Op. cit.f p
semble au résultat, que la membrane laisse passer et que le suc cellulaire attire, de préférence, les substances analogues à celles que contient la cellule ou aptes à se transformer en substances semblables à celles-ci. Le liquide qui a franchi cette première barrière est donc plus voisin des substances cellulaires que n'était le plasma sanguin ; et là, à l'intérieur de la cavité cellulaire, il subit, en présence des substances qu'il rencontre, des modifications chimiques et réciproquement modifie ces substances sous quelques rapports.
« Ce qui s'est passé là, entre le plasma sanguin et le suc cellulaire par l'intermédiaire de la membrane cellulaire, doit se passer entre le suc cellulaire et le noyau par l'intermédiaire de la membrane nucléaire. Il n'est pas trop hardi d'admettre que le suc cellulaire est plus analogue au suc nucléaire que n'était le plasma sanguin, ni que la membrane nucléaire trie les substances autrement que n'avait fait la membrane cellulaire et laisse passer de préférence les substances analogues à celles du noyau ou propres à devenir identiques à elles, ni enfin que le suc nucléaire concourt au même triage en attirant les substances convenables de préférence aux autres. Des réactions réciproques se produisent ici aussi entre les substances nouvelles introduites dans le noyau et celles qui s'y trouvaient déjà. »
Delage, à la page suivante, continue :
« Si vraiment toutes les parties différenciées de la cellule sont formées d'une enveloppe relativement solide et d'un contenu relati'i)ement liquide, possédant ces qualités physiques à un degré simplement suffisant pour que l'enveloppe puisse accomplir les fonctions d'une membrane osmotique et que la substance intérieure puisse permettre les échanges osmotiques à travers cette membrane, dès lors les phénomènes précédemment décrits se poursuivent jusqu'aux derniers éléments et ne laissent point de résidu inexpliqué. Que ce soit le nucléole ou le centrosome, un granule cytoplasmique ou un microsome nucléinien, la chose se passera de la même manière : sous l'action combinée de la membrane qui ne laisse passer que cer-
taines substances et du liquide intérieur qui n'en attire que certaines aussi, il n'entrera dans la cavité de l'organe que ce qui sera exactement convenable pour remplacer ce que V usure fonctionnelle ' aura détruit.
« Ici, comme dans tous les cas précédents, il n'y a pas seulement dialyse et triage des produits tout formés, mais modification continuelle de ces produits par les réactions qui s'établissent entre les substances nouvellement apportées et les anciennes. Le plasma sanguin contient tous les éléments chimiques nécessaires à la réfection des substances cellulaires, mais mélangés et engagés dans des combinaisons différentes. La cellule est un ensemble d'appareils dialyseurs renfermés les uns dans les autres, dont chacun opère le triage des substances nécessaires dans sa circonscription et prépare celui qu'auront à continuer les dialyseurs situés plus profondément. »
Nous avons fait cette longue citation, parce que cette théorie nous semble avoir une grande importance. On ne s'explique pas autrement la signification de ces membranes, et ce fait bien constaté qu'un noyau nu dégénère et meurt vient évidemment à l'appui de cette opinion que les membranes sont destinées à régler le jeu des échanges osmotiques. il n'y a là, d'ailleurs, aucune nécessité téléologique, attendu que le triage osmotique qui s'accomplit est entièrement subordonné non seulement à la nature du Uquide intérieur, mais aussi à la constitution physico-chimique de la membrane, qui est ellemême le résultat de la sélection, toute cellule ne possédant pas une membrane capable de laisser passer les substances convenables et d'arrêter les nuisibles, ayant nécessairement disparu.
Mais en même temps que s'opère cette endosmose assimilatrice, une exosmose éliminalrice se produit en sens inverse et pour les mêmes raisons, poussant peu à peu vers la périphérie tous les matériaux détruits ou inutiles de la cellule. De
I. Voir plus loin : Loi de V assimilation foyicHonnelle (p. 329).
telle sorte qu'il existe deux courants osmotiques, l'un distribuant les matériaux utiles suivant un processus d'approximations progressives, l'autre réunissant, au contraire, les matériaux usés pour les déperdre dans le milieu ambiant.
