Revue générale des sciences, 1893, p. 586 et suiv
2. Recherches sur les métamorphoses des batraciens anoures (thèse de Paris, 1891).
CATABOLISMB. 45t
le sang ; comme l'irrigation sanguine est moins facile dans la queue, cette asphyxie détermine la dégénérescence de cet organe, en même temps que l'abondance de GO^ excite ladiapédèse. Il en serait de même, suivant Delage^chez les insectes^ où une asphyxie relative, causée par une modification dans la circulation, produit la dégénération et la destruction histolytique des tissus. Mais ces explications sont incertaines, car il resterait à se demander pourquoi l'atrophie de la valvule nasale (qui entraîne l'accumulation de GO-]a lieu chez les têtards de grenouille, la modification de la circulation chez les insectes, et pourquoi Thistolyso^ qui aboutit chez ces animaux à un être plus parfait, aboutit, chez les ascidies, à une régreS" sion accusée.
5" Physiologie de la mort.
Si l'on a bien saisi l'enchaînement des phénomènes métaboliques, la signification du phénomène que nous appelons mort est évidente et précise, abstraction faite des causes qui peuvent la déterminer. En effet, un être quelconque, placé dans les conditions favorables (condition n° 1), manifeste des pro^ priétés caractéristiques qui n'apparaissent plus dans toute autre condition (condition n° 2). Si un être identique, placé dans les mêmes conditions favorables, ne manifeste pas les propriétés caractéristiques que nous lui connaissons, nous disons qu'il est mort. Mais l'être qui tout à l'heure manifestait ces propriétés peut, au bout d'un certain temps, et sans que les condilions favorables aient changé, cesser de les mani.fester; nous disons également qu'il est mort. Or, dans ce cas,, puisque le milieu et les conditions favorables qu'il réalise n'ont pas varié, puisque, dans ce milieu invariable, les substances plastiques de l'être cessent de donner les mêmes réactions, ce sont ces matières plastiques qui ont changé. La mort est don<: un changement chimique, une combinaison nouvelle, telle que
1, Op. cit., p. S'il, note.
les composés qui résultent de cette combinaison ne donnent plus les réactions caractéristiques des matières plastiques. Des plastides morts ne sont pas la même chose que des plastides vivants ; ce ne sont pas des plastides auxquels il manque seulement la vie; ce sont des choses différentes, absolument comme le sulfate de soude est différent du chlorure de sodium. Et quand on dit que tel plastide est un plastide mort, c'est comme si Ton disait que le sulfate de soude est du chlorure de sodium mort. Mais comme, au début de l'établissement dn changement chimique que nous appelons mort, les apparences sont très peu altérées, il faut admettre qu'il y apseudomorphose (Le Dantec), autrement dit que le cadavre rappelle la forme du corps vivant, sans présenter cependant aucune des propriétés qui le caractérisaient.
La défmition précédente ne s'applique qu'aux plastides isolés, qui ont manifesté la vie élémentaire ; c'est donc^la définition de la mort élémentaire seulement, car la mort correspondant à la vie des êtres polyplastidaires est un phénomène plus complexe. Chez ces êtres, en effet, la vie résulte non seulement de la vie élémentaire manifestée de chacun des plastides qui les composent, mais encore de la synergie et de la réaction réciproque de tous ces plastides. La mort peut donc survenir par rupture de cette synergie, sans que les plastides constituants cessent d'être à la condition n° 1, et, par suite, ces plastides peuvent continuer à vivre un certain temps, alors que l'organisme est mort, c'est-à-dire que certaines de ses fonctions synergétiques essentielles sont abolies. Il importe donc de distinguer, comme le fait Le Dantec, la mort élémentaire de la mort, puisqu'elles sont différentes quant à leurs causes et quant aux phénomènes qu'elles présentent.
A. Mort des plastides isolés. — La mort du plastide est une destruction chimique; elle résulte, au bout d'un temps plus ou moins long, de toutes les réactions qu'il subit en dehors des conditions de sa vie élémentaire manifestée.
En quoi consiste cette destruction, ou plutôt quel en est le phénomène chimique essentiel et initial? On ne sait au juste.
CATABOLISME. 453
Nous avons indiqué (p. 37) la théorie de PAugcr, qui croit que la mort consiste dans le passage du groupement CAz H, essentiel à l'albumine vivante, au groupement ammoniacal. D'après Lôw et Bokorny, le protoplasma n'est vivant que quand il contient des aldéhydes, et la disparition de ces aldéhydes du protoplasma sous certaines influences, qu'il resterait du reste à déterminer avec précision, constitue le phénomène essentiel de la mort. Cette induction est tirée de ce fait que les aldéhydes ont, sur le nitrate d'argent, une action réductrice supérieure à celle de toute autre substance pouvant se trouver dans le protoplasma. Ils réduisent même les solutions à 1 cent-millième. Or, le protoplasma vivant réduit cette solution, tandis que, tué par un moyen quelconque, il ne la réduit plus. D'après les auteurs précités, les matières plastiques du proloplasma sont très instables, et les divers groupements chimiques qui les forment passent incessamment de Tune à l'autre, produisant ainsi une sorte de vibration continuelle. Ce phénomène est comparable à ce qui se passerait dans un aldéhyde, si, par le déplacement de H, le composé prenait les formes :
\ll ^^
et ainsi de suite '.
Nous avons indiqué déjà que le fait, pour un plastide, d'être à la condition n° 2, n'entraîne la mort élémentaire que si le changement chimique de ses matières plastiques est total, autrement dit, si l'une des matières plastiques nécessaires à la vie élémentaire est entièrement détruite. La destruction peut être extrêmement lente, comme cela se voit chez les spores et les graines (vie latente), mais elle peut être aussi très rapide. Tel est le cas des plastides empoisonnés. La mort, c'està-dire le changement chimique qui résulte de cette intoxication, consiste alors probablement en une combinaison du poison avec une ou plusieurs des substances plastiques. Il peut arriver