Le Dantec, op. cit., p. 128-I-Ji
316 LA PHYSIOLOGIE GÉNÉRALK.
Il en est de même quand on opère sur un amibe. La partie du mérozoïte détachée du noyau dégénère aussi, mais plus lentement, dételle sorte que les phénomènes de digestion dont nous avons parlé précédemment ne s'accomplissent plus en totalité, surtout si la matière envacuolée est assez volumineuse. La réaction acide du contenu de la vacuole a bien encore lieu au début, mais elle cesse au bout d'un certain temps; quelquefois même, comme Fa constaté Balbiani, elle n'a pas lieu sensiblement quand le mérozoïte est très petit, tandis que cette sécrétion acide a' toujours lieu et d'une manière continue chez les mérozoïtes pourvus de leur noyau. Il faut en conclure, ainsi que le dit Balbiani, que le noyau exerce une influence sur la sécrétion acide dans les vacuoles alimentaires..
Est-ce par' une action à distance, une influence après coup, comme le pense B. Hofer? Nullement. Bemarquons, en effet, qu'au commencement de la mérotomie, le mérozoïte, privé de noyau, se comporte absolument comme le mérozoïte nucléé à l'égard des particules ahmentaires. 11 y a diffusion acide. Mais cette diffusion, décroissant ensuite chez le premier, est continue chez le mérozoïte nucléé. Pourquoi'? C'est que, dans le premier cas, la diffusion acide draine simplement toutes les matières acides diffusibles qui se trouvent dans le mérozoïte ; quand toutes ces matières acides sont drainées dans la vacuole, si la digestion de la substance alimentaire envacuolée n'est pas complète, elle s'arrête, parce qu'il n'y a plus de matières acides diffusibles. Dans le second cas, au contraire, la diffusion draine non seulement toutes les matières acides diffusibles du protoplasma, mais encore celles qui se forment constamment pour maintenir la constance de composition, du protoplasma du mérozoïte nucléé. Cette constance de composition du protoplasma du mérozoïte nucléé en état de vie élémentaire manifestée résulte de ce fait que, au bout d'un temps T, le même protoplasma donnera la môme réaction acide a dans le suc de la vacuole et dissoudra le même poids de la matière ingérée; d'où il résulte que la réaction du protoplasma ne change pas et reste indépendante de la réaction propre du mi-
lieu ambiant*. Il n'en est plus ainsi dans le protoplasma du tnérozoïte dépourvu de noyau, puisque, comme nous l'avons vu. l'acidité étant décroissante, ce protoplasma ne sera plus capable de donner, au bout d'un temps T, une acidité a et de dissoudre un poids p du corps ingéré. On est donc conduit à admettre que si le mérozoïte nucléé donne une diffusion acide continue, tandis que le mérozoïte sans noyau ne donne qu'une diffusion acide limitée et décroissante, c'est que le noyau joue un rôle dans la production des matières acides diffusibles, et, par conséquent, dans le maintien et l'invariabilité de la composition du protoplasma.
Cette conclusion est corroborée par les recherches de Balbiani, de Verworn, de B. Hofer, etc., sur la régénération des mérozoïtes nucléés. BaJbiani a montré que la présence d'un noyau suffit même à assurer la régénération du plastide tout entier avec sa forme et ses réactions spécifiques. Au contraire et dans tous les cas, les mérozoïtes privés de noyau, quelque volumineux qu'ils soient, changent de composition, de propriétés et dégénèrent. Or, pour qu'un mérozoïte nucléé régénère le plastide complet, avec les réactions caractéristiques de son espèce, il faut qu'il puisse produire, à l'aide de matériaux différents, préalablement rendus miscibles ou solubles, des substances pareilles à celles du protoplasma considéré, en un mot, assimiler [ad similare). Puisque le mérozoïte sans noyau est incapable de cette assimilation, c'est c{ue la présence du noyau est une des conditions nécessaires à cette assimilation. Le Dantec dit, avec raison, à ce propos : « C'est seulement grâce à cette assimilation, qui fait que Famibe d'aujourd'hui est semblable à l'amibe d'hier, qu'on peut parler diQs propriétés spécifiques des amibes; c'est grâce à cette assimilation que Ion connaît le déterminisme physiologique : tel plastide, dans telles et telles conditions, réagit toujours de telle et telle manière-. »