CHAPITRE VIll
lo Croissance et régénération.
Les phénomènes de croissance et, accessoirement, ceux de régénération vont nous permettre de comprendre la signification de l'importante fonction de génération ou de reproduction, et c'est pourquoi nous devons en dire quelques mots ici, à titre d'introduction nécessaire, bien qu'on les considère d'habitude comme dépendant plus particulièrement du domaine de la morphologie.
Tout plastide en état de vie élémentaire manifestée (condition n° 1) assimile, c'est-à-dire augmente par synthèse la quantité de ses substances plastiques. La croissance est donc la conséquence de l'assimilation fonctionnelle. Mais cette croissance n'est ni quelconque, ni indéfinie.
En effet, les matières plastiques sont des composés absolument analogues, au moins au point de vu'^. chimique, aux composés minéraux; il y a donc pour elles, comme pour les substances cristallines, un rapport déterminé entre leur composition chimique et leur forme d'équilibre à la condition n° 1. De même qu'il est possible de distinguer les espèces chimiques — et spécialement les espèces minéralogiques, beaucoup plus complexes — par leurs formes cristallines, de même il doit être possible de distinguer les espèces plastiques, les espèces de proto plasmas si l'on préfère, par la forme qu'elles revêtent à la condition n° 1 . C'est ce qui arrive en effet. Il est donc permis de conclure que si les plastides affectent, à la condition n"* 1, des formes différentes et spécifiques, c'est que leur constitution chimique n'est pas identique, comme tendent, du reste, à le prouver les réactions différentes qu'ils manifestent à l'égard de certaines influences (phototactiques, chimiotac-
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tiques, etc.). Par suite, et contrairement à l'opinion de Cl. Bernard, le protoplasma n'est pas une substance monomorphe,et la forme qu'il prend par la croissance (synthèse assimilatrice prédominante) est rigoureusement déterminée dans chaque cas et pour chaque espèce, et toute variation de forme implique une variation précédente dans la composition du plastidc, comme nous le montrera Tétude de la sporulation. Ces observations, sur lesquelles Le Dantec insiste avec raison sont extrêmement importantes, car elles nous dévoilent la signification précise de la fonction génératrice, et établissent qu' (f il y a un lien immuable entre la morphologie et la physiologie des plast!ides ^ », et que, par conséquent, la croissance se fait, pour chaque espèce, dans le même sens et de la même manière.
Mais cette croissance, nous l'avons dit, n'est pas ilHmitée. Tout plastide, dans son miheu de vie élémentaire manifestée, est assimilable à une goutte de liquide non miscible au liquide dans lequel il plonge. Suivant la densité respective des deux liquides ou le degré de la tension superficielle, notre goutte (image théorique du plastide) prendra une forme sphérique en suspension, ou bien s'aplatira et se résoudra en fins filaments mobiles avec les échanges qui s'opèrent et l'agitation du milieu ambiant. Telle est l'origine de la forme des plastides isolés, des protoplasmas nus principalement, car les membranes et les coquilles, en général les organes de soutien, bien qu'évidemment apparus sous l'empire d'une nécessité d'équilibre, peuvent altérer en apparence la forme ordinaire du plastide. Mais cette forme a des dimensions fixes, des longueurs d'axe, par exemple, presque immuables pour chaque espèce. 11 faut chercher l'explication de ce fait constant dans une circonstance purement dynamique. Ainsi, dans les émulsions artificielles, les gouttelettes d'huile ont des dimensions déterminées, et aucune masse d'huile ne peut exister ayant une dimension supérieure au maximum que comporte l'agitation,
]. Le Dautec, up, cit., p. ioO.
mais, naturellement, ce maximum variera, non seulement avec la puissance de Tagitation, mais encore avec la nature des corps émulsifs et des corps émulsionnés. La cause qui fixe les dimensions d'un plastide donné est de même ordre, car le milieu où évoluent les plastides non miscibles à ce milieu est incessamment agité, et, d'autre part, les plastides euxmêmes, à la condition n"^ 1, sont en agitation perpétuelle, puisque leur fonctionnement est le résultat de réactions chimiques se passant en chaque point de leur masse. Les explications qui précèdent rendent compte de certains faits. Ainsi, l'agitation que le mérozoïte manifeste au moment de lamérotomie traduit les changements intimes qui aboutissent à une nouvelle forme d'équilibre. Le mérozoïte nucléé régénère la forme de son espèce, parce qu'elle est la forme nécessaire d'équilibre du plastide considéré dans les conditions données. A la suite d'une assimilation fonctionnelle énergique, le plastide se divise exactement pour les mêmes raisofts qu'une goutte d'huile trop volumineuse se divise en deux gouttes d'huile plus petites dans un milieu d'une agitation donnée. Les formes d'involution de certaines bactéries dépendent des variations du milieu de culture, ces variations entraînant, par exemple, une forme différente et des dimensions moindres, une division en plastides de plus en plus -petits, etc.
En résumé, « pour un protoplasma de composition chimique déterminée, il y a une forme spécifique déterminée qui est la forme d'équilibre de. ce protoplasma à l'état de vie élémentaire manifestée^))-, ce protoplasma peut croître, par assimilation fonctionnelle, jusqu'à un maximum de dimension de masse au delcà duquel, à la condition n° 1, il se divise nécessairement.
Il est, dans une certaine mesure, possible d'appliquer ce qui précède aux organismes polyplastidaires et même aux métazoaires supérieurs. Mais il faut faire intervenir la synergie des plastides incomplets. Ces plastides, en effet, en raison des