Mais ces approximations successives, qui rendent compte de' la première condition de l'assimilation, miscibilité et solubilité des matières introduites, ne sont que des approximations, c'està-dire une solution approchée, et n'expliquent nullement, en définitive, comment il se fait, par exemple, qu'un herbivore trouve dans sa nourriture, et seulement par approximations, si nombreuses et précises qu'elles soient, le protoplasma contractile de ses muscles et les éléments fibrillaires de ses cylindraxes, puisque ces substances plastiques n'existent pas dans les aliments dont il se nourrit. De môme la graisse d'un animal auquel on donne des tourteaux de ricin ne renferme nullement d'acide ricinoléique, mais seulement les acides gras que la graisse de tout animal de son espèce contient normalement. Puisque chaque être, quelle que soit la nature des ahments -qu'il ingère, fait des substances différentes de celles qu'il ingère, et toujours de l'espèce particulière qui lui est propre, il faut bien qu'il y ait autre chose qu'une approximation et que des transformations chimiques plus profondes s'accompHssent.
La théorie de Delage montre le triage que fait chaque cellule dans le milieu nutritif commun, et chaque élément de la cellule dans le liquide qui les baigne. Mais elle n'explique pas que la nature et les réactions des substances plastiques propres à une espèce donnée restent constantes, alors que les éléments, à l'aide desquels ces substances s'accroissent, sont voisins, mais différents d'elles. Elle n'explique pas non plus pourquoi le noyau est nécessaire au phénomène ultime de l'assimilation, c'est-à-dire à la production de substances identiques à des substances plastiques données, puisque les organites de la cellule sont individualisés, et que chacun d'eux assimile pour son propre compte ; or, un fait est certain : l'élaboration, par un plastide donné, de substances plastiques tou-
jours sensiblement les mêmes S quelle que soit la différence, avec ces substances, des éléments nutritifs qu'il ingère. %,
La condition nécessaire de cette élaboration n'est pas moins certaine depuis les expériences de mérotomie : la présence du noyau, qui permet la synthèse assimilatrice qu'impose la différence entre les éléments fournis et les substances produites.
Comme nous l'avons vu précédemment (p. 35 et 415), nous ne savons presque rien de l'élaboration des substances azotées et particulièrement des albuminoïdes, et toutes les tentatives de synthèse de ces matières, extrêmement intéressantes au point de vue chimique, ne nous apprennent cependant pas grand' chose du processus que suit la cellule vivante. Il ne s'agit pas, d'ailleurs, seulement de l'élaboration de toutes pièces, à l'aide d'éléments minéraux, des albuminoïdes, telle que la produit la cellule verte; il s'agit aussi de ces transformations moins étendues, mais très importantes, qui changent les peptones en albuminoïdes nouveaux, et ces derniers en albuminoïdes spécifiques. Or, les procédés de la synthèse artificielle ne nous apprenant rien des procédés de la synthèse assimilatrice, nous sommes obligés de tirer nos inductions de la constitution chimique et morphologique même de cette cellule.
Verworn^ et Haacke ont émis, à ce sujet, une hypothèse qui serre de plus près que les théories précédentes les phénomènes intimes de l'assimilation. Voici l'exposé de celle de Haacke, très voisine de celle de Verworn, exposé que nous empruntons à Y. Delage ^.
1^ La substance nutritive A, venue du dehors et entrée dans la cellule par osmose, s'unit à la partie amorphe du cytoplasma G, qui intervient seule tout d'abord en raison de son degré moins élevé d'organisation, de son approximation plus grande par conséquent avec la substance nutritive A. Cette
1. Nous avons vu précédemment (p. 11-12) quelles sont les modifications déterminées par l'adaptation.