencontre aussi dans le sérum et dans les sérosités des épanchements de la plèvre, du péritoine, etc. Quant au ferment-fibrine, bien qu'il ait été isolé, on ne sait que peu de chose à son égard. Cependant, Pakelharing croit que, riche en CaO,il abandonne celle-ci qui se combine au fibrinogène, Arthus et Pages attribuent également un rôle important aux sels de chaux qu'il contient.
Le sérum n'est que du plasma, moins le fibrinogène et le fibrinoplastique isolés par coagulation. Un litre de sang renferme de 450 à 525 grammes de sérum contenant de 88 à 95 pour 100 d'eau, laquelle tient en dissolution de nombreuses substances. Ces substances sont :
Des albuminoïdes et notamment de la serine, matière très voisine de l'albumine de l'œuf; elle se trouble à 60° G. et coagule à 73° ; mais il semble y avoir plusieurs serines qui se distinguent par leur température de coagulation; l'acide chlorhydrique la transforme en syntonine, les alcalis caustiques en albuminate alcalin; 1 htre de sang en contient environ 50 grammes ; du sérumglobuline ou fibrinoplastique (caséine de Panum), qui reste en excès dans le sérum après la coagulation. 11 ne semble pas y avoir de peptones dans le sang normal, malgré que la digestion en jette des grandes quantités dans le torrent circulatoire, mais nous avons vu (p. 282) que ces pep-
tones se transforment très rapidement, puisque même dans les veines mésentériques on n'en trouve pas. A ces substances, il faut joindre un ferment saccharifiant, et, d'après Lépine, un ferment glycoîy tique qui détruirait le sucre, et enfin une lipase, ou ferment hydratant des graisses, récemment découvert par Henriot, ferment dont il ne faut pas confondre l'action avec l'action lipalytique qui appartient, d'après Gohnstein et Michaelis, aux globules sanguins; des graisses et des savons en petite quantité (1 à 2 pour 1000) : oléates, margarates, but}Tates, lécithine, cholestérine et son dérivé, l'acide phosphoglycérique. On y trouve aussi des graisses neutres en très fines gouttelettes, qui donnent au sérum un aspect laiteux, après une alimentation riche en corps gras ; des traces de glucose (1 pour 1 000) et de glycogène ; des produits de dédoublement et d'oxydation (0,2 pour 1000}, de l'urée en proportions variables, de Tacide urique, surtout chez les goutteux; des matières extractives, créatine, xanthine, hypoxanthine, guanine, acide hippurique, acide succinique, acide lactique, acide sarcolactique (sang des cadavres) et des ieucomaïnes à toxicité marquée (R. Wurtz); enfin des sels minéraux (8 pour 1000), parmi lesquels domine le chlorure de sodium (5 à 6 grammes par litre de sérum). On y trouve des phosphates, des chlorures, des carbonates, etc. A noter que le sérum est riche en soude, tandis que le globule l'est en potasse. D'après Hoppe-Seyler, le sérum du sang de l'homme contient les quantités des sels suivants pour 1 000 :
Chlorure de sodium 4,92
Sulfate de sodium 0,44
Carbonate de sodium 0,21
Phosphate de sodium 0,15
Phosphate de calcium et magnésiuLu 0,73
Enfin, le sérum contient aussi de l'eau (90 pour 100) et des gaz ; 100 volumes de sangde chien, d'après Schœfîer et Pflûger, renferment 1 à 2 volumes d'azote et d'oxygène, et 25 à 28 volumes de GO-, ce qui achève de montrer le rôle différent du sérum et des globules, le premier contenant peu d'O et beau-
coup de CO^, les seconds contenant beaucoup d'O et relativement moins de G0-.
Le tableau suivant, d'après Hammarsten, résume ce qui précède et donne la composition générale de divers sérums pour 1 000 1 :