Cf. Perrier, Zoologie générale, t^. 244-2'j
qui sont en partie indépendantes de la constitution normale du milieu intérieur.
Chaque élément histolog-iquc puisant dans le liquide qui le baigne les matières dont il a besoin et y rejetant les déchets de son fonctionnement, il doit y avoir, dans le plasma intercelkilaire ou interstitiel, un courant afférent qui apporte les substances Q et un courant efférent qui emporte les substances R. Ces courants existent, en effet, et ils sont mis en évidence par le lerrocyanure de potassium, par exemple, que l'on injecte, pour la démonstration du premier courant, dans le sang- et que l'on retrouve ensuite dans tous les tissus, et, pour la démonstration du second, sous la peau, et que Ton retrouve au bout de quelques minutes dans l'urine. Mais si le courant efférent est trop puissant pour que les organes d'excrétion (reins, par exemple) enlèvent toutes les substances R ([u'il peut contenir, ces substances retournent au milieu intérieur et au plasma intercellulaire, reviennent par conséquent aux tissus. Or, nous savons que les substances R accumulées peuvent faire passer les plastides de la condition n° 1 à la condition n' 2. Quelle peut être la cause de l'insuffisance des organes d'excrétion par rapport au courant efférent? Le courant efférent suit deux voies, celle des veines et celle des lymphatiques ; or, la stase sanguine, l'augmentation de pression dans les vaisseaux augmente la quantité des liquides nterstitiels. Par conséquent, tout obstacle à la circulation des veines et des lymphatiques trouble l'élimination des produits de fonctionnement qu'ils entraînent et peut, par conséquent, arrêter l'activité des tissus. D'un autre côté, si cet obstacle à la circulation se trouve sur la voie des artères, l'apport des matières nutritives ne se fait plus, et le tissu, ne pouvant plus se nourrir, cesse de fonctionner. Circulation normale, telle est donc la première condition de la bonne nutrition des tissus.
A cette première condition, il faut joindre celle qui dérive de l'action des nerfs vaso-moteurs, dont l'effet est de diminuer ou d'augmenter le calibre des vaisseaux. Nous verrons plus
loin que cette action résulte de l'état de plastides incomplets dans lequel se trouvent beaucoup de nos éléments anatomiques. Il suffit, pour le moment, de noter que l'augmentation ou la diminution de l'apport du sang sous Tinfluence des nerfs vaso-dilatateurs ou vaso-constricteurs a pour conséquence une augmentation ou une diminution de l'apport nutritif aux tissus, puisque les variations de la pression sanguine sont suivies de variations correspondantes dans la transsudation du plasma intercellulaire.
La dernière condition est la composition du sang qui agit naturellement sur la composition des liquides intercellulaires. Quand le sang est très concentré, pauvre en eau (après une diarrhée intense, par exemple, ou dans le choléra), les tissus sont moins aqueux; au contraire, quand le sang a absorbé une grande quantité d'eau, leurs sucs sont abondants et il peut même se produire de l'œdème. L'augmentation de la proportion du chlorure de sodium du sang et la diminution de la proportion d'oxygène des globules rouges ont pour conséquence l'accroissement des matières albuminoïdes, et par suite une production plus abondante d'urée. Par la même raison, d'après Frânkel et Penzoldt, le séjour dans une atmosphère raréfiée augmente l'excrétion de l'urée. Certaines conditions anormales du sang entraînent aussi des effets remarquables. Le sang chargé d'oxygène de carbone ne peut absorber l'oxygène de l'air ni enlever l'acide carbonique des tissus; d'après Mialhe, la présence de Tacide cyanhydrique dans le sang arrête immédiatement les phénomènes d'oxydation, et le sang, qui prend alors une coloration rouge-cerise, contient une grande proportion d'oxygène que les tissus, suivant Geppert, ne peuvent plus lui enlever. La diminution de la ma^^se totale du sang a pour résultat, d'une part, d'activer le passage dans le sang des hquides interstitiels, d'autre part, de retarder l'absorption des substances contenues dans les tissus, telles que les poisons, comme l'a montré Kaupp, ou les épanchements pathologiques. Enfin, si les matières provenant des tissus sont rapidement éliminées hors du sang ou sont transformées
dans son intérieur, l'absorption se produit alors plus rapidement ^
Ajoutons au surplus que les contractions musculaires favorisent la progression des liquides interccllulaires, non seulement parce que la pression qu'ils produisent chasse les liquides dans les canalicules du suc et les capillaires lymphatiques, mais aussi parce qu'ils déterminent, dans ces vaisseaux, des changements de formes, lesquels entraînent nécessairement, grâce aux valvules qui empêchent le reflux, la progression des liquides interstitiels.
i. Landois, op. cit., p. ^i43